Au-delà des Sept Magnifiques : où émergeront les prochains leaders du marché ? (Pictet AM)
24/11/2025
Les Sept Magnifiques ont porté Wall Street à des sommets inédits, mais l’avenir du leadership boursier pourrait bien se jouer ailleurs. Les « Terrific Twenty » et les « Forgotten Fifty » bousculent désormais la hiérarchie, révélant un marché plus contrasté qu’il n’y paraît. Une analyse qui questionne les valorisations actuelles et pointe les futurs relais de croissance.
Une analyse rédigée en novembre 2025 par Arun Sai, Senior Multi Asset Strategist, et Gertjan Van Der Geer, Senior Investment Manager, chez Pictet Asset Management
À retenir
Les Terrific Twenty ont surperformé les Sept Magnifiques en 2025, mais sans croissance des bénéfices équivalente, créant un risque de valorisations déconnectées.
Les Forgotten Fifty affichent une forte croissance des bénéfices (+200% en 5 ans) tout en étant massivement sous-évaluées.
Le leadership boursier pourrait progressivement se transférer vers des actions de qualité, notamment de moyenne capitalisation et hors des États-Unis.
Les Sept Magnifiques et la concentration extrême du marché
Les Sept Magnifiques ont joué un rôle clé dans la remarquable ascension du marché d’actions à laquelle nous assistons aujourd'hui. C'est un récit séduisant. Ensemble, Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla ont été à l'origine de près de 50% de la progression totale de l’indice S&P 500 de ces trois dernières années.
À y regarder de plus près, cependant, il n'est pas tout à fait certain que les meilleurs acteurs de la Silicon Valley aient été – ou seront – les seuls protagonistes de premier plan.
L'émergence de deux nouvelles cohortes : Terrific Twenty et Forgotten Fifty
Deux autres cohortes d’actions ont eu – et promettent de continuer à avoir – un impact significatif sur les performances des marchés d’actions.
Il s'agit notamment des «Terrific Twenty», un groupe de titres de mégacapitalisation dont la performance boursière a égalé celle des Sept Magnifiques au cours des cinq dernières années, ainsi que des «Forgotten Fifty», qui, comme leur nom l’indique, forment un ensemble de sociétés très rentables que le marché a curieusement délaissées.
Tous deux méritent que l'on s'y attarde, mais pour des raisons différentes.
Les Terrific Twenty : une surperformance… sans croissance des bénéfices
Un groupe puissant et diversifié
Commençons par les Terrific Twenty. Les performances des actions générées par ce groupe (composé de sociétés de très grande capitalisation présentes non seulement dans la technologie, mais aussi dans un large éventail de secteurs allant de la consommation et de la finance à l’industrie et à l’énergie) ont surpassé celles des Sept Magnifiques de quelque 12% depuis le début de cette année.
Source : Refinitiv, LSEG, Pictet Asset Management, données couvrant la période allant du 31.12.2020 au 16.10.2025. Groupe des Forgotten Fifty composé de: Eli Lilly, Salesforce, ServiceNow, Progressive Ohio, MercadoLibre, American Tower, Newmont, Equinix, Marvell Technology, Snowflake, Chipotle Mexican Grill, Digital Realty Trust, Allstate, Fortinet, Workday, MSCI, Copart, Veeva Systems, Resmed, Datadog, Xylem, Arch Capital, Dexcom, Ventas, Brown & Brown, Atlassian, Live Nation Entertainment, Tyler Technologies, Trade Desk, T Rowe Price Group, SBA Communications, Hubspot, Insulet, Pinterest, Liberty Media Formula One, Godaddy, Expand Energy, First Solar, Zoom Communications, Mongodb, Deckers Outdoor, Illumina, Okta, Twilio, Docusign, Dynatrace, Incyte, Neurocrine Biosciences, Biomarin Pharmaceutical.
Groupe des Terrific Twenty composé de: Broadcom, JPMorgan, IBM, Berkshire Hathaway, Visa, Netflix, ExxonMobil, Mastercard, Costco, Walmart, Oracle, AT&T, GE Aerospace, Home Depot, Wells Fargo, Bank of America, Palantir Technologies, Chevron, Philip Morris International, Goldman Sachs.
C'est principalement grâce à leur rebond continu que les valorisations de l'indice S&P 500 ont, globalement, atteint un sommet cyclique de 23x les bénéfices à la suite de la correction de 2022 provoquée par l'inflation.
Un vernis qui s’écaille
À première vue, cette évolution est positive. Elle laisse entendre que le rebond du marché américain s'appuie désormais sur des bases beaucoup plus solides, qui ne se limitent pas à Nvidia, Microsoft et aux cinq autres géants de la technologie.
Mais en creusant davantage, on révèle une image assez différente.
Un problème fondamental : les Terrific Twenty ne génèrent pas les bénéfices attendus
Il y a toutefois un bémol inquiétant à la trajectoire exceptionnelle des Terrific Twenty. Les progressions de leurs cours ne se sont pas accompagnées d’une amélioration de leurs bénéfices.
Même si les entreprises américaines sont nettement plus rentables que par le passé (la rentabilité des fonds propres du S&P 500 est actuellement de 19%, contre une moyenne à long terme de 15%), les valorisations élevées des actions sont généralement le reflet d'attentes d'une reprise de la croissance des bénéfices ou d'une rentabilité soutenue, assortie de hausses toujours plus fortes des performances. Et sur ces mesures, les Terrific Twenty n'ont pas de résultats tangibles à afficher, du moins pas encore.
Contrairement à leurs homologues Magnifiques, qui ont vu leurs cours progresser en même temps qu'ils enregistraient une croissance phénoménale de leurs bénéfices, les Terrific Twenty n’ont jusqu’à présent pas affiché de bénéfices exceptionnels.
Une décorrélation des valorisations de plus en plus marquée
Alors que les valorisations de leurs actions ont augmenté de 60% en seulement deux ans, leur contribution aux bénéfices totaux du S&P 500 est tombée à 15%, contre près de 20% il y a dix ans.
Qui plus est, les prévisions des analystes du consensus au sujet des bénéfices des Terrific Twenty ont augmenté de 15% par an depuis 2020, soit à peine mieux que l'ensemble du marché global, mais bien moins que les 26% des Sept Magnifiques.
Tout cela a des implications plus générales pour les investisseurs en actions.
Un marché vulnérable : valorisations élevées, fondamentaux incertains
L'ascension des Terrific Twenty signifie qu'une part considérable de l'indice S&P 500 se négocie à des niveaux qui n'ont pas grand-chose à voir avec les bénéfices réels des entreprises.
Selon nos calculs, deux tiers de la capitalisation boursière de l’indice se composent de sociétés affichant désormais des multiples de cours-bénéfice de 25x, alors qu'elles en représentaient moins d’un tiers il y a seulement deux ans.
En d’autres termes, de plus en plus d’actions affichent des valorisations élevées fondées sur l’espoir d’une amélioration durable des fondamentaux commerciaux qui ne s'est pas encore concrétisée. Les actions américaines sont donc beaucoup plus vulnérables en cas de trou d'air pour l’économie.
Forgotten Fifty : les oubliées qui pourraient devenir les gagnantes de demain
Cela ne signifie pas pour autant nécessairement que les investisseurs devraient tourner complètement le dos aux États-Unis. un processus par lequel un groupe d'actions hautement cotées passe le relais du leadership du marché à un ensemble d'actions excessivement sous-évaluées.
En effet, pour chaque société des Terrific Twenty dont la valorisation a grimpé, on compte au moins deux titres qui ont subi une évolution opposée. Passons donc aux Forgotten Fifty: la cohorte d'actions ayant le potentiel de devenir les leaders du marché de demain.
Un groupe sous-valorisé malgré des fondamentaux solides
Équivalentes à environ 5% de la capitalisation boursière de l’indice S&P 500, ces sociétés ont vu leurs multiples de bénéfices chuter à seulement deux tiers de leur moyenne sur 10 ans. Cette correction a commencé en raison de prévisions de croissance trop optimistes. Cependant, aujourd’hui, elle semble être allée trop loin, en particulier si on la mesure au regard de la hausse de près de 200% des bénéfices de ces entreprises au cours des cinq dernières années (Fig. 3).
On ne peut pas non plus dire que ce groupe est formé d'illustres inconnus. Il se compose d’entreprises très performantes, qui font, pour la plupart, partie d’une cohorte d’actions «de qualité».
Les Forgotten Fifty : un vivier de « quality stocks » négligés
On y trouve le développeur de logiciels d’entreprise Salesforce, le groupe d’e-commerce Mercado Libre et le géant pharmaceutique Eli Lilly (voir encadré en fin d'article).
Ces actions de haute qualité ont subi des niveaux de sous-performance par rapport au marché dans son ensemble presque sans précédent.
Cela s'explique en partie par le fait que l’économie a jusqu’à présent déjoué les prévisions de ralentissement, malgré des bouleversements géopolitiques et des perturbations considérables sur le commerce. Il est intéressant de noter que la même tendance s'est produite en Europe.
Un contexte favorable à la revanche des actions de qualité
Alors que les marchés se sont montrés particulièrement confiants (sur la croissance, sur l’inflation et sur le maintien de la crédibilité des institutions américaines), la marge de sécurité pour les investisseurs en actions est faible.
Autre facteur clé, le cadre est également favorable aux actions de qualité (qui présentent un historique de bénéfices stables, une rentabilité élevée et un faible endettement), une définition qui convient à de nombreuses sociétés faisant partie des Forgotten Fifty.
En outre, la «qualité» porte souvent sur des actions à faible bêta, qui conservent leur valeur en cas de correction généralisée des marchés, tout en maintenant une exposition aux tendances structurelles positives à long terme.
Perspectives macroéconomiques et opportunités d’arbitrage
Nous pensons que les investisseurs devraient tabler sur une surperformance à moyen terme des actions, et ce, pour plusieurs raisons.
Les arguments macroéconomiques sont particulièrement solides. Les actions de qualité performent souvent particulièrement bien lorsque la croissance économique est modérée. De plus, selon nos prévisions, la croissance du PIB américain va ralentir à un taux légèrement inférieur à son potentiel à long terme. Nous estimons que la croissance du PIB américain atteindra seulement 1,3% l’année prochaine, ce qui est bien en dessous de l’estimation du consensus de 1,8%.
En outre, nos modèles montrent que l'inflation pourrait également dépasser les anticipations actuelles des marchés obligataires.
Valorisations : retour vers les moyennes historiques
Les valorisations sont favorables. Comme l'écart de performance entre les actions de qualité et les mégacapitalisations a été exceptionnellement large ces dernières années, la prime de valorisation exigée pour générer des bénéfices fiables correspond désormais avec sa moyenne à long terme.
Quelles implications pour les investisseurs ?
Les Sept Magnifiques ne vont pas pour autant disparaître du radar des investisseurs, compte tenu de leur position dominante dans leurs secteurs respectifs et du rôle crucial joué par beaucoup d’entre eux dans la construction des infrastructures d’IA.
En tout état de cause, la prime de valorisation dans leurs cours par rapport au reste du marché est proche du bas de la fourchette observée depuis le début de l’ère de l’IA. Ils devraient donc encore générer des performances décentes.
Vers une nouvelle génération de leaders boursiers
Néanmoins, pour les investisseurs qui cherchent à prévoir le comportement futur des actions américaines, il convient de tirer quelques considérations pratiques de notre analyse.
Pour commencer, il faut regarder au-delà de la poignée de mégacapitalisations technologiques qui font la une des journaux. Sous la surface, les cours des actions connaissent des variations significatives. Les investisseurs attentifs pourraient en bénéficier.
De nombreuses actions de très grande capitalisation ayant contribué à la performance exceptionnelle du marché deviennent très coûteuses.
Même si ce n'est peut-être pas encore entièrement le cas pour les Sept Magnifiques, les 20 autres actions qui ont discrètement progressé dans le classement du S&P 500 ces derniers mois méritent d’être examinées.
Diversifier, réallouer, anticiper le prochain leadership
Les investisseurs à l'horizon temporel plus long devraient commencer à diversifier leurs investissements au détriment des mégacapitalisations américaines. Cette stratégie pourrait les protéger à la fois contre une correction de marché et contre l'émergence d'un nouveau groupe de leaders.
Ils devraient pour cela flécher plus de capitaux vers les actions de moyenne capitalisation, qui, selon nous, forment la prochaine génération de gagnants, et aussi se tourner vers des champions en dehors des États-Unis.
Une approche alternative – ou complémentaire – consisterait à réaffecter des capitaux dans des entreprises de qualité dont les actions sont sous-évaluées.
Elles sont nombreuses et plusieurs d'entre elles se trouvent parmi les Forgotten Fifty. Ces sociétés pourraient devenir les nouveaux champions du marché lorsque certaines mégacapitalisations commenceront à s'essouffler.
Forgotten Fifty – un aperçu
Parmi les actions des Forgotten Fifty qui pourraient, selon nous, se convertir en leaders du marché à l’avenir, citons le géant pharmaceutique Eli Lilly, le groupe d’e-commerce latino-américain Mercado Libre et la société de logiciels professionnels Hubspot.
Chacune d'elles possède des atouts concurrentiels qui sont aujourd'hui sous-estimés par le marché.
Eli Lilly : la révolution GLP-1
Eli Lilly, par exemple, a assis sa position de leader sur le traitement de l’obésité et du diabète de type 2.
Le développement d’une nouvelle famille de traitements GLP-1 est un ingrédient clé pour sa réussite commerciale future.
Ces molécules promettent non seulement des options alternatives moins coûteuses aux médicaments actuels contre l’obésité et le diabète, mais elles pourraient également servir dans le traitement d’un plus large éventail de maladies et d’affections médicales, y compris la dépendance, l’arthrite et l’immunodéficience.
HubSpot : l’IA comme moteur de productivité
La société HubSpot, quant à elle, illustre les possibilités offertes par l’application des dernières avancées en matière de technologie d’intelligence artificielle.
En intégrant l’IA à sa plateforme de gestion des relations clients, elle est parvenue à proposer des produits plus personnalisés qui renforcent l'efficacité opérationnelle des entreprises, aussi bien dans la génération de ventes, que dans le marketing ou l'exploitation.
Pour nous, la valeur du marché adressable de l'entreprise est d'environ 128 milliards de dollars.
Mercado Libre : un champion régional appuyé par l’IA
Le statut de numéro un du e-commerce et de la fintech en Amérique latine dont bénéficie Mercado Libre devrait perdurer, étant donné que le groupe récolte les fruits d’investissements judicieux dans les nouvelles technologies.
Les innovations, qui incluent un fonctionnement opérationnel basé sur l’IA, des achats axées sur des segments verticaux particuliers et une nouvelle plateforme publicitaire, devraient améliorer sa productivité.
Parallèlement, nous pensons que la société va continuer de consolider des positions dominantes sur les marchés où elle est encore peu présente et de maintenir sa réussite commerciale grâce à son expansion dans la logistique et les services financiers.
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