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La fortune atteinte par Elon Musk, vendredi, à la faveur de l’IPO de SpaceX aurait pu inspirer une telle explosion verbale de stupéfaction au célèbre capitaine Haddock.
Par Sébastien Grasset, directeur général
La plus grosse introduction en bourse de l’histoire (75 Md$ levés ; une valorisation initiale de l’ordre de 1,77 trillion $) est l’occasion de revenir sur le parcours des large caps US. Le célèbre capitaine aurait pu avoir la même réaction, manifestant cette fois un soulagement, face à l’accord annoncé dans la nuit de dimanche à lundi entre l’Iran et les Etats-Unis pour mettre fin à plus de 100 jours de conflit au Moyen-Orient. Que d’émotions ! Si la première nouvelle soulève des questions structurelles, la seconde, surtout si elle se concrétise réellement vendredi à Genève, réjouit déjà les marchés (baisse des prix du pétrole et détente sur les taux d’intérêt).
Ainsi, vendredi, les risques propres à SpaceX (CAPEX colossaux et rentabilité à prouver), n’ont pas refroidi l’euphorie des investisseurs. Anthropic et OpenAI ont aussi prévu leur IPO.
2026 devrait donc être marquée par l’arrivée de trois géants de l’IA au sens large au sein des indices. Introduite sur le Nasdaq, SpaceX, qui réalise la majorité de ses revenus via Starlink, est devenu la 7ème plus grande valorisation au monde. SpaceX devra néanmoins patienter pour rejoindre le S&P 500 (elle devra être bénéficiaire, après un résultat négatif d’environ 5 milliards en 2025 et, si son flottant ne reste pas aussi minuscule, elle pourrait rejoindre au bout d’un an l’indice phare). En cas d’entrée au sein du S&P 500, son poids n’y serait pas négligeable : environ 2% de la capitalisation boursière. L’enjeu est fort car les fonds indiciels cotés seront alors contraints d’investir mécaniquement des flux significatifs dans SpaceX.
On peut donc légitimement s’interroger sur la dépendance des indices boursiers américains à la Tech et plus globalement de celle de l’Oncle Sam à l’IA. Les « sept magnifiques » (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla) représentent déjà plus d’un tiers de la valeur du S&P 500 et l’IA pèse lourd dans la croissance américaine… mais surtout via l’investissement, pas encore via la productivité généralisée.
Cette euphorie ne doit pas nous faire oublier le risque « higher for longer ». Autrement dit, les valorisations élevées des sociétés évoluant dans l’IA et notamment des hyperscalers sont très sensibles aux taux. Tout renchérissement du coût du capital risque d’engendrer une compression des multiples. Le paradoxe est donc que la solidité de l’économie américaine (marché de l’emploi solide, croissance bien présente) milite pour un maintien de taux élevés. Cela explique d’ailleurs le fait que les principaux indices boursiers ont connu une phase de ralentissement depuis le début du mois de juin et l’intransigeance des investisseurs en cas de déception sur une publication ou une guidance. Le S&P 500 était ainsi en recul de 2% en fin de semaine par rapport à son plus haut historique du 2 juin (à 7609 points). Or, Kevin Warsh devrait annoncer, mercredi, que la Fed maintient, à ce stade, sa politique monétaire inchangée même si le consensus s’accorde sur un relèvement de ses taux avant la fin 2026. La Fed reste en effet sous pression avec une inflation qui, conformément aux attentes, a continué de progresser en mai (augmentation en rythme annuel à 4,2%), la composante énergie représentant plus de 60% de l’augmentation mensuelle.
L’accord entre l’Iran et les États-Unis, fraîchement annoncé et qui devrait être officialisé à Genève vendredi, est ainsi une bonne nouvelle et est de nature à diminuer la pression sur les banquiers centraux. S’il permet la réouverture du détroit d’Ormuz et offre à Donald Trump un succès pour ses 80 ans, il ne gommera néanmoins pas immédiatement les déséquilibres créés par l’opération Epic Fury. L’Iran clame déjà qu’elle a « remporté de grandes victoires » et Donald Trump semble satisfait de cette victoire à la Pyrrhus le jour de son anniversaire : « Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! ».
Une chose est sûre : les données macroéconomiques et le comportement de la Fed seront importants pour les marchés actions dans les prochains mois. L’euphorie autoréalisatrice autour de l’IA risque de ne plus suffire à justifier les niveaux de valorisation. Dans un marché hyper-concentré, tiré par l’écosystème IA (hyperscalers et semiconducteurs), où 80% de la performance YTD du S&P 500 repose sur 10 valeurs de l’indice, il nous semble important de prendre le recul nécessaire.
Plus de 25% de performance en 2023 et en 2024, plus de 17% en 2025 et environ 10% YTD de performance sur le S&P 500 TR, les investisseurs ont tout pour être bercés de certitudes ou d’illusions. Or, c’est oublier la correction de 2022 (avec -18,5% dans une annus horribilis qui aura marqué les esprits).
Le débat reste entier sur la question clé des valorisations de l’IA. Comparer le cycle actuel à celui de la bulle Internet nous paraît excessif : les bulles ne deviennent évidentes qu’avec le recul. Certes, les signaux de vigilance existent (P/E de Shiller élevé - cf. le graphique de la semaine, concentration, CAPEX), mais les niveaux de multiples restent significativement inférieurs à ceux de 2000 — ce qui en relativise la portée (sur le S&P 500 : environ 25x actuellement contre 30x en 2000 ; sur le Nasdaq : environ 35x actuellement contre 60x en 2000). L’attention des investisseurs sur cette thématique de la soutenabilité des valorisations des géants de la Tech était déjà forte en fin d’année 2025. Souvenons-nous des attentes fébriles des investisseurs avant les résultats du géant Nvidia. Gardons en mémoire la correction sur Broadcom, début juin, dans un marché devenu très exigeant, ou encore, la semaine passée, sur Oracle (sa conversion en acteur de l’IA nécessitant une forte intensité capitalistique).
En somme, les acteurs de l’IA construisent les capacités de répondre à un besoin anticipé comme exponentiel mais leur rentabilité est tributaire de la généralisation de l’IA dans nos habitudes de vie, de travail et de consommation. Si bulle il y a, elle était restée discrète jusqu’alors : le PER du S&P 500 demeure en effet sous sa moyenne quinquennale. Or, SpaceX se valorise près de 66 fois son chiffre d’affaires 2026… On frôle le déraisonnable !
Se positionner sur les actions américaines ne doit pas être remis en question et le « Never bet against America » de Warren Buffett reste valable. Cependant, dans un tel environnement (momentum autour de l’IA, dépendance forte aux facteurs macroéconomiques et à la politique monétaire de la Fed), saisir le bon repositionnement factoriel et sectoriel est clé car les faits sont têtus : depuis 1995, la différence moyenne de performance annuelle entre le meilleur et le moins bon secteur du S&P 500 est historiquement de 46%. Les études démontrent que les secteurs leaders changent avec le cycle économique (par exemple, en 2022 : santé, utilities et consommation de base/énergie étaient les secteurs adéquats à avoir en portefeuille). Cette rotation sectorielle appliquée au S&P 500 a notamment été analysée par Sam Stovall (stratégiste actions US de référence et ancien Chief Investment Strategist de S&P Global pendant près de 28 ans). Les phases de correction sur les secteurs Information Technology et Communications Services sont probables à moyen terme et savoir les accompagner par un repositionnement sectoriel adéquat est important. Cette approche agile sous-tend d’ailleurs notre modèle d’allocation sur notre fonds actions américaines : Auris-Gravity US Equity Fund.
Granularité, diversification et dette maîtrisée : les leviers évoqués par Norma Capital pour traverser le cycle immobilier.
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