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M&G Investments : après une année 2025 remarquable, les marchés émergents (ME) connaissent un regain d'intérêt.
Après une année 2025 remarquable, les marchés émergents (ME) connaissent un regain d'intérêt. Des fondamentaux plus solides, une dynamique de croissance positive et une volatilité proche de celle des marchés développés mettent en évidence les atouts d’une allocation à cette classe d’actifs diversifiée. Forts de leur longue expérience des ME, Michael et Charles évoquent ici leurs attraits, leur évolution et les préjugés qu’ils souhaitent dissiper. À travers leur parcours, leurs expériences et leur curiosité commune pour le monde qui les entoure, nous découvrons les attraits de cet univers.
MB : Je n'avais pas de plan précis, mais j'ai toujours été intéressé par les économies en développement. J'ai grandi en Irlande dans les années 1980 ; c'était un pays plus pauvre qu'aujourd'hui ; le chômage était élevé et l'émigration très répandue. Cela m'a très tôt amené à m'intéresser au processus économique qui sous-tend l'« émergence » d'un pays ; cela m'a toujours fasciné.
J'ai commencé par les dérivés sur actions, ce qui m'a naturellement conduit aux actions émergentes, puisque ces deux univers font appel à une réflexion similaire. Ces deux classes d'actifs se caractérisent par un risque composite : risque de change, risque de devises, risque actions.
L'opportunité de devenir investisseur en actions des marchés émergents s'est présentée à un moment opportun : en 2001, la Chine rejoignait l'OMC et les marchés émergents se remettaient d'une série de crises, tandis que la bulle technologique américaine commençait à éclater. Ce fut le début d'une décennie faste pour les marchés émergents.
CDQ : À l'inverse de Michael, je dirais que c'est justement parce que j'avais déjà une solide connaissance des marchés développés que je me suis tourné vers les marchés émergents ; j'ai toujours voulu élargir mes horizons.
J'ai commencé par couvrir le segment du haut rendement européen pour une petite boutique française, mais c'était à une époque où les marchés émergents étaient en pleine expansion. Je suis donc parti aux États-Unis pour mettre en place leur service de recherche sur le crédit latino-américain.
J'ai toujours été intéressé par les marchés émergents. Même si je n'étais pas mauvais en maths et en finance, ce ne sont pas les chiffres qui me passionnent, mais l'histoire et la géopolitique. Les marchés émergents offrent le meilleur équilibre entre l'analyse des chiffres et l'approche géopolitique et historique. En couvrant les marchés émergents, on apprend constamment ; intellectuellement, c'est très enrichissant.
MB : Oui, je pense que l’amour de l'histoire et l'intérêt pour le monde sont des points communs que partagent les investisseurs sur les marchés émergents. Ces marchés sont tellement dynamiques.
CDQ : La curiosité est absolument essentielle. Vous ne pouvez pas avoir l'esprit étroit et voir les choses uniquement sous l'angle des marchés développés : si vous le faites, vous passez à côté de la moitié de l'analyse.
MB : Du point de vue de l'investissement, non : nous investissons dans des entreprises, pas dans des pays. La richesse et la diversité font partie de l’attrait de ces marchés, tandis que privilégier un pays peut conduire à créer un angle mort dangereux.
Nous passons effectivement beaucoup de temps à voyager. Taïwan est un pays formidable à visiter et ses habitants sont extraordinaires. Ils ont accompli un travail remarquable pour une population d'environ 23 millions d'habitants, et ce en un laps de temps relativement court. Les progrès réalisés par des pays comme la Corée, Taïwan ou la Chine sont incroyables. Peu de pays, dans l'histoire du progrès économique, ont accompli autant que ces pays en si peu de temps.
CDQ : Le point soulevé par Michael, selon lequel on ne peut pas avoir de pays préféré d’un point de vue financier, est essentiel. Nous n’avons aucun parti pris en faveur d’un pays en particulier. D'un point de vue personnel, cependant, les pays qui me tiennent le plus à cœur sont ceux qui m'ont surpris. Par exemple, je suis allé à Almaty, au Kazakhstan, sans aucune attente. Mais le fait de voir les montagnes enneigées depuis l’avion avant d’atterrir sous une chaleur de 36 degrés m’a montré à quel point cette ville à de multiples facettes : c'est un véritable creuset d'influences russes, asiatiques et d'Europe centrale. J’adore découvrir les cultures locales : ce serait une perte de temps de voyager 12 heures pour simplement rester à l’hôtel.
CDQ : Être sur place est vraiment utile pour se rendre compte de l'efficacité d'un pays : la circulation, le temps que l'on met pour se déplacer, le temps d'attente à l'accueil. C'est important de discuter avec les chauffeurs de taxi, car ils sont généralement assez honnêtes ; ils parlent de politique, de football, de sport, et cela vous donne une bonne idée de la situation macroéconomique et de l'efficacité des entreprises dans le pays. En fait, au Kazakhstan, pour découvrir les saveurs locales, je suis allé jusqu’à goûter un morceau de viande de cheval séchée et une pinte de lait de chameau fermenté !
Il est essentiel de rencontrer l'équipe de direction en personne avant d'investir ; le langage corporel à lui seul en dit long. Qui plus est, prendre le temps d’effectuer une véritable visite sur place rend les investissements bien plus concrets – cela demande plus de temps et de ressources, mais cela en vaut la peine.
MB : Il est très important de se rendre sur place, que ce soit dans les pays ou dans les entreprises, pour comprendre la dynamique locale et l'efficacité opérationnelle. Je suis tout à fait d'accord avec Charles sur ce point : cela aide vraiment à se faire une idée de ce qui se passe sur place, qu'il s'agisse d'une conversation informelle avec un chauffeur de taxi ou le personnel de l'hôtel, ou simplement de se faire une idée des lieux en se promenant.
En tant qu’investisseurs actifs, rencontrer les gens est crucial pour nous. Nous n’avons pas d’analystes dans chaque pays émergent et nous ne pensons pas en avoir besoin. On peut parfois manquer de recul lorsqu'on se concentre trop sur un marché particulier. Nous pouvons adopter une perspective plus analytique : nous sommes capables de réfléchir à la situation d’un pays par rapport à d’autres pays, là où les locaux pourraient ne pas voir certaines choses.
CDQ : D'un point de vue structurel, la dette émergente semble bien mieux se porter qu'elle ne l'a été depuis longtemps. Elle semble même plus solide que lors du boom du début des années 2000, alors que les marchés émergents constituaient encore une classe d'actifs plus réduite, moins diversifiée, et encore très cyclique et tactique. Aujourd'hui, les marchés émergents ont véritablement évolué, passant d'une allocation tactique à une allocation de cœur de portefeuille. Il s'agit d'une classe d'actifs plus diversifiée qui offre de belles perspectives à long terme.
MB : Comme l’a dit Charles, les actions émergentes ont connu une décennie difficile avant 2025, fortement liée au ralentissement économique en Chine. La Chine est souvent associée à des facteurs « top-down » qui ont tendance à générer une faible rentabilité. Mais la situation est en train de changer de manière assez marquée depuis la crise immobilière. Nous constatons une meilleure allocation des capitaux et une rentabilité avérée, ce qui profite à l'ensemble de la classe d'actifs. Dans la mesure où la Chine est la deuxième économie mondiale, cela a un impact considérable sur un certain nombre d'autres économies émergentes.
Dans l'ensemble, les perspectives semblent positives. Cette classe d'actifs a été mise à l'épreuve par plusieurs crises ces dernières années et s'en est sortie avec brio. Je pense que cela témoigne de la solidité croissante de ses fondamentaux. On le constate d'ailleurs dans le regain d'intérêt manifesté par les investisseurs.
CDQ : Il y en a tellement. Nous avons déjà évoqué le fait que de nombreux investisseurs continuent de considérer les marchés émergents comme un placement à bêta élevé, alors que ce n'est pas le cas. À lui seul, le marché des obligations d'entreprises en devises fortes des marchés émergents représente deux fois la taille du marché du haut rendement américain, et il continue de croître et de se diversifier. La dette émergente offre peut-être des rendements plus élevés, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il s'agit d'une classe d'actifs de mauvaise qualité. En réalité, elle est majoritairement notée « investment grade ».
Au cours des vingt dernières années, la dette émergente libellée en devises fortes a affiché une performance comparable à celle des titres à haut rendement américains, offrant un coupon annuel de 7 à 8 %, tout en bénéficiant d'une plus grande diversification. La dette en devises locales a été plus volatile, mais les perspectives sont meilleures, notamment grâce à la tendance à la dédollarisation qui fait de la dette émergente en devises locales une perspective stable et attrayante.
MB : De nombreux investisseurs continuent de considérer cette classe d'actifs comme discrétionnaire, sans prendre conscience de l'ampleur des changements intervenus. La disparité entre la croissance économique des marchés émergents et celle de certaines régions des marchés développés se creuse de plus en plus, à mesure que les marchés émergents deviennent le moteur économique mondial.
On se méprend sur l'importance croissante des économies émergentes dans l'économie mondiale. En Occident, nous avons l'habitude d'être influencés par les États-Unis, mais quand on se trouve en Asie, le monde nous apparaît sous un tout autre jour. La vigueur historique des actions américaines a fait que les investisseurs ne se sentaient pas obligés d'investir dans les marchés émergents alors qu'ils pouvaient investir chez eux, mais la situation est en train de changer.
CDQ : Tout à fait. Dans la même mesure où les marchés émergents se renforcent, nous assistons également à un affaiblissement du cadre institutionnel américain. On constate clairement une convergence entre les marchés développés et les marchés émergents.
MB : Les historiens débattront peut-être de la question de savoir si nous sommes à un tournant dans la domination mondiale du dollar. Tous les marchés émergents ont vu les États-Unis prendre la mesure sans précédent de geler les avoirs étrangers d’un autre pays à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et ils veilleront désormais à éviter une accumulation excessive d’actifs libellés en dollars. Au vu des événements qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient, on observe une réévaluation des matières premières dans des devises autres que le dollar. Cela pourrait bien changer la donne en ce qui concerne la domination à long terme du dollar. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais nous assistons à un recul de la domination du dollar, ce qui aura un impact considérable sur la valorisation des actifs, au profit des marchés émergents.
CDQ : Il faut une bonne dose de résilience pour négocier sur la dette émergente, car elle est plus volatile. Mais j'ai appris à faire preuve de discipline. Je dois me forcer à ne pas consulter mes e-mails dès mon réveil, car j’ai compris que même si je les consultais immédiatement, je ne pourrais rien faire plus vite que si je les consultais 30 minutes plus tard.
MB : Il me semble que les personnes qui évoluent dans cette classe d'actifs l'adorent en règle générale. Le stress est évident et gérable. Mais c'est la confiance en notre propre philosophie et en notre équipe qui nous permet de ne pas nous laisser influencer par la volatilité du marché. Il faut croire en ce qui va créer de la valeur et s'y tenir. Le fait d'avoir des collègues nous aide et de pouvoir discuter de la dette avec Charles est très précieux : échanger des idées est très bénéfique.
CDQ : Il existe de belles synergies entre les équipes.
MB : Cela nous permet véritablement de relier les points entre eux.
Les opinions exprimées dans ce document ne sauraient en aucun cas être considérées comme une recommandation, un conseil ou une prévision, ni comme une recommandation d’achat ou de vente d’un titre spécifique.
La valeur de votre investissement pourra aussi bien baisser qu’augmenter et il est possible que vous ne récupériez pas la totalité de votre investissement initial. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures.
Contributeurs
Michael Bourke, Head of Emerging Market Equities
Charles de Quinsonas, Head of Emerging Market Debt
Granularité, diversification et dette maîtrisée : les leviers évoqués par Norma Capital pour traverser le cycle immobilier.
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