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Marc Girault, HMG Finance
Dans ce Face à Face Zoom Invest, Gérald Grant reçoit Marc Girault, cofondateur de HMG Finance et gérant de HMG Rendement depuis 1995. Il revient sur la création du fonds, sa recherche de revenus récurrents et sa flexibilité entre actions et obligations.
L’entretien éclaire aussi la place du dividende dans la performance de long terme, l’intérêt de titres moins suivis et la prudence du gérant face à la concentration actuelle des marchés. Marc Girault présente enfin HMG Rendement comme une brique patrimoniale destinée à être conservée dans la durée.
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouveau face-à-face sur Zoom Invest. À l'heure où les investisseurs regardent essentiellement les valeurs de croissance de la tech et en particulier de l'intelligence artificielle, nous avions envie de faire un zoom sur quelque chose d'un peu différent, sur une stratégie qui fait la part belle aux rendements récurrents, que ce soit au travers des actions et des obligations. Et pour ce faire, j'accueille aujourd'hui Marc Girault, que vous connaissez bien évidemment, figure emblématique de l'asset management français. Il est cofondateur de HMG Finance et il gère notamment depuis maintenant plus de 30 ans, 1995 exactement, HMG Rendement. Bonjour Marc. Bonjour Gérald. Une longue introduction, mais la carrière est aussi longue. Je vous en remercie.
Peut-être une première question sur le concept fondateur en 1995 de HMG Rendement. Comment c'est né ? Quelle était la philosophie et l'idée de départ ? Il y a eu deux idées de départ. La première idée, c'est que le marché obligataire qu'on avait connu coté en bourse sur Euronext disparaissait petit à petit, puisque toutes les émissions nouvelles se faisaient destinées aux investisseurs institutionnels essentiellement, pas aux investisseurs particuliers. Les nominaux, par exemple, étaient très élevés. On est passé de 1 000 francs à 100 000 euros, souvent, de nominal, d'une part, donc ce n'est plus accessible aux investisseurs particuliers, et d'autre part, on avait ce phénomène où ces obligations étaient traitées chez des courtiers ou des tables bancaires et n'étaient plus accessibles directement pour l'investisseur particulier. C'est la première raison, une raison technique. La seconde raison, c'est une raison beaucoup plus fondamentale, c'est la plus importante d'ailleurs, j'aurais peut-être dû en parler en premier, c'est que nous anticipions une baisse des taux à très long terme. Et effectivement, sur 25 ans, c'est ce qui s'est passé. Les taux ont très fortement baissé sur 25 ans, jusqu'à 2020, 2021 environ, et nous voulions que notre clientèle puisse bénéficier de cette baisse des taux dans la longue durée.
Très bien. Quand on entend rendement, évidemment, sur la partie action, on pense dividende. Et c'est vrai qu'avec tout ce qui se passe autour de la technologie, je le disais en introduction, ce ne sont pas des valeurs qui, traditionnellement, distribuent beaucoup. Donc vous êtes sur des valeurs qui, elles, ne sont pas dans cette mode. Comment vous expliquez que le rendement a peut-être été un peu délaissé alors que c'est un moteur de performance historique pour les actions ? Oui, vous avez tout à fait raison, Gérald, là-dessus, puisque le rendement, quand on regarde à très long terme, la recherche, notamment du consultant américain Ibbotson depuis 1900, 1901, on s'aperçoit que ça représente à peu près la moitié du rendement total d'une action. Le rendement total d'une action, c'est composé d'une part du dividende et d'autre part de la hausse des cours. À très long terme, la hausse des cours ne compte que pour la moitié de ce rendement total. Peut-être un petit peu plus maintenant avec la très forte hausse des cinq dernières années, mais le rendement est largement sous-estimé, comme vous le disiez. Il est sous-estimé pourquoi ? Premièrement parce qu'il est mal vu par la recherche universitaire. La recherche universitaire considère que le rendement, et c'est tout à fait exact, c'est le revenu du capitaliste. Ce n'est pas toujours quelqu'un qui est très bien vu dans les milieux universitaires, mais c'est également le fait que le rendement est considéré comme quelque chose que distribuent les entreprises s'il leur reste quelque chose une fois qu'elles ont fait tous les investissements qu'elles voulaient. Rendement est dans beaucoup d'esprits synonyme de manque de projets de croissance et ce n'est absolument pas le cas d'ailleurs. C'est la première chose. La deuxième chose, c'est que le rendement n'est pas du tout médiatique. Le rendement tombe une fois par an, parfois quatre fois par an quand il y a des dividendes trimestriels, mais la généralité, c'est une fois par an. On n'en parle pas beaucoup, il est peu médiatisé. Et puis il est aussitôt distribué, il est oublié, alors que les cours, ça bouge tous les jours. Il y a tous les jours du plus 5, plus 10, moins 5, moins 10, c'est beaucoup plus excitant. Donc le rendement souffre de ne pas être médiatisé, de ne pas être remarqué, finalement. Nous, nous considérons que ça crée des anomalies sur les titres de rendement, ça crée des opportunités d'investissement et comme vous le savez, nous allons toujours chercher les investissements là où beaucoup d'autres investisseurs ne vont pas. Et ça, les titres de rendement, c'est un marché où finalement, il y a relativement peu d'investisseurs.
Du coup, un fonds HMG Rendement qui se construit via des actions et des obligations, comment est-ce que se fait cet équilibre ? Comment est-ce que vous construisez le portefeuille ? Pourquoi il y aurait à un moment X % d'actions et Y d'obligations et inversement ? C'est très simple, c'est un fonds flexible diversifié et on a une très grande latitude au démarrage du fonds avec des taux très élevés, on était à 95 % d'obligations. Il y a quelques années, avec les taux à zéro en 2020, 2021, on était tombé à 10 % d'obligations. Aujourd'hui, on est à peu près à 25, 30, 35 % d'obligations, ça dépend des périodes. C'est vraiment les taux disponibles dans chaque catégorie qui décident des investissements que l'on va faire, catégorie par catégorie.
Et il y a des titres qui sont peu médiatisés aussi. Vous avez des titres participatifs en portefeuille, d'autres qui le sont un peu plus maintenant parce que beaucoup de gérants obligataires peuvent en avoir, ce sont les perpétuels. Ça a défrayé un peu la chronique en 2007, 2008, mais c'est revenu. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur ces deux typologies de titres ? Nous aimons bien les titres qui sont un peu méconnus parce qu'ils sont difficiles à analyser, que ce ne sont pas des titres standards classiques. Avec des inefficiences. Exactement. Toujours la recherche d'inefficience. Ce que nous aimons bien, par exemple, dans une des principales lignes du fonds qui est le titre participatif Renault, c'est un rendement coupon relativement élevé et en plus une clause d'indexation sur le chiffre d'affaires, donc à très long terme, c'est un peu une indexation sur l'inflation. Ce qu'on aime bien dans le titre perpétuel Aegon, société hollandaise d'assurance, c'est un rendement relativement satisfaisant. On est à 4 % aujourd'hui, mais la perspective d'une revalorisation en cas de remboursement, puisqu'il cote 80 % du nominal. Donc, on va toujours chercher différents moteurs en plus du rendement. Dans les actions, par exemple, si vous prenez Total, qui est une des plus grosses lignes du fonds, on aime beaucoup le rendement. Quand on a acheté, on était à 6,5-7 %. Aujourd'hui, c'est un peu baissé, bien que le dividende ait augmenté, mais on aime aussi la capacité de la société à augmenter son rendement dans la durée. Ce qu'on aime chez les sociétés de galeries marchandes, par exemple, c'est l'indexation sur le chiffre d'affaires des commerçants, qui est à long terme aussi une indexation sur l'inflation. On va toujours chercher un rendement avec quelque chose en plus. Une récurrence progressive. Exactement.
OK. Peut-être une petite question sur le contre-courant. On a dit encore une fois, tech, IA, tout ce qui est à la mode, vous, ce n'est pas trop votre terrain de jeu sur Rendement. Est-ce que c'est volontaire ? Vous n'aimez pas ça ou c'est juste parce que c'est encore cette histoire d'inefficience, c'est moins regardé, donc il y aura peut-être à plus long terme quelque chose à valoriser ? Nous pensons que dans le long terme, comme on le disait tout à l'heure, le rendement a son mot à dire. C'est quelque chose qu'on met en œuvre de manière très méthodique, à très long terme, de manière disciplinée. Aujourd'hui, on a l'intelligence artificielle. Il y a quelques années, on avait eu l'hydrogène. Aujourd'hui, toutes les valeurs d'hydrogène sont au tapis, plus personne n'en parle. Nous avons conscience du fait que nous sommes en dehors des modes et on l'assume parfaitement. Mais j'imagine, Marc, que vous n'allez pas dire que l'IA a éventuellement la même fin que l'hydrogène. Non, pas forcément, mais toutes les sociétés qui sont au top du marché aujourd'hui ne sont pas forcément des gagnantes. On l'a vu aussi avec Internet, on l'a vu même sans remonter jusqu'aux chemins de fer.
Plus généralement, sur votre commentaire sur le marché aujourd'hui, quand on regarde votre dernier reporting mensuel, certes, il date d'il y a environ un mois aujourd'hui, mais vous êtes quand même assez prudent sur votre vue de marché. C'est toujours le cas un mois plus tard ? Oui, le marché n'a jamais été... On ne parle pas forcément du marché français. Non, c'est plus général. On parle des marchés mondiaux et les marchés mondiaux, c'est à 70, 75 % les marchés américains. Les marchés sont aujourd'hui dominés par un seul secteur, l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs. Chaque fois que les marchés ont été dominés par un seul secteur, comme les banques en 2006, comme Internet et les médias en 1999, ça s'est plutôt mal terminé quand il y a ce phénomène d'hyperconcentration. Le marché est à un niveau très élevé, il est très concentré. Les particuliers qui n'ont pas forcément des critères d'investissement fondés sur l'analyse financière et l'appréciation à long terme n'ont jamais été aussi présents en bourse. Ça introduit de l'amusement, mais ça introduit aussi certains facteurs d'inefficience. La situation géopolitique a rarement été aussi mauvaise depuis la fin de la guerre froide. Donc tout ça mis bout à bout, nous encourage à être prudents. Sans être des Cassandre, mais nous pensons que c'est utile dans ce type d'environnement d'avoir un fonds qui est radicalement diversifiant parce qu'il a en portefeuille des titres sur des concepts qu'aujourd'hui, pratiquement personne ne suit. Et qui ne seraient pas emportés si jamais ça se retourne. On peut le souhaiter.
En tout cas, moins. Dernière question et je reviens sur HMG Rendement. Comment est-ce que vous conseilleriez à un investisseur de le positionner dans une allocation globale ? Quel est son rôle ? Est-ce que c'est un rôle finalement très cœur de portefeuille, on le met et on fait confiance à l'équipe de gestion et on regarde plus tard, un peu comme un bien immobilier ? Ou est-ce qu'au contraire, il faut se dire : « Je vais aller m'amuser à le timer » ? Moi, je pense avoir la réponse. Il y a certains porteurs, effectivement, qui pensent qu'il faut acheter et puis revendre. Nous, notre approche, c'est une approche résolument long terme et le fonds, il est conçu, il est construit, il est géré pour non seulement préserver après inflation le patrimoine de son porteur, mais également pour lui permettre de valoriser son portefeuille dans la durée au-delà même de l'inflation. Plus de 400 % d'augmentation. Oui, c'est-à-dire fois 5, si vous voulez, depuis l'origine. C'est un mandat qu'on pense qu'on a tenu. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus excitant aujourd'hui dans le marché. On peut s'exciter avec beaucoup d'autres thèmes, mais pour nous, c'est un fonds de portefeuille à conserver, dormir dessus. Quand il y a des baisses parce qu'il y en a un temps, c'est le moment de se renforcer. Si éventuellement, la hausse est trop rapide, pourquoi ne pas en lâcher un petit peu ? Mais à la marge. Pour nous, c'est vraiment un fonds de portefeuille pour revaloriser le patrimoine de son porteur dans la longue durée, non seulement le valoriser avec l'inflation, mais le revaloriser au-delà de l'inflation. C'est très clair. Merci beaucoup Marc. Merci de toutes ces explications. Je
pense qu'on a bien compris comment fonctionne HMG Rendement. Bien évidemment, si vous voulez en savoir plus, je suppose que les équipes de HMG sont à disposition. En tout cas, c'était un plaisir de voir que les gestions plus traditionnelles sont encore là et peuvent permettre effectivement de diversifier un portefeuille. Merci à tous et à bientôt pour un nouveau face-à-face sur Zoom Invest.