La fin d’un tabou

La lettre hebdo de Fidelity

Choc sanitaire, point mort et incertitudes économiques … Plus que les précédentes éditions, le symposium 2020 de Jackson Hole devait être marqué d’une pierre blanche. Au grand raout estival du gotha monétaire, Jerome Powell a donc réservé à son virtuel auditoire une annonce de taille. Historique sur la forme puisqu’elle acte la radiation du sacro-saint objectif de 2 % d’inflation des évangiles de la Fed. En réalité, loin d’être abandonné, le précepte sera suivi avec moins zèle. Son appréciation se fera sur une période donnée quitte à laisser filer les prix au-delà du seuil doctrinaire instauré quarante ans plus tôt par Paul Volcker … Bref, l’objectif d’inflation n’est plus un seuil mais une fourchette. C’est dire que la revue stratégique ouverte il y a un peu plus d’un an par l’institution a été prolifique ! En arrêtant de courir après un leurre, la Réserve fédérale reconnaît implicitement son impuissance à agir sur une inflation moribonde et accepte ainsi une évidence qui lui échappait jusqu’alors.

La globalisation de l’économie, les gains de productivité, la pression sur les salaires ou encore la part croissante des services dans la consommation ont, entre autres, bouleversé depuis longtemps l’évolution des prix. Malgré la récente situation de plein emploi aux États-Unis, l’inflation ne s’est qu’occasionnellement aventurée ces dernières années au-dessus des 2 %. Reléguant ainsi temporairement la courbe de Phillips au chapitre des curiosités historiques. “Temporairement” car dans un environnement où la mondialisation n’est plus la panacée, la crise sanitaire a mis en exergue la nécessaire relocalisation d’industries stratégiques propres à alimenter un retour prochain de l’inflation. En attendant cet horizon, l’annonce toute dogmatique de la Fed officialise un nouveau paradigme. Elle repousse en effet très loin l’assainissement de la situation actuelle et normalise des mesures accommodantes définies comme “non-conventionnelles” dix ans plus tôt. Ce tournant qui va immanquablement participer à l’inflation du prix des actifs (risqués) marque en définitive la fin d’un tabou. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle en soi.

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