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TACO trade : un air de déjà-vu sur les marchés (EDRAM)

26/01/2026
TACO trade : un air de déjà-vu sur les marchés (EDRAM)

Entre flambée géopolitique et rapide détente diplomatique, les marchés ont une nouvelle fois oscillé au rythme des déclarations politiques, des arbitrages budgétaires européens et des recompositions stratégiques en Asie. Un scénario familier, où le risque se tend avant de se normaliser, sans remettre en cause les grandes tendances d’investissement.

Le point hebdo d'Edmond de Rothschild Asset Management daté du 23 janvier 2026


3 points à retenir

  • Les tensions autour du Groenland ont ravivé, puis rapidement apaisé, le risque d’escalade commerciale transatlantique, illustrant une volatilité largement politique.

  • L’Europe et le Japon font face à des arbitrages budgétaires et institutionnels sensibles, tandis que les banques centrales restent globalement sur une ligne de statu quo.

  • Les marchés actions demeurent soutenus, avec une préférence marquée pour le Japon et les émergents, dans un contexte de flux favorables et de repositionnement géopolitique de la Chine.


Contexte géopolitique et marchés globaux

La brusque montée des tensions autour du Groenland, après le refus du Danemark de céder l’île aux États-Unis, a ravivé le spectre d’une guerre commerciale transatlantique. Donald Trump a menacé l’Union européenne de nouveaux droits de douane, ciblant les huit pays engagés dans des exercices militaires conjoints au Groenland. Ces pays devaient faire face à une surtaxe de 10 % dès le 1er février, pouvant grimper à 25 % en juin, tandis que la France se trouvait sous la menace de droits de douane de 200 % sur ses vins et champagnes, suite au refus d’Emmanuel Macron de rejoindre le futur « Conseil de paix », proposé comme alternative à l’ONU. En réponse, Bruxelles a brandi plusieurs options : suspension de l’accord commercial signé l’été dernier, taxation de 93 milliards d’euros d’importations américaines et possible activation de l’outil anti coercition. Dans ce climat, la défiance vis à vis des actifs risqués s’est accrue, alimentant la hausse des taux souverains sur fond de craintes inflationnistes et d’augmentation des dépenses militaires.

La tonalité s’est toutefois apaisée après le discours de Trump à Davos, où il a déclaré qu’un recours à la force militaire ne serait pas nécessaire. Le président américain a évoqué des discussions fructueuses avec le secrétaire général de l’OTAN sur le Groenland et a annulé les menaces de hausse de droits de douane prévues à partir du 1er février. Par ailleurs, une réunion tripartite consacrée à la paix en Ukraine est prévue entre Américains, Ukrainiens et Russes. Cette détente géopolitique s’est reflétée sur les marchés avec un rebond des actifs risqués et une légère correction sur l’or qui s’est finalement approché cette semaine des 5 000 USD l’once.


Politiques monétaires et données macroéconomiques

Concernant la Fed, les investisseurs ont trouvé un motif d’apaisement dans le dossier Lisa Cook, les auditions devant la Cour suprême semblant confirmer un jugement favorable au membre du Board d’ici juin. Sur le plan des données économiques, l’inflation PCE de novembre est ressortie conforme aux attentes, tandis que la croissance du PIB du troisième trimestre a été révisée à la hausse, à 4,4 %.

En Europe, la France a choisi la voie du 49.3 pour faire adopter le projet de loi de finances 2026, entérinant un déficit public autour de 5 % du PIB, moins ambitieux que les objectifs initiaux.


Asie : tensions politiques et repositionnement stratégique

En Asie, le Japon a annoncé la dissolution de la chambre basse et la tenue d’élections anticipées, ce qui a provoqué un écartement des taux souverains de long terme : le 40 ans a dépassé les 4 %, un plus haut historique. Face à cette réaction des marchés, les responsables politiques japonais tentent de rassurer, affirmant que les nouvelles mesures ne seront pas financées par davantage de dette. La BoJ a maintenu ses taux directeurs inchangés, tout en anticipant une croissance solide et une inflation proche de sa cible de 2 %.

En Chine, la croissance du quatrième trimestre, à 4,5%, permet au pays d’atteindre son objectif annuel de 5%. Dans un contexte de fragmentation géopolitique accrue, Pékin cherche en outre à se positionner comme un partenaire stable, renforçant son ancrage diplomatique et commercial, notamment avec le Canada et l’Europe.


Allocation d’actifs et convictions d’investissement

Dans cet environnement, nous restons constructifs sur les actions, avec une préférence pour le Japon et les marchés émergents. Les pays d’Amérique latine bénéficient de la dynamique positive sur des matières premières, tandis que le positionnement stratégique de la Chine soutient également la classe d’actifs. Sur la dette, la remontée des risques budgétaires nous incite à une approche prudente sur la partie longue de la courbe, tout en restant plus constructifs sur les maturités courtes, particulièrement aux États Unis. Nous conservons un biais positif sur la dette souveraine émergente, attractive dans un environnement de dollar plus faible, de taux courts orientés à la baisse et de retour des flux. Enfin, sur le crédit, les niveaux atteints sur le segment « Investment Grade » nous amènent à réduire légèrement notre pondération.


ACTIONS EUROPÉENNES

Cette semaine, les indices actions européens ont évolué dans un climat d’exacerbation des tensions commerciales entre Donald Trump et l’Union européenne, sur fond de poursuite des publications de résultats du T4.

D’un point de vue microéconomique, de nombreuses entreprises ont annoncé un plan de suppression de postes, à l’image de BNP Paribas dans le cadre de l’intégration d’AXA IM, de Société Générale ou encore de Capgemini, qui prévoit jusqu’à 2400 départs volontaires en France, dans un contexte d’accélération de l’IA et de faiblesse persistante dans certains segments de marché. Par ailleurs, le secteur de la santé profite de différents signaux encourageants. Le PDG de Novartis estime que le groupe devrait être protégé des tarifs douaniers américains en raison de stocks constitués aux États-Unis et d’un accord conclu avec l’administration Trump. Novo Nordisk profite pour sa part d’une demande exceptionnelle pour le comprimé Wegovy, son traitement contre l’obésité. De plus, Johnson & Johnson a dévoilé des résultats au-dessus des attentes, avec un chiffre d’affaires en hausse et une prévision pour 2026 supérieure au consensus. Dans le luxe, Burberry a également annoncé des résultats supérieurs aux attentes, soutenus par un regain d’attractivité en Chine. Enfin, la thématique de l’IA continue de progresser, portée notamment par ASML, qui a relevé des perspectives encourageantes pour début 2026 grâce au rebond des commandes en provenance de Chine.


ACTIONS AMÉRICAINES

Ecourtée par le Martin Luther King Day lundi, la semaine a été marquée par une forte volatilité mais se termine sur une note globalement positive. Après une violente correction mardi, avec la pire séance pour le S&P 500 et le Nasdaq depuis octobre, les marchés ont fortement rebondi mercredi et jeudi. Sur la semaine, le S&P 500 (-0,38 %) et le Nasdaq (-0,86 %) restent en baisse, tandis que le Dow Jones s’inscrit en hausse modérée (+0,18 %) et que le Russell 2000 surperforme nettement (+1,53 %), inscrivant une nouvelle hausse historique dans le sillage de 14 séances consécutives de surperformance des Small Caps par rapport au S&P 500, une première depuis 1996. Dans la continuité de ce début d’année, les Mid et Small Caps continuent de surperformer en moyenne les grandes capitalisations.

Sur le plan macroéconomique, les données confirment la résilience de l’économie américaine : la croissance du PIB au troisième trimestre a été révisée à 4,4 %, les demandes hebdomadaires d’allocations chômage restent très faibles et les dépenses de consommation demeurent solides, y compris sur la période des fêtes. L’indice des dépenses de consommation des ménages hors éléments volatils (PCE core) ressort à 0,2 % par mois en octobre et novembre, ce qui alimente le scénario d’une désinflation graduelle sans rupture brutale de la croissance. Dans ce contexte, le marché n’anticipe plus qu’une quarantaine de points de base de baisses de Fed Funds en 2026, alors que la Fed est entrée en période de silence avant sa réunion de fin janvier. Par ailleurs, les métaux précieux ont poursuivi leur rally, l’or et l’argent inscrivant de nouveaux records, soutenus par la combinaison de risques politiques, d’achats des banques centrales et de flux de diversification des investisseurs.

Au niveau des secteurs, la technologie a été pénalisée par des perspectives jugées décevantes, le recul de valeurs comme Netflix et Intel ont pesé sur l’ensemble du secteur, ainsi que par le repli des semi conducteurs. Le secteur s’est toutefois partiellement repris en fin de période, porté par le rebond des valeurs liées à l’infrastructure IA et aux équipements pour data centers. Néanmoins, la technologie termine la semaine en léger recul (-0,51 %).

Les valeurs industrielles et de transport ont quant à elles tiré leur épingle du jeu, soutenues par la surperformance des Small caps, l’amélioration du sentiment sur la croissance et la perspective d’une économie américaine « résiliente mais maîtrisée ».

L’énergie a toutefois connu un parcours plus heurté : le pétrole repassant brièvement au dessus de 60 dollars le baril avant de revenir sous ce seuil en fin de semaine, à la faveur de signaux de désescalade en Ukraine et d’ajustements des anticipations de demande, même si les majors et certains parapétroliers restent globalement bien orientés.

Le secteur financier (-1,16 %) a affiché une performance plus contrastée. En effet, les banques et émetteurs de cartes de crédit restent sous pression dans le contexte des débats autour du plafonnement des taux et des frais, tandis que les sociétés de gestion d’actifs et les bourses bénéficient de la hausse des volumes et du regain d’activité sur les marchés.

Enfin, le secteur de la santé termine une nouvelle fois en hausse (+1,64 %), porté notamment par le rebond des biotechs et par l’annonce de l’acquisition de Penumbra par Boston Scientific Corp.


MARCHÉS ÉMERGENTS

L’indice MSCI EM progresse de 0,69 % en USD sur la semaine. Le Brésil, le Mexique, la Corée et Taïwan affichent des hausses respectives de 8,25 %, 2,99 %, 2,55 % et 0,73 %, tandis que l’Inde et la Chine reculent de 2,75 % et 1,01 %. Les flux entrants vers les marchés émergents restent bien orientés depuis le début de l’année, atteignant près de 15 milliards de dollars, contre 30 milliards de dollars pour l’ensemble de l’année 2025.

En Chine, la croissance du PIB au quatrième trimestre s’est établie à 4,5 % sur un an, en ligne avec les attentes, portant la croissance annuelle 2025 à 5,0%. Les ventes au détail de décembre n’ont progressé que de 0,9 % sur un an, légèrement en deçà du consensus à 1 %, tandis que les investissements fixes sur la période janvier-décembre se sont contractés de 3,8 %, une baisse plus marquée que le repli de 3,1 % attendu. Sur le front commercial, les autorités ont acheté environ 12 millions de tonnes de soja américain au cours des trois derniers mois, respectant ainsi un engagement clé pris vis-à-vis de l’administration Trump. Parallèlement, TikTok a conclu un accord pour opérer aux États-Unis après des années de rebondissements. Côté régulation financière, les autorités envisagent de durcir les règles applicables aux entreprises qui souhaitent s'introduire en bourse à Hong Kong. Le gouvernement a demandé à Alibaba et à d’autres grandes entreprises technologiques de préparer des commandes de puces d’IA H200. Par ailleurs, Alibaba envisagerait de lancer une introduction en bourse pour sa division de fabrication de puces IA, T-Head. Enfin, Popmart a annoncé un programme de rachat d'actions.

À Taïwan, les commandes à l’exportation de décembre ont bondi de 43,8 % sur un an, largement au-dessus des attentes de 35,5 %, enregistrant ainsi leur rythme de croissance le plus rapide depuis février 2021. Les produits d’information et de communication ont mené la hausse, enregistrant une progression de 88,1 %, tirée principalement par la demande en provenance de l’ASEAN, puis des États-Unis. Sur l’ensemble de 2025, Taïwan a atteint un record de 743,7 milliards de dollars de commandes à l’exportation, en hausse de 26 % en glissement annuel.

En Corée, le PIB du quatrième trimestre s'est contracté de manière inattendue de 0,3 %, alors que le consensus anticipait une hausse de 0,2 % au T4. Sur le plan politique, le président Lee pousse à l’adoption rapide de la troisième révision du Code de commerce. Du côté des entreprises, SK Telecom a intenté un procès administratif, arguant que l'amende de 134,8 milliards de wons infligée en octobre par la Commission de protection des informations personnelles (PIPC) dans le cadre d'un incident de piratage informatique était injustifiée.

En Inde, la production des principaux secteurs industriels a augmenté de 3,7 % sur un an en décembre, accélérant par rapport à la hausse révisée de 2,1 % enregistrée en novembre. Sur le plan extérieur, l’Inde et les Émirats arabes unis ont signé un accord global visant à doubler leurs échanges commerciaux bilatéraux pour atteindre 200 milliards de dollars d’ici 2032. Côté entreprises, Eternal a publié des résultats supérieurs aux attentes dans un environnement très concurrentiel, avec un seuil de rentabilité ajusté dans le secteur du quick commerce. Wipro a annoncé des résultats trimestriels conformes aux attentes mais marqué par des signatures de contrats et des perspectives jugées décevantes. De son côté, KEI Industries a annoncé une forte croissance du chiffre d’affaires de 20 %, mais reste en deçà des attentes en raison de contraintes de capacité.

Au Brésil, les recettes fiscales fédérales ont atteint un niveau record de 2 890 milliards de réais en 2025, soit une hausse de 7,5 % en termes réels par rapport à 2024. Sur le plan commercial, le Parlement européen a décidé de saisir la Cour de justice de l’Union européenne au sujet de l’accord Mercosur-UE, ce qui pourrait geler le processus. Dans le secteur financier, Banco do Brasil a approuvé un taux de distribution de 30 % pour 2026, qui sera versé sous forme de dividendes ou d'intérêts sur les capitaux propres en huit versements. Tous les regards sont tournés vers la décision de la Banque centrale sur les taux d'intérêt la semaine prochaine.

Au Mexique, l'inflation bihebdomadaire a augmenté de 3,77 % en glissement annuel au cours de la première quinzaine de janvier, soit un niveau inférieur au consensus (3,87 %). Les ventes au détail ont bondi de 4,4 % en novembre, dépassant largement l'estimation de 2,8 % et accélérant par rapport à la hausse de 3,4 % enregistrée en octobre. Du côté des entreprises, Grupo Carso a accepté d'acquérir la participation restante de Lukoil dans deux champs pétrolifères du golfe du Mexique pour un montant de 600 millions de dollars.


DETTES D’ENTREPRISES

La semaine a été marquée par une forte volatilité du discours politique : elle a débuté par un regain de tensions commerciales et géopolitiques autour du Groenland, avant de s’apaiser progressivement, sur fond de nouvelles plus constructives concernant l’Ukraine.

Dans ce contexte, les spreads souverains européens se sont globalement resserrés, dont celui de la France (OAT-Bund à 10 ans : -6pb depuis vendredi dernier), aidé par les avancées positives sur le sujet budgétaire en France, tandis que la BCE et la Fed restent attendues sur une trajectoire de statu quo à court terme, avec des taux stables en 2026 pour le BCE et sans doute deux coupes attendues par la Fed cette année.

Côté crédit, les indices Investment Grade et High Yield affichent des performances respectives de 0,03 % et 0,13 %. L’indice ICE COCO, hedgé en euro, affiche une performance positive de 0,16 %. Concernant les indices synthétiques, après une forte correction du Crossover en début de semaine qui s’écartait de près de 10bp au plus haut, il termine la semaine à 243bp, soit stable sur la semaine soulignant la respiration des marchés post-Davos.

Sur le marché primaire, le segment du haut rendement s’est rouvert, avec notamment Betclic (BB ) qui a placé 1 milliard d’euros de dette à échéance 2031, assortie d’un coupon de 5,125 %. L’obligation se traitait déjà à 101,5 deux jours plus tard, illustrant l’appétit toujours soutenu des investisseurs pour le portage crédit.

Sur les financières, le regain de volatilité et l’approche des périodes de blackout liées aux publications de résultats ont laissé peu de place au primaire. Néanmoins, certaines banques périphériques et challengers se sont ruées sur la seule fenêtre de la semaine (jeudi) pour émettre. Eurobank et Investec ont notamment émis des Tier 2, tandis que Credito Agricola et Erste Bank Hungary ont émis en format senior. Cette journée a confirmé que l’appétit des investisseurs n’a pas été entamé par la volatilité du début de semaine, avec des carnets d’ordres encore très fournis. Enfin, Bankinter a ouvert la saison des résultats avec un quatrième trimestre de bonne facture et des perspectives saines pour 2026.

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