Rééquilibrage des portefeuilles au détriment des actions américaines (Pictet AM)

Les flux de capitaux redessinent la carte des marchés mondiaux en ce début d’année. Loin d’une fuite massive des actifs américains, les investisseurs opèrent un rééquilibrage stratégique, avec l’Asie en première ligne. Décryptage des dynamiques à l’œuvre.
Le point mensuel de Pictet Asset Management pour mars 2026 par Christopher Dembik, Senior Investment Adviser
3 points à retenir
Les rachats d’actions et les flux de capitaux sont des lames structurelles de hausse des bourses mondiales.
Il n’y a pas de fuite des actifs américains contrairement à ce qu’on peut lire ici et là.
L’Asie est le principal gagnant du rééquilibrage boursier à l’œuvre.
Y a-t-il vraiment une fuite des actifs américains ? Ou s’agit-il plutôt d’un rééquilibrage après plusieurs années d’excès ?
Des flux de capitaux déterminants
L’évolution des flux de capitaux est un facteur clé qui influence la direction des bourses. Ce sont eux qui expliquent la bonne performance des actions européennes en 2025, par exemple.
En ce début d’année, trois mouvements sont perceptibles :
Un rééquilibrage des portefeuilles au détriment des actions américaines
On parle souvent à ce propos de « debasement trade ». L’usage de cette expression est erroné car elle renvoie à une perte de confiance dans la monnaie à cause d’un déficit budgétaire élevé. Ce n’est pas le cas aux États-Unis. Du fait de l’engouement des dernières années pour les actions technologiques américaines, les étrangers ont une exposition record aux actifs américains. D’après la Réserve Fédérale, elle a atteint 64.000 milliards $ au troisième trimestre 2025, soit +13,6% en un an. Dans un monde où il est possible d’obtenir du rendement un peu partout et où certaines décisions de l’administration Trump interrogent, il est normal que les investisseurs, en particulier les institutionnels, réduisent leur exposition aux actifs américains…sans pour autant les fuir. C’est ce qui est en train de se produire.
Une rotation géographique
Une rotation géographique. D’après les prime books des banques américaines qui regroupent toutes les positions passées au nom de leurs clients, les fonds spéculatifs, qui sont des initiateurs de tendance, achètent un volume record d’actions asiatiques. Il s’agit aussi bien d’actions des bourses développées (Japon) que des bourses émergentes (Chine, Corée du Sud, Taïwan). Ce sont des achats de longue durée qui ne correspondent pas à des rachats de positions courtes. Comme c’est systématiquement le cas, les institutionnels et les particuliers devraient suivre. On observe également un engouement important pour les actions et la dette émergente d’Amérique latine. Nous estimons que la dette émergent en dollar pourrait rapporter en moyenne 7,1% par an sur cinq ans tandis que celle en devise locale pourrait assurer un gain jusqu’à 8,4%.
Vente du dollar et achat d’or et d’autres devises
Vente du dollar et achat d’or et d’autres devises. Selon le rapport hebdomadaire Commitment of Traders du régulateur américain du 17 février, les spéculateurs ont continué de vendre des dollars pour la quatrième semaine consécutive. Les positions vendeuses atteignent 22,2 milliards $ - un point haut de cinq ans. Les devises qui en profitent sont surtout le dollar canadien, le dollar australien et le yen japonais. Au regard des flux, l’or est également un des gagnants du désengagement à l’égard du dollar. Constat similaire avec l’enquête mensuelle de Bank of America auprès des gestionnaires d’actifs mondiaux. Ces derniers n’ont jamais autant vendu le dollar depuis quatorze ans. Un positionnement si extrême sur le marché des changes est souvent perçu comme un signal contrariant annonciateur d’un rebond du dollar. C’est souvent le cas, mais pas toujours. Cette fois, un renforcement durable du billet vert paraît improbable. Le consensus de marché table sur un pic pour l’EUR/USD autour de 1,22-1,25 cette année contre 1,18 actuellement(1).
Morale de l’histoire
Les valorisations, les annonces économiques, les résultats d’entreprises, les taux directeurs, l’évolution des devises exercent une importance dans la trajectoire des indices boursiers. Mais ce sont les flux de capitaux et les rachats d’actions qui jouent un rôle primordial. Quand les deux sont présents, en général, la hausse structurelle des bourses est assurée. C’est ce qui se passe avec les bourses chinoise et japonaise qui se sont converties depuis deux ans aux rachats d’actions et qui bénéficient de flux d’achats étrangers depuis quelques mois, propulsant à la hausse les indices locaux. Prenons l’indice japonais Nikkei 225. Il est en hausse de 12,8% depuis le début d’année tandis que le CAC 40 grignote 4,4% et le S&P 500 fait quasiment du surplace(2). Tant que ces deux moteurs structurels de hausse des actions perdurent, on peut parier que les bourses chinoise et japonaise vont connaître un beau parcours boursier.
(1)Niveaux du consensus Bloomberg à fin février 2026.
(2)Boursorama, 23 février 2026.
