Un coup dans l'aile (Fidelity)

Un an après sa réélection, Donald Trump fait face à un ciel politique et économique de plus en plus chargé. Entre revers électoraux, déconvenues judiciaires et tensions sur les marchés, même les géants de la tech comme OpenAI semblent vaciller.
Le point hebdo de Fidelity International daté du 10 novembre 2025
À retenir
Trump fragilisé : revers politiques, économie en perte de vitesse et désaveu partiel de la Cour suprême.
OpenAI dans la tourmente : la start-up sollicite un soutien de l’État pour ses investissements colossaux.
Marchés sous pression : toutes les classes d’actifs ont reculé, accentuant les craintes d’une bulle technologique.
Un anniversaire amer pour Donald Trump
Un an après avoir été réélu, tout porte à croire que Donald n'avait pas le cœur à souffler sa bougie, la semaine dernière. Peut-être davantage à lyncher la piñata installée pour l'occasion dans le Bureau ovale. Car, à l'évidence, le ciel du président américain se « cumulonimbuse ». Une mauvaise passe amorcée avec le revers de son parti à plusieurs élections locales avec, en point de mire, un bilan économique dont il peut difficilement s'enorgueillir. Inflation toujours perchée à 3 % et marché du travail en dégrisement… Un an après, son cheval de bataille présidentiel semble plus fourbu que fringant.
Le plat de résistance lui a, ensuite, été servi par les juges de la Cour suprême qui se penchaient sur la constitutionnalité des droits de douanes. Et, en substance, ils s'apparenteraient plus à une taxation des citoyens qu'à une arme commerciale. Or, aux États-Unis, seul le Congrès a le droit de vie ou de mort sur les impôts… En clair, l'administration Trump va devoir revoir sa copie.
« Sa crédibilité a, en tout cas, pris un coup dans l’aile. »
Et si elle est encore loin d'être acculée à détricoter les accords passés et à rembourser les sommes perçues (environ 200 milliards cette année) — sensées couvrir les baisses d'impôts de l'OBBBA(1) —, sa crédibilité a, en tout cas, pris un coup dans l'aile.
OpenAI : une boulimie d’investissements
Dans ces conditions, pas sûr que Donald Trump ait les moyens de répondre favorablement aux doléances d'OpenAI. Lancée dans une course à la dépense qui confine désormais à l'aliénation, la start-up évoquait, la semaine passée, la possibilité que l'État fédéral se porte garant des emprunts qu'elle va devoir contracter pour faire face à ses besoins de financement.
Et, en la matière, on est loin du prêt relais ou du crédit conso. Depuis le début de l'année, la petite boutique de Sam Altman s'est engagée à investir plus de 1 000 milliards de dollars en infrastructures ! Dans le secteur, cette prodigalité occasionne désormais quelques sueurs froides dans les rangs des investisseurs qui, non content de ne pas en voir le bout, n'ont toujours pas vu l'ombre d'un retour sur investissement.
Le jeu en vaut-il vraiment une chandelle aussi dispendieuse ?
La semaine passée, les marchés se tâtaient, prenant eux aussi un coup dans l'aile. Avec le risque qu'à cette altitude de valorisation, la chute n'en soit que plus dure.
Performances & Classes d’actifs
Serait-ce un hiver prématuré qui s'est installé sur les marchés la semaine passée ? En tout état de cause aucune classe d'actifs n'est parvenue à finir dans le vert. Pas même le compartiment obligataire qui aurait pu profiter d'un regain d'aversion au risque chez les investisseurs. Une tendance à mettre notamment au compte des craintes grandissantes d'une éventuelle bulle de valorisation des valeurs technologiques.
Les matières premières n'étaient pas mieux loties. Pénalisés par les craintes d'une surabondance de l'offre (malgré l'annonce par l'Opep de l'arrêt des hausses de production), les cours du pétrole se sont légèrement repliés sur les 63 dollars le baril (Brent).
Actions
Signe le plus notable du coup de froid sur les marchés, le net recul des actions. Les raisons ne manquent pas avec, notamment, la prolongation du shutdown aux États-Unis qui a désormais dépassé le précédent record. Mais ce sont surtout les craintes sur les valeurs technologiques qui ont alimenté la défiance des investisseurs.
Celle-ci a été attisée par la mise en garde de Goldman Sachs et JP Morgan sur l'éventualité d'une correction dans les deux ans à venir. Rien d'étonnant, dans ces conditions, à voir les marchés américains signer la plus forte baisse de la semaine.
Obligations
En dépit d'un contexte qui lui est habituellement favorable, le compartiment obligataire n'a pas su profiter de la brusque frilosité des investisseurs. En quête de couverture contre le risque, ces derniers ont privilégié d'autres actifs refuges que les obligations.
Résultat, l'investment grade et le haut rendement signent une baisse de même ampleur. Seul le court terme parvient à se maintenir à l'équilibre. Depuis janvier, le high yield continue de faire la course en tête.
Même constat sur le front souverain où les rendements des emprunts d'État à long terme n'ont pas forcément reculé, signe habituel d'une recherche de couverture contre le risque. Bien au contraire, les rendements ont légèrement progressé. À l'instar du 10 ans américain qui s'adjuge deux petits points de base (pb) sur la semaine. Ou encore son pendant allemand qui en a pris quatre.
Marché des changes
Sur le marché des changes, le dollar a un peu profité du regain d'aversion au risque en début de semaine, lui permettant de toucher un plus haut de trois mois face à l'euro. Du reste, la tendance a finalement fait long feu.
Mais alors que la monnaie unique a eu tendance à se renforcer sur la seconde moitié, la paire est finalement restée inchangée sur le seuil des 1,15. À noter qu'après le statu quo de la BoE, la livre s'est également appréciée.
(1) OBBBA : programme de baisse d’impôts du gouvernement Trump, financé partiellement par les recettes douanières.
