Actions
1Obligations
1Flexibles
1Perf. absolue
1L'essentiel de l'actualité patrimoniale et financière pour les CIF, chaque matin dans votre boîte mail.
Entre espoirs d’accord et nouvelles exigences, le dossier irano-américain entretient l’incertitude sans entamer la confiance des marchés.
Dans la mythologie grecque, Sisyphe est condamné à pousser éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne avant de le voir inexorablement retomber dans la vallée. Remise au goût du jour par Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, où il développe sa philosophie de l’absurde, cette image d’un effort sans cesse recommencé face à un horizon qui semble toujours se dérober pourrait, à elle seule, résumer l’actualité géopolitique de ces dernières semaines.
Par Thomas Giudici, Directeur de la gestion obligataire
Alors qu’un accord entre les États-Unis et l’Iran paraît régulièrement à portée de main, chaque avancée est aussitôt suivie de nouvelles exigences, éloignant de nouveau l’issue tant attendue. Le processus semble ainsi condamné à osciller entre optimisme et désillusion. Pour autant, les investisseurs continuent de croire qu’au terme de cette ascension laborieuse, dont les avancées paraissent malgré tout chaque semaine un peu plus significatives, le rocher finira par rester au sommet. Cette conviction explique en partie la résilience observée sur les marchés financiers malgré les violations répétées du cessez-le-feu, les tensions persistantes dans la région et les nombreuses déclarations contradictoires des différentes parties prenantes.
Bis repetita la semaine dernière, qui n’aura une nouvelle fois pas échappé à la règle. Plusieurs médias américains ont ainsi rapporté qu’un mémorandum d’accord de 60 jours avait été négocié entre Washington et Téhéran afin de prolonger la trêve actuelle et d’ouvrir un nouveau cycle de discussions sur le dossier nucléaire. Selon Reuters et Axios, les négociateurs seraient parvenus à un accord de principe portant notamment sur la réouverture du détroit d’Ormuz, la poursuite des discussions sur le programme nucléaire iranien ainsi qu’un cadre de négociation plus large sur les sanctions. Comme pour illustrer ce perpétuel retour à la case départ, l’agence iranienne Tasnim rapporte aujourd’hui la suspension des négociations avec Washington tant que ses exigences concernant Gaza, le Liban et le respect du cessez-le-feu ne seraient pas satisfaites.
Le refus de Donald Trump de valider l’accord peut surprendre alors qu’il avait là une porte de sortie au conflit. C’en est à se demander si les différentes parties ont réellement accès aux mêmes informations sur l’état d’avancement des négociations. Au-delà de ces considérations géopolitiques, l’expérience récente a surtout montré que la seule pression capable d’infléchir durablement les positions de Donald Trump provenait des marchés financiers (théorisée par le désormais célèbre acronyme « TACO »). Or, avec des indices américains évoluant à proximité de leurs plus hauts historiques, des spreads de crédit contenus et une volatilité relativement faible, le président américain ne semble aujourd’hui soumis à aucune pression particulière pour conclure rapidement un accord.
Plus surprenant encore, Donald Trump paraît relativement indifférent au coût politique de sa stratégie alors qu’il atteint des niveaux d’impopularité records dans plusieurs enquêtes récentes et que les élections de mi-mandat commencent déjà à se profiler à l’horizon. Pourtant, si l’économie américaine demeure globalement résiliente, les premières conséquences du conflit commencent à apparaître dans les statistiques. Outre des chiffres de croissance révisés en baisse pour le premier trimestre (1,6 % contre 2 % en première estimation), le choc inflationniste lié à la remontée des prix de l’énergie continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages. Le revenu personnel est ressorti stable en avril, après +0,5 % en mars (dopé par des remboursements fiscaux) et contre une hausse de +0,4 % attendue par le consensus, contraignant les ménages américains à puiser davantage dans leur épargne pour soutenir leur consommation. Le taux d’épargne des ménages est d’ailleurs tombé à son plus bas niveau depuis 2022 (cf. graphique de la semaine).
Dans le mythe, Sisyphe connaissait l’issue de son ascension, le rocher finissant toujours par redescendre. Le propre des marchés est de croire qu’il restera tôt ou tard en haut.