Le manque de visibilité pèse sur les marchés

La lettre hebdo d’Edmond de Rothschild Asset Management

La semaine a été synonyme d’un regain supplémentaire d’incertitudes des deux côtés de l’Atlantique. En Europe, l’épidémie regagne du terrain dans certains pays européens (France, Espagne, UK) forçant les autorités à mettre en place des mesures de distanciation plus strictes. En France et au Royaume-Uni, de nouvelles mesures de restriction entrent graduellement en vigueur de manière ciblée. Le gouvernement de Boris Johnson évoque même un possible reconfinement. A Madrid, les mesures de confinement concernent désormais une part croissante de la population.

Même si le rythme de propagation semble légèrement fléchir ces derniers jours, ces nouvelles mesures devraient peser sur la reprise économique alors que la désinflation se poursuit. En août, l’inflation a été négative dans douze pays de la zone euro. Les premiers chiffres de septembre montrent même une accélération de ce mouvement. Dans ce contexte, les difficultés et les nouveaux blocages (Hongrie et Pologne) dans les négociations budgétaires pouvant retarder la mise en place du plan de relance de 1800 milliards d’euros rajoutent au climat d’incertitude. Par ailleurs, les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne continuent de se dégrader, augmentant la probabilité d’un Brexit dur. La Commission européenne a ainsi annoncé l’ouverture d’une procédure d’infraction à l’encontre du Royaume-Uni pour la remise en cause du traité de sortie de l’UE signé en janvier dernier.

Les Etats-Unis n’ont rien à envier à l’Europe en termes d’incertitudes. Les Démocrates et les Républicains ne sont toujours pas arrivés à se mettre d’accord sur un nouveau plan de relance. Pourtant le temps presse car l’arrêt des subventions va peser sur la consommation et l’activité au quatrième trimestre. Par ailleurs, le climat dans lequel se déroule la campagne pour les élections américaines pèse également. Les Etat-Unis restent très divisés. Si Joe Biden a un peu d’avance dans les sondages au lendemain du premier débat, Donald Trump demeure très ambigu sur la reconnaissance de son éventuelle défaite. A ceci s’ajoute la nomination à la Cour Suprême de la juge conservatrice Amy Coney Barett comme candidate pour remplacer Ruth Bader Ginsburg. Enfin, le fait que le président Donald Trump ait été testé positif au coronavirus et mis en quarantaine alimente également les incertitudes concernant les élections américaines.

Dans cet environnement d’incertitudes fortes à court terme, les marchés se sont mis en mode risk off au cours des trois premières semaines du mois de septembre. La performance des actifs risqués a été négative, alors que les actifs refuge comme l’or et les taux n’ont pas joué leur rôle. Les actifs liés au rebond de la croissance ont souffert particulièrement, revenant même pour certains à leur niveau du mois de mars. Seul le dollar a monté. Ces mouvements ont été renforcés par l’échéance de la fin de trimestre et les mouvements de rebalancement induits. Le rebond a été sans grande conviction.

Il nous semble que l’incertitude devrait entretenir la volatilité sur les marchés à court terme. Cependant, sur un horizon un peu plus long, une fois les élections américaines passées, les marchés devraient reprendre confiance avec le retour d’une meilleure visibilité. Le momentum de croissance des bénéfices reste positif alors que la liquidité des banques centrales reste toujours très importante. Nous conservons notre biais neutre sur les actions avec une préférence pour l’Europe et la Chine. Sur les taux, nous demeurons également neutres sur le crédit et positif sur la dette émergente en devises dures.

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