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Investir dans le climat : Mythes, réalités et décarbonation de l'économie à travers le Private Equity (Tikehau Capital)

01/04/2025

Depuis les années 1990, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) nous alerte sur l'urgence de lutter contre le changement climatique. Aujourd'hui, les crises et les catastrophes climatiques sont marquent souvent l’actualité. Malgré les défis mondiaux tels que le COVID-19, l'inflation et les tensions géopolitiques, l'action climatique ne peut être mise de côté.

Pierre Abadie, Directeur Climat de Tikehau Capital et co-Responsable de la Stratégie de Private Equity dédiée à la Décarbonation, répond à des questions clés pour explorer les mythes et les réalités de l'investissement climatique et présente l'approche de Tikehau Capital en matière de décarbonation.

 

Est-il vrai que seules les nouvelles technologies peuvent nous sauver du changement climatique ?

Pierre Abadie : Je pense qu'il s'agit d'une idée reçue. L'innovation peut certes aider, mais nous disposons déjà des outils nécessaires pour réduire les émissions de manière significative. Des mesures telles que l'isolation des bâtiments, l'électrification des transports et la production d'électricité bas carbone sont réalisables aujourd'hui avec les technologies existantes. Ce qu'il faut, c'est une mise en œuvre à grande échelle, qui nécessite de l'ingénierie, de la fabrication et de la main-d'oeuvre locale, plutôt que d'attendre une technologie révolutionnaire.

Les investissements bas carbone sont-ils trop modestes pour avoir un impact significatif ?

PA : Non, à mon avis, cette idée est dépassée. En 2023, les investissements dans les énergies bas carbone ont dépassé les 2.000 milliards de dollars(1), soit plus du double de ce qui est dépensé pour les combustibles fossiles et plus que les investissements dans la décarbonation en 2018. Je pense que ce changement est comparable à la révolution industrielle et qu'il devrait s'amplifier, les projections montrant que deux tiers des dépenses énergétiques seront consacrées à des solutions bas carbone au cours de la prochaine décennie.

Les économies émergentes sont-elles le principal problème en matière de changement climatique ?

PA : Le fait de blâmer les économies émergentes ne me parait pas pertinent. Historiquement, l'Europe et les États-Unis sont les plus grands émetteurs cumulés de carbone. Bien que la Chine soit un contributeur important, elle produit principalement des biens destinés aux marchés occidentaux. Dans l'immédiat, il faut se concentrer sur la réduction de l'empreinte carbone des actifs existants dans les pays développés, car c'est là que la plupart des investissements en matière de décarbonation sont déjà dirigés.

La décarbonation nécessite-t-elle des subventions publiques massives ?

PA : Je pense qu'il est faux de croire que la décarbonation nécessite d'énormes subventions publiques. Actuellement, les combustibles fossiles reçoivent plus de subventions que les énergies renouvelables. Le secteur privé est déjà à l'origine de 75% de la demande de décarbonation(2), les entreprises investissant en raison des avantages économiques - sécurité énergétique et réduction des coûts - plutôt qu'en raison de préoccupations environnementales. La décarbonation a un sens financier dans un monde où la production de combustibles fossiles est en déclin. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les fonds publics ne sont pas la principale source de financement. Les investissements du secteur privé représentent les trois quarts des investissements bas carbone. Les entreprises investissent dans la décarbonation parce qu'elle correspond à leurs objectifs de rentabilité. Les fonds propres et le financement par la dette sont essentiels pour soutenir les réductions de l'empreinte carbone des entreprises, ce qui montre que les pratiques durables peuvent être rentables sans intervention des pouvoirs publics.

Les tensions géopolitiques empêchent-elles l'action en faveur du climat ?

PA : Les tensions géopolitiques ne sont pas un obstacle ; en fait, elles pourraient accélérer le passage à la décarbonation. Par exemple, la guerre en Ukraine a révélé la dépendance de l'Europe à l'égard des importations de combustibles fossiles, ce qui a stimulé les efforts en faveur de la souveraineté énergétique. Aux États-Unis, la production nationale de combustibles fossiles favorise la décarbonation et les exportations d'énergie, tandis que la Chine réduit sa dépendance au pétrole et au gaz grâce à l'électrification. L'instabilité géopolitique pousse les pays à adopter des solutions énergétiques bas carbone.

Quels sont les véritables défis de la décarbonation ?

PA : Je pense que les véritables obstacles sont la pénurie de main-d'œuvre et la disponibilité de minerais essentiels. La décarbonation nécessite une main-d'œuvre nombreuse et qualifiée pour les projets d'électrification, de modernisation et d'infrastructure. En outre, des minéraux essentiels comme le cuivre sont indispensables à la transition, et l'augmentation de la production est lente et coûteuse. Ces facteurs représentent des défis importants pour une transition rapide.

Que faut-il faire pour progresser dans la lutte contre le changement climatique ?

PA : Pour aller de l'avant, il faut prendre des mesures pratiques fondées sur la faisabilité et non sur des promesses. Le passage des combustibles fossiles à l'électricité est une transition de l'exploitation des combustibles fossiles à l'exploitation des minéraux essentiels. Pour réussir, les modèles économiques circulaires sont essentiels, car les ressources limitées de la planète exigent des pratiques durables. Bien que la transition soit difficile, elle est réalisable grâce à des mesures bien ancrées visant à remédier aux pénuries de main-d'œuvre et aux problèmes d'approvisionnement en minerais. Dans ce paysage en évolution, les gestionnaires d'actifs comme Tikehau Capital ont un rôle essentiel à jouer en orientant l'épargne vers des investissements qui soutiennent la transition vers une économie décarbonée.

Quel rôle jouez-vous dans la décarbonation de l'économie ?

PA : Chez Tikehau Capital, nous investissons dans la transition énergétique depuis 2013. Notre ambition est d'être un investisseur de premier plan sur le thème de la décarbonation et de générer une appréciation du capital attrayante à long terme pour nos investisseurs grâce à une stratégie d'investissement en Private Equity(3) qui cherchera également à produire des objectifs mesurables en matière de durabilité et d'impact. Notre stratégie d'investissement en Private Equity adopte une double approche : (i) sectorielle, en ciblant les secteurs clés responsables des émissions de CO2, notamment la production d'énergie, l'industrie, les bâtiments et les transports ; et (ii) orientée vers les solutions, en identifiant les solutions les plus impactantes et leurs principaux facteurs et composants sur toute la chaîne de valeur, tels que l'efficacité, l'électrification, l'énergie bas  carbone et les intrants, ainsi que l'adaptation au changement climatique. Nous investissons dans des entreprises générant un EBITDA de 20 à 100 millions d'euros en Europe et en Amérique du Nord. Depuis 2013, Tikehau Capital(4) a investi environ 1,9 milliard d'euros dans 23 entreprises(5) spécialisées dans l'électrification mondiale, l'efficacité énergétique, l'énergie bas carbone et les intrants, ainsi que dans l'adaptation au changement climatique. Cela fait de Tikehau Capital l'un des plus grands acteurs du Private Equity visant à soutenir des entreprises à l'avant-garde de la décarbonisation de l'économie.

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Notes :

(1) Source : Agence internationale de l'énergie, juin 2024.

(2) Source : Analyse de Tikehau IM, au 30 septembre 2024, basée sur l'AIE - World Energy Outlook 2024, World Energy Investment 2024 et Net Zero by 2050, 2023. Il n'y a aucune garantie que les objectifs d'investissement seront atteints. Investir sur les marchés privés implique divers facteurs de risque, y compris, mais sans s'y limiter, la perte totale potentielle de capital, les contraintes de liquidité et le manque de transparence. Les économies pionnières  comprennent l'Amérique latine, l'Asie du Sud-Est et l'Afrique. Les économies traditionnelles comprennent l'Union européenne et les États-Unis.

(3) Gérée par Tikehau IM.

(4) Notamment par l'intermédiaire de sa principale société de gestion d'actifs, Tikehau IM. Tout investissement présente des risques, y compris mais sans s'y limiter    le risque de perte en capital.

(5) Source : Tikehau IM, à la date du présent document.



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