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Les élections de mi-mandat aux États-Unis se sont soldées par une nette vague démocrate, le parti prenant le contrôle à la fois de la Chambre des représentants et du Sénat. Si ce résultat peut limiter la marge de manœuvre du président Trump sur le plan domestique, il pourrait également ouvrir la voie à un nouvel assouplissement budgétaire. Notre équipe spécialisée sur la Macro analyse les implications pour la politique économique américaine, les investissements dans l’intelligence artificielle et, plus largement, l’économie mondiale.
Par Salman Ahmed, responsable mondial de la macroéconomie et de l'allocation stratégique d'actifs
Les résultats obtenus aux élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 aux Etats-Unis témoignent d’une vague démocrate historique. Selon les projections du New York Times, les démocrates devraient remporter plus de 250 sièges à la Chambre des représentants, ce qui constituerait leur plus large majorité à la Chambre depuis 2008. Leur victoire au Sénat est tout aussi nette : ils sont en passe de gagner huit sièges et d’obtenir une majorité de 55 sièges contre 45, leur niveau le plus confortable depuis 2012. Ces larges majorités dans les deux chambres donneront aux démocrates une marge de manœuvre considérablement plus importante pour définir les orientations politiques que ne le permettaient les faibles majorités au Congrès ces dernières années.
Toutefois, si les démocrates sont en passe de fixer l’agenda et d’élaborer les textes législatifs, l’adoption de réformes politiques majeures restera difficile. La procédure d’obstruction parlementaire au Sénat (filibuster) et le veto présidentiel continueront de limiter leurs leviers d’action, même s’ils contrôlent les deux chambres. Nous pensons donc qu’ils chercheront plutôt à faire avancer leurs priorités en matière de dépenses, notamment dans la santé, les autres dépenses sociales et les énergies propres, par le biais de lois de réconciliation budgétaire, qui ne nécessitent que d’une majorité simple. Cette possibilité prend une importance particulière à l’approche des échéances budgétaires, lorsque les démocrates peuvent tirer parti des négociations avec les républicains pour obtenir des concessions à la faveur de leurs priorités.
Les démocrates disposent de deux principaux leviers. Le premier est le plafond de la dette, qui pourrait être atteint aux alentours du deuxième trimestre 2027 compte tenu des plans de dépenses actuels, même si le recours à des mesures extraordinaires pourrait repousser cette date envisagée jusqu’en fin d’année. Le second, plus immédiat, concerne le financement de l’administration fédérale, qui arrive à échéance le 11 décembre. Cette échéance intervient pendant la période de transition parlementaire (lame-duck session), alors que les républicains contrôlent encore le Congrès. Ceux-ci pourraient donc tenter une dernière fois de faire avancer leurs priorités budgétaires ou de limiter les dépenses souhaitées par les démocrates. Toutefois, compte tenu du peu de consensus sur les crédits budgétaires pour l’ensemble de l’exercice, l’adoption d’une résolution provisoire de financement à court terme apparaît comme le scénario le plus probable. Cela repousserait la prochaine échéance budgétaire à début 2027 et maintiendrait donc le risque de paralysie (shutdown) de l’administration fédérale.
Dans l’ensemble, nous estimons que les risques restent orientés vers un assouplissement budgétaire accru, les deux partis pouvant conclure des accords afin de faire avancer leurs propres priorités en matière de dépenses. Malgré l’importante impulsion budgétaire apportée cette année par le « One Big Beautiful Bill », nous observons peu de volonté, de part et d’autre de l’échiquier politique, de réduire un déficit budgétaire qui demeure élevé, et ce malgré la vigueur de la croissance.
Par ailleurs, le contrôle de la Chambre des représentants par les démocrates ouvrirait la voie à une surveillance accrue de l’administration Trump, notamment à travers des enquêtes sur d’éventuels conflits d’intérêts liés à certaines activités commerciales, aux marchés de prédiction, ainsi que de possibles procédures de destitution (impeachment). Si la destitution effective du président nécessitait une majorité des deux tiers au Sénat, de telles procédures pourraient néanmoins mobiliser une part importante de l’attention politique et alimenter les risques liés à l’actualité. Un Sénat contrôlé par les démocrates pourrait également bloquer certaines nominations importantes, notamment à la Réserve fédérale, limitant encore davantage la marge de manœuvre du président sur le plan intérieur.
Au-delà de Washington, les élections des gouverneurs comportent également d’importants enjeux macroéconomiques. Les démocrates ont fait basculer quatre postes de gouverneur, dont trois dans des États, le Texas, l’Ohio et la Géorgie, qui se trouvent au cœur du développement des data centers et représentent près d’un tiers de leurs capacités prévues aux États-Unis.
Les gouverneurs démocrates ayant fait campagne en faveur d’un ralentissement de la construction de data centers devraient imposer de nouveaux moratoires et renforcer les restrictions sur l’octroi de nouveaux permis, tout en mettant en place des mesures de protection concernant les ressources en eau, les coûts énergétiques et les incitations à l’investissement. Ces mesures pourraient avoir des conséquences importantes sur les investissements dans les infrastructures liées à l’IA.
Pour l’heure, nous estimons que ces risques restent essentiellement concentrés au niveau des États plutôt qu’au niveau fédéral. Toutefois, compte tenu de la sensibilité de cette question auprès des électeurs américains, elle pourrait gagner en importance à l’échelle fédérale, notamment à l’approche des élections de 2028. Nous considérons qu’il s’agit d’un risque majeur au sein de nos perspectives macroéconomiques.
Malgré le changement de majorité au Congrès, le président Trump conserve une importante latitude en matière de droits de douane, de contrôle de l’immigration et des affaires étrangères. Face à une résistance accrue à son programme national, l’administration pourrait davantage s’appuyer sur ses pouvoirs exécutifs et réorienter son attention vers les questions internationales.
Dans ce contexte, nous continuons d’anticiper des risques haussiers sur les prix du pétrole liés à la guerre en Iran, tandis que la politique commerciale américaine ne devrait pas changer sensiblement de cap. L’administration prépare des enquêtes au titre de la Section 301 sur les surcapacités industrielles afin de remplacer les droits de douane invalidés dans le cadre de l’IEEPA. Cela laisse penser que les restrictions commerciales resteront un instrument central de la politique américaine, même avec un Congrès contrôlé par les démocrates.
Les pouvoirs exécutifs du président Trump restant largement inchangés, nous anticipons peu d’évolution dans les relations actuelles des États-Unis avec le reste du monde en matière de politique étrangère.
Les principales implications continueront de se transmettre par trois grands canaux.
Le premier concerne l’énergie. Nous continuons d’anticiper des risques haussiers sur les prix du pétrole, compte tenu du risque toujours élevé d’escalade de la guerre en Iran. Cette situation pourrait continuer de constituer une source potentielle de choc d’offre pour l’économie mondiale, en accentuant les pressions inflationnistes, notamment en Europe et en Asie, deux régions fortement importatrices d’énergie, et en maintenant un biais en faveur de politiques monétaires plus restrictives.
Le deuxième canal concerne la technologie. Les perspectives d’investissement dans l’IA et l’évolution de la réglementation aux États-Unis revêtiront une importance particulière pour Taïwan et la Corée du Sud, compte tenu de leur rôle central dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA. Les restrictions sur les exportations de semi-conducteurs auront quant à elles des conséquences plus directes pour la Chine. Ces politiques relèvent encore largement des prérogatives de l’exécutif, ce qui limite l’impact direct du changement de majorité au Congrès.
Enfin, les tensions commerciales devraient persister. S’agissant des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, nous voyons peu de perspectives d’apaisement majeur. Les droits de douane, les restrictions technologiques et la diversification des chaînes d’approvisionnement continuent de bénéficier d’un large soutien bipartisan. Le contrôle du Congrès par les démocrates ne devrait donc pas modifier sensiblement l’orientation de la politique américaine à l’égard de la Chine.
Le prochain sommet de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) pourrait apporter davantage de visibilité sur les négociations commerciales à court terme, mais la trajectoire générale des relations sino-américaines ne devrait guère évoluer. L’Europe reste également affectée par l’agenda américain et les développements liés à l’Ukraine, même si 2028 pourrait marquer le début d’une période de normalisation si les tendances actuelles se poursuivent.
Nous estimons que cette vague démocrate historique limitera la capacité du président Trump à faire avancer son programme intérieur et à procéder à certaines nominations, tout en laissant la politique étrangère largement inchangée du fait des prérogatives de l’exécutif.
Dans notre scénario central, nous anticipons un ralentissement de la croissance américaine vers son rythme tendanciel l’année prochaine, après la croissance robuste enregistrée en 2026. Ce ralentissement interviendrait dans un environnement macroéconomique plus difficile, marqué par un nouveau cycle de hausses des taux de la Réserve fédérale, un durcissement des conditions financières et une accumulation des chocs géopolitiques et inflationnistes.
Nous identifions également des risques liés à la dépendance croissante de l’économie à l’égard des dépenses d’investissement et du développement des infrastructures liées à l’IA. L’attention se déplace désormais de l’ampleur des investissements engagés vers la génération de revenus effectifs venant de ces investissements. Un durcissement de la réglementation sur les data centers pourrait ralentir la dynamique d’investissement dans l’IA et avoir d’importantes conséquences macroéconomiques pour le reste du monde.
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