Fitch rétrograde la France : une absence d’horizon clair de stabilisation de la dette (EDRAM)

L’agence Fitch a abaissé la note souveraine de la France de AA- à A+, pointant l’absence d’une trajectoire claire de stabilisation de la dette publique. Entre déficit persistant, dépenses élevées, et instabilité politique, cet avertissement marque une transition vers une prime de risque durable pour le pays.
Les points clés
Dette élevée : 114 % du PIB (potentiellement 132 % en 2034), déficit > 5 % jusqu’en 2027
Dépenses publiques lourdes : 57 % du PIB, surtout retraites et santé
Contexte politique instable : consolidation budgétaire freinée
Impact de marché : hausse des taux à long terme
Par Michaël Nizard, Directeur de la Gestion Multi-Asset & Overlay chez Edmond de Rothschild Asset Management
Un déclassement symbolique
Vendredi 12 septembre, Fitch a abaissé la note souveraine de la France de AA- à A+.
Motifs : déficit persistant, dette publique déjà à 114 % du PIB (susceptible d’atteindre 132 % en 2034), instabilité politique chronique.
Comparaison : la France se rapproche des ratios italiens (135 %), s’écarte de pays comme l’Espagne ou la Belgique aux trajectoires plus stables.
Portée : pas de crise immédiate, mais la perception d’un affaiblissement relatif.
Des équilibres budgétaires dégradés
Recettes fiscales en baisse depuis 2017 : -1,6 point de PIB pour les ménages, -0,8 point pour les entreprises.
Dépenses publiques toujours à 57 % du PIB (contre 50 % en zone euro).
Déficit primaire insuffisant pour stabiliser la dette.
Excédent de dépenses par rapport à la zone euro : 7 points de PIB, dont retraites (2,2 pts) et santé (1,5 pt).
Une sanction appelée à durer avec la crise politique
Chute du gouvernement Bayrou, arrivée de Sébastien Lecornu à Matignon.
Blocage parlementaire persistant, perspective d’une dissolution de l’Assemblée.
Faute de majorité crédible, absence de trajectoire budgétaire claire.
La France est perçue davantage comme un pays périphérique que comme un pilier semi-core de la zone euro.
Des taux d’intérêt en hausse, mais contenus
Rendement des OAT à 10 ans : ~3,5 %, légèrement au-dessus de la Grèce, proche de l’Italie.
Illustration d’une prime de risque accrue, sans panique.
Accentuation de l’écart entre 10 ans et 30 ans (steepening), liée à :
baisse de la demande des fonds de pension et assureurs,
facteurs démographiques,
excès d’offre obligataire.
Stratégies de pentification (« steepener trades ») traduisant aussi les doutes sur la trajectoire budgétaire française.
Déplacement de flux vers l’or et le crédit investment grade.
Un contraste saisissant
Plusieurs grands groupes français (LVMH, Airbus, L’Oréal, Axa) empruntent désormais à des taux inférieurs à ceux de l’État, soulignant :
la confiance des marchés envers ces entreprises,
la pression accrue sur la dette souveraine française.
Points de résilience
Balance courante proche de l’équilibre, contrairement aux déficits massifs de la Grèce ou de l’Espagne avant 2008.
Taux d’épargne élevé des ménages : 19 %.
Inflation plus contenue que chez les voisins.
Filet de sécurité BCE via le TPI (Transmission Protection Instrument).
Risque de contagion limité : problème français avant tout politique, non financier.
Exemple italien : spreads contenus malgré un gouvernement perçu comme radical.
Simple mention du TPI suffirait à calmer les tensions excessives.
Une prime de risque durable
Fitch prévoit un déficit > 5 % du PIB jusqu’en 2027, reportant toute consolidation après la présidentielle.
La France perd son statut de pilier semi-core et devient un pays périphérique de la zone euro.
Pas de crise immédiate, mais une prime de risque plus élevée devient la nouvelle normalité.
Les investisseurs continuent de s’adapter, privilégiant crédit et actifs alternatifs.
Le principal risque reste politique, avec une nouvelle dissolution en perspective.
