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En route vers l’exceptionnalisme européen (Gay-Lussac Gestion)

17/03/2025

Dans sa lettre aux investisseurs de mars 2025, Gay-Lussac Gestion revient sur les premiers mois du second mandat de D. Trump, qui laissent entrevoir les grandes orientations de sa politique et de la méthode utilisée pour la mettre en œuvre. Leurs conséquences logiques sont en forte contradiction avec les attentes des investisseurs en début d’année. Rarement les marchés ont été aussi décalés de la direction que semble prendre le monde à court, moyen et long terme.

Trump et la fin de l’exceptionnalisme américain

Sur le plan géopolitique, on observe le leader incontesté se plaindre d’être la victime de ses largesses passées vis-à-vis du reste du monde. Le nationalisme des Etats-Unis a pris la forme d’un certain repli sur ses intérêts immédiats (canal de Panama, Groenland) et d’un moindre engagement dans les affaires du monde où les intérêts des Etats-Unis sont moins pressants. Ce désengagement se voit dans les efforts de réduction des zones de conflits (Palestine, Ukraine), mais aussi dans la redéfinition d’alliances historiques (Canada, Europe). Avec ce retrait partiel du leader maximus, l’ordre mondial se trouve quelque peu bousculé, laissant plus d’espace aux puissances secondaires pour s’affirmer. Les parias redeviennent fréquentables (Russie). Les alliances historiques sont ébranlées (OTAN). Seule la pression exercée sur la Chine semble inchangée.

De façon ironique, ce changement stratégique des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde est arrivé au moment même où le monde entier se pâmait devant la toute puissance américaine. La domination exclusive de la tech américaine, ainsi que la forte détention d’actifs américains par les investisseurs étrangers en étaient les expressions les plus claires en tout début d’année.

Sur le plan économique, le nationalisme des Etats-Unis a surtout pris la forme d’une défense des secteurs économiques traditionnels à travers des tarifs douaniers et des pressions diverses pour rapatrier la production. Un exercice de pensée économique simple permet de comprendre l’impact pour les Etats-Unis. Si les entreprises américaines étaient initialement organisées de façon quasi- optimale, la politique de D. Trump les met dans une situation sous-optimale. Elles doivent soient payer plus chers pour leurs importations, soient acheter plus cher sur le marché américain quand c’est possible, soit relocaliser leur production aux Etats-Unis où leurs coûts sont plus élevés. Dans tous les cas, il s’agit d’un choc négatif pour l’économie américaine.  

Le problème avec les guerres, même commerciales, est que les parties agressées ont la fâcheuse tendance à se défendre. L’expérience de 2018-2019 rappelle qu’alors la croissance de toutes les parties en pâtit. Selon nous, cette deuxième mi-temps imposée par les Etats-Unis ne devrait pas être différente. La Chine et l’UE en particulier sont tout à fait préparées à ne pas se laisser faire. Elles savent également où cela peut faire mal aux Etats-Unis. Elles en ont déjà l’expérience. Dans le cas de l’Europe, premier marché extérieur des tech américaines, la réponse pourrait aujourd’hui passer par les exportations américaines de services, secteur dans lequel les Etats-Unis ont un excédent commercial qui n’existait pas autant en 2018. Les grands perdants d’une telle réplique européenne seraient les services à forte valeur ajoutée, en particulier la tech américaine. Dans une telle éventualité, la politique tarifaire de D. Trump aurait surtout conduit à pénaliser les secteurs modernes et porteurs des Etats-Unis dans le vain espoir de soutenir les secteurs traditionnels.  

Si tout cela ne suffisait pas à nuire à l’économie américaine, la méthode utilisée jusqu’ici par le président Trump est une source supplémentaire de stress. La technique de menacer de hausses de tarifs brutales de nature à provoquer pas moins que des récessions profondes dans les pays visés (Canada et Mexique en particulier) a pour but d’exercer une pression maximale dans les négociations. Mais elle génère dans le même temps une incertitude proportionnelle pour les entreprises américaines engagées d’une manière ou d’une autre avec ces pays. Enfin, par leur brutalité, de telles menaces ressemblent plus à des ultimatums inacceptables pour les pays concernés. Menacer un pays voisin de récession économique ressemble en effet plus à une menace de déclaration de guerre qu’à une simple technique de négociation de plateau de télévision. La spirale d’une guerre commerciale totale serait en retour très dommageable pour les Etats-Unis. Les marchés d’actions ne s’y trompent d’ailleurs pas. 

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