Ombres chinoises et brouillard électoral

Par Igor de Maack (DNCA Investments)

En chinois les idéogrammes décrivant Huawei signifient « bel ouvrage » (Hua pour « beau » Wei « ouvrage fini »). Donald Trump ne semble pas forcément souscrire à l’idée que l’équipementier télécom chinois fasse vraiment du bon travail. Derrière cette guerre commerciale, se cache aussi une guerre technologique et la recherche du leadership économique mondial. Comme aux temps de l’Antiquité grecque où Sparte et d’Athènes se disputaient l’autorité sur le monde grec avant de s’anéantir, le même piège de Thucydide risque de se renfermer sur les deux puissances mondiales. Dans ce contexte, les marchés sont très hésitants et l’aversion au risque se perçoit nettement dans les pics de volatilité. Jérôme Powell, le banquier central américain, a, par ailleurs, commencé à alerter les investisseurs sur le niveau record de dettes des entreprises américaines qui totalisent 35% de leur actif net (un niveau record).

En Europe, la procédure de sauvegarde de la galaxie des holdings qui détiennent le distributeur Casino rappelle que les bilans trop endettés sur des secteurs déflationnistes et en pleine restructuration conduisent souvent à des faillites. Sur le plan politique, les dernières élections (États-Unis, Angleterre, Europe, Inde, Australie) ont montré une poussée des partis conservateurs et des partis extrêmes ou à thématique spécifique (les écologistes). L’élection européenne aboutit non pas à une vague populiste mais à un morcèlement du Parlement qui va obliger à des coalitions nationales hétéroclites voire provoquer des paralysies. C’est en quelque sorte le triomphe de l’idée de protection des peuples contre tout péril extérieur : les Chinois pour les Américains, les flux migratoires pour les européens, les Européens continentaux pour les Anglais, la minorité musulmane pour la majorité hindoue, les partisans d’une politique plus sociale pour les Australiens.

Dans ce contexte imaginer une croissance mondiale qui accélère sur les années à venir sera difficile. L’ordre mondial nouveau sera peut-être plus protecteur de la conscience et de la destinée que chaque peuple nourrit pour lui -même ainsi que de l’espace dans lequel les populations aspirent à vivre en paix et en harmonie. Mais ce nouvel ordre mondial sera peut-être aussi moins producteur de richesses. Ce choix devra être assumé pour toutes celles et ceux qui auront cru dans le discours populiste mais qui restent sans doute encore très attachés à leur condition matérialiste.