Les perspectives 2026 de Carmignac : l'art de la fugue

Croissance figée autour de 3 %, économies dopées par l’IA, la dépense de sécurité et les déficits publics : Carmignac décrit un régime de croissance fragile où la relance budgétaire et monétaire se heurte à la fin de cycle, appelant à des choix d’investissement sélectifs et très diversifiés.
Les perspectives pour 2026 de Carmignac, par Raphaël Gallardo, chef économiste, et Kevin Thozet, portfolio advisor et membre du Comité d'Investissement
3 points à retenir
1) Une croissance mondiale stable à 3 % repose sur un triptyque IA, sécurité nationale et largesses budgétaires, au prix de tensions populistes accrues et d’un laxisme budgétaire entretenu par des banques centrales contraintes par la stabilité financière.
2) Les grandes zones économiques adoptent des politiques de relance puissantes mais risquées : tous azimuts aux États-Unis, plan Merz et absence d’ajustement en France, économie de guerre en Chine, cocktail potentiellement explosif pour l’obligataire au Japon.
3) Dans ce contexte de fin de cycle et de valorisations élevées, Carmignac privilégie les actions et le crédit de qualité, une stratégie barbell entre technologie et valeurs défensives, ainsi que les obligations indexées à l’inflation et certaines devises comme principaux vecteurs de rendement/risque attractif.
Perspectives économiques :
La croissance mondiale restera inchangée à 3%, toujours soutenue par l’investissement en IA, les dépenses de sécurité nationale et les largesses budgétaires.
Cette croissance faible et inégale entretient les pressions populistes et pousse les gouvernements davantage sur la voie du laxisme budgétaire, avec la complicité de banques centrales contraintes par leur mandat de stabilité financière.
États-Unis : relance tous azimuts (fiscale, monétaire, dérégulation bancaire) par un Trump aux abois à l’approche des mid-terms.
Zone euro : réaccélération grâce au plan Merz et à l’absence d’ajustement en France. BCE toujours attentiste face à la lenteur de la désinflation – sauf emballement du marché des OAT.
Chine : le 15e plan quinquennal réaffirme la priorité à l’économie de guerre. Néanmoins, un nouveau stimulus budgétaire est indispensable pour maintenir la croissance à 4%. Un excédent commercial géant permet de monétiser les déficits sans fragiliser la devise.
Japon : nous nous attendons à ce que la relance Takaichi et les pressions politiques sur la banque centrale forment un cocktail détonnant pour l’obligataire nippon. Les marchés forceront un virage abrupt de politique, menaçant au passage un débouclement désordonné des positions de portage en yen.
Stratégie d’investissement :
Une croissance résiliente, soutenue par une politique budgétaire généreuse, ne peut occulter la dynamique de fin de cycle et les valorisations élevées. Les actions et les obligations restent les classes d'actifs les plus attractives, mais la prudence s’impose vis-à-vis des obligations souveraines.
La concentration des moteurs de la croissance mondiale (IA, défense, largesses budgétaire) renforce la nécessité d’une diversification maximale entre secteurs et zones géographiques.
Une inflation persistante, l’activisme budgétaire et des corrélations instables entre actions et obligations exigent une stratégie d’investissement plus agile et plus sélective, où l’initiative prime sur l’attentisme et le passivisme.
Actions : une stratégie barbell combinant les leaders technologiques avec des valeurs défensives de la santé et de la consommation pour capter les deux opposés d’une économie à deux vitesses.
Obligations et devises : les obligations souveraines de maturité longue émises par des pays aux finances publiques dégradées ne présentent guère d’attrait, tandis que les obligations indexées à l’inflation, le crédit de qualité, ainsi que les devises soutenues par la demande de matières premières essentielles ou par une discipline budgétaire offrent un couple rendement/risque attractif.
