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Abdoullah Sardi, Amplegest, Christophe Pouchoy, La Financière de l’Échiquier, Sébastien Malafosse, Edmond de Rothschild Asset Management
Animée par Stéphane van Huffel, cette table ronde confronte trois approches de l’investissement thématique : les infrastructures d’intelligence artificielle, l’écosystème spatial et la santé. Abdoullah Sardi, Christophe Pouchoy et Sébastien Malafosse décrivent une diffusion des opportunités au-delà des grandes capitalisations américaines, tout en soulignant les risques liés aux taux, aux valorisations et à la rentabilité future des investissements dans l’IA.
Abdoullah Sardi, Portfolio Manager chez Amplegest. Son analyse part de la croissance des besoins de calcul et de la diffusion des investissements d’IA dans toute la chaîne de valeur. Avec Amplegest Digital Leaders, il privilégie les savoir-faire techniques différenciants : interconnexions optiques, tests de semi-conducteurs, mémoires, mais aussi cybersécurité et bases de données. L’approche multicap vise à ne pas réduire l’univers technologique aux seules grandes entreprises américaines.
Christophe Pouchoy, Gérant - Pôle Technologie à La Financière de l’Échiquier. Il défend une lecture large du spatial, des infrastructures orbitales aux applications terrestres, en passant par la défense et les fournisseurs critiques. Echiquier Space cherche à équilibrer la croissance de nouveaux acteurs avec la rentabilité de sociétés plus établies. La sensibilité aux taux et les conditions de financement constituent des points de vigilance dans cette sélection.
Sébastien Malafosse, Gérant actions internationales chez Edmond de Rothschild Asset Management. Il propose de regarder les bénéficiaires futurs de l’IA plutôt que seulement les entreprises construisant ses infrastructures. La santé illustre cette conviction à travers la personnalisation des traitements et l’accélération de la recherche pharmaceutique. EdR Fund Healthcare associe ces innovations à des activités de santé plus régulières, dans une logique de diversification sectorielle.
Bonjour à tous, bienvenue en ce mardi 13 octobre 2026 en direct sur Zoom Invest pour une double table ronde. On va faire deux fois une demi-heure. On va commencer d'abord par parler des grandes thématiques de cette fin d'année 2026 dans cet environnement pour le moins chahuté. Ensuite, on fera un point sur le grand sujet du moment, la gestion obligataire, avec cet environnement très haussier sur les taux qui change évidemment la donne. Pour commencer cette première table ronde, je vais accueillir Abdoullah Sardi, qui est portfolio manager chez Amplegest, Christophe Pouchoy, qui est gérant du pôle Technologies chez LFDE, et Sébastien Malafosse, gérant actions internationales chez Edmond de Rothschild Asset Management.
Messieurs, comment allez-vous ce matin ? Est-ce que vous êtes en forme ? Très bien. Oui, parfait. Magnifique. Comme je le disais, plus ou moins, la fin d'année se profile. Je pense qu'il serait intéressant, pour commencer, de faire une sorte de bilan de ces derniers mois. Les rebondissements sont nombreux sur l'ensemble des marchés, c'est ce qu'on va se dire. Quelle est votre analyse du comportement des grandes thématiques, déjà depuis le début de l'année 2026 ? Et quelle est votre vision du contexte de marché dans lequel vous évoluez ? Avant qu'on parle de ce qu'on va pouvoir faire. Abdoullah, je te donne la parole. Oui, merci Stéphane. Bonjour à tous.
En ce qui concerne le compartiment plus spécifiquement technologique, si je devais faire un constat depuis le début de l'année, déjà, il y a deux éléments que je souhaiterais souligner, c'est que d'un point de vue boursier, le marché de la tech, le secteur technologique fait une super année. Selon l'indice qu'on regarde, on est sur une hausse entre 30 et plus de 40 %. D'un point de vue boursier, l'année jusqu'à aujourd'hui est plutôt bonne. Maintenant, il faudrait aussi faire attention à l'aspect fondamental et à l'aspect économique. On a aussi des résultats qui, depuis le début de l'année, sont très bien orientés, sont très solides.
Quand on va regarder dans le détail, il y en a certains, quand on regarde avec un œil un peu plus fin, quand on ouvre le capot des secteurs technologiques, on a un secteur des semi-conducteurs qui est en très forte hausse. On a des résultats qui font plus que doubler. Et on a, par exemple, les éditeurs de logiciels qui continuent d'être à la peine. Mais globalement, on a une IA et des besoins en IA, en infrastructures IA, qui continuent de nourrir, d'alimenter très fortement cette croissance et ça reste globalement solide.
Maintenant, comme vous l'avez dit, on évolue dans un contexte de marché où les taux sont plus élevés que ce qu'on a eu par le passé, qui est la conjonction de plusieurs éléments, donc une croissance potentielle plus forte qu'attendu, un monde qui est plus inflationniste que par le passé et aussi une compétition beaucoup plus accrue au niveau des émissions obligataires. On a un besoin de financement de l'IA qui vient faire compétition face aux grands États, ce qui fait qu'on a un besoin d'offrir un niveau de rendement plus élevé que par le passé, ce qui, en théorie, devrait impacter sur les prochains mois la technologie. Sauf que ce n'est pas le cas aujourd'hui, car les résultats continuent d'être solides et très bien orientés.
Donc nous, on continue de dire que, globalement, la techno reste un secteur qui est bien orienté au niveau des fondamentaux, qui restent très solides et en révision à la hausse. J'ai une petite idée de la thématique que va défendre Abdoullah un petit peu après. Je ne sais pas vous, mais je suis très brillant. Christophe, est-ce que tu partages cet avis ? Comment est-ce que tu vois le contexte ? On a eu une année qui a été très bonne pour toutes les valeurs technologiques au sens large, au-delà du secteur des technologies de l'information. On a vu aussi d'autres secteurs avec de bonnes performances, notamment dans la partie industrielle. C'est vrai que c'est assez intéressant.
Cette année, on a beaucoup parlé de la concentration des marchés, du fait qu'un faible nombre de sociétés, principalement dans l'écosystème IA, avaient surperformé, avaient tiré les marchés à la hausse. Ce qu'on voit, c'est que, de manière plus large, il y a eu beaucoup de poches tech qui ont surperformé au premier semestre. À partir de l'été, surtout à partir d'août, c'était un petit peu plus compliqué, surtout pour des valeurs qu'on classifierait de tech un peu non profitables ou la tech à très forte croissance, avec une profitabilité un peu plus faible. C'est vrai que la hausse des taux d'intérêt a eu un impact assez direct, finalement, sur les multiples de valorisation.
Après, on se pose toujours la question : est-ce que ces taux d'intérêt plus élevés, leur impact est uniquement sur les multiples de valorisation ou est-ce qu'il y a aussi peut-être des conditions de financement qui deviennent plus restrictives, qui pourraient mettre à mal la dynamique d'investissement, que ce soit dans l'univers IA, dans l'univers robotique, dans le spatial, dans la défense, etc. ? Il y a beaucoup de points importants. Ce qu'on a aussi vu cette année, c'est qu'il y a eu un regain, évidemment, de tensions à l'international. La guerre en Ukraine, ça fait quelques années déjà qu'on la suit.
On a vu cette année, dans la première partie de l'année, des tensions au Moyen-Orient qui ont été assez fortes, qui ont conduit à toutes ces problématiques d'inflation, aussi, finalement, à ces hausses de taux d'intérêt dont Abdoullah parlait. C'est vrai que c'est un point qui est important. Qui dit tensions internationales dit aussi, évidemment, des efforts de réarmement dans plusieurs régions. C'est vrai que ça devient plus sensible. On s'aperçoit qu'on a peut-être certaines poches de la défense qu'il faudrait muscler un peu. Ça va concerner aussi bien la partie terrestre que la partie spatiale. C'est aussi un point important qu'on regarde.
Évidemment, je pense que pour les mois à venir, l'évolution des taux d'intérêt va aussi être assez clé, parce qu'aujourd'hui, on est sur des niveaux qui sont un peu stabilisés. Si on parle du 10 ans américain, dans les 5,3 %. La question, c'est évidemment de savoir si on va plutôt aller vers les 6 ou alors est-ce qu'on va se stabiliser dans ces niveaux actuels, voire rebaisser un petit peu, ce qui pourrait être dans ce cas-là plutôt un facteur de soutien pour ces valeurs technologiques, notamment les valeurs technologiques un peu plus petites qui ont tendance à surperformer lorsque les taux d'intérêt baissent.
C'est vrai que, de manière générale, on a une macroéconomie qui est plutôt bonne, notamment aux États-Unis, tirée en grande partie par les investissements dans l'IA et dans d'autres secteurs d'activité. L'économie est plutôt porteuse. Les taux d'intérêt reflètent plutôt le fait que tout va bien. C'est plutôt les surprises économiques positives qui font monter ces taux d'intérêt-là. Généralement, dans cette configuration de marché, ce n'est pas forcément un signal négatif pour les valeurs technologiques, les valeurs industrielles de croissance, etc. C'est plus un impact assez direct sur les multiples de valorisation.
Je comprends, en sachant qu'il y a en plus quelques éléments de politique intérieure qui vont arriver, en particulier aux États-Unis, qu'il va falloir surveiller. Sébastien, qui attend sagement. De façon plus large, étant gérant actions internationales, j'ai compris que la technologie, évidemment, était une thématique très centrale. Vous l'avez tous compris, chers auditeurs et spectateurs. Quelle est ta vision, toi, Sébastien ? Comment tu vois globalement ? Est-ce que tu partages cet avis ? Tu es plutôt optimiste, si j'ai bien compris. Oui, je souscris tout à fait à ce qui a été dit par mes confrères. Effectivement, je pense qu'à court terme, le marché sera évidemment soutenu.
Il y a notamment la publication du troisième trimestre qui s'annonce comme historique aux États-Unis, puisqu'on attend entre 25 et 30 % de croissance du BPA du S&P. Évidemment, c'est tiré, comme Abdoullah l'a dit, par les investissements dans l'IA. Je vais quand même rappeler quelques chiffres. Les quatre gros hyperscalers se sont engagés à investir 700 milliards de dollars cette année. Ça va dépasser les 1 000 milliards l'année prochaine et frôler les 1 200 milliards en 2028. Évidemment, cette dynamique positive va se poursuivre à moyen terme. Après, je pense que c'est important quand même de se poser la question à horizon deux, trois, quatre ans, car inévitablement, ces investissements sont amenés à ralentir.
Se posera aussi effectivement la question de leur monétisation, de leur retour sur investissement. Et puis, ça a été mentionné aussi, leur capacité à être financés aussi, compte tenu des taux, effectivement. Nous, le point que je soutiens et que je développerai dans la suite de notre entretien, c'est que je soulève l'opportunité de potentiellement se diversifier au-delà de la tech et d'aller regarder des secteurs qui peuvent bénéficier potentiellement de ces investissements en CAPEX IA et avec des applications IA dans leur domaine.
Dans ce sens-là, je pense que le secteur de la santé, qui a été beaucoup délaissé, est un secteur qui peut vraiment tirer son épingle du jeu avec, c'est probablement très sous-estimé encore aujourd'hui, énormément d'opportunités à tirer du croisement entre l'IA et les opportunités du secteur de la santé. Sébastien, je profite parce qu'il te reste un petit peu de temps sur cette partie un peu macro, même si je n'aime pas trop ce mot-là. Toi qui vois de façon très internationale, ce moteur, tu parlais des hyperscalers américains évidemment, mais ce moteur, finalement, de la tech, on va résumer ça à l'IA dans la tête de nos clients AM, CGP et banquiers privés. L'IA, c'est un ruissellement énorme, y compris dans toutes les zones de la planète.
Parce qu'on a vu les résultats de Samsung dans le monde entier. Ce n'est pas simplement les grands Américains qui sont encore les gagnants de tout ça. Bien sûr. Ce que je voulais pointer vraiment, c'est le fait qu'aujourd'hui, ce sont les sociétés qui participent à la construction des infrastructures IA qui en bénéficient en bourse. Je pense que l'étape d'après, celle sur laquelle il faudra se concentrer, ce sera les sociétés qui arriveront à utiliser ces infrastructures colossales qui ont été mises en place. Aujourd'hui, on a encore un peu de mal à imaginer quels seront les cas d'usage. Je vais encore une fois vous présenter quelques exemples. On ne va pas pitcher trop tôt. Super, parfait. Merci messieurs de nous avoir un peu éclairés.
Maintenant qu'on a justement posé les éléments un peu contextuels, on va donc rentrer évidemment dans le sujet de notre table ronde, c'est-à-dire quels sont les secteurs à privilégier. Est-ce que vous pouvez nous exposer votre vision un peu plus stratégique et nous donner le thème ou les thèmes d'investissement que vous privilégiez pour les prochains mois ? Christophe, je te redonne la parole. Très bien. Nous, on va partir dans l'espace. C'est vrai que c'est un marché que les investisseurs ne connaissent pas forcément très bien. Pendant très longtemps, le secteur spatial était un peu un marché de niche. C'est vrai qu'on avait peut-être un peu de mal à estimer sa taille.
Mais si jamais je donne juste un chiffre, en 2024, le World Economic Forum a estimé la taille de l'écosystème spatial à un peu plus de 600 milliards de dollars. On est quand même sur un marché qui est de taille importante, avec un potentiel de 1,8 trillion d'ici 2035. Le marché pourrait tripler. On voit vraiment une forte croissance dans cet écosystème spatial. Et surtout, on sous-estime parfois aussi la diversité des sous-segments des sociétés qu'on peut avoir dans cet écosystème spatial. Quand on pense à l'espace, on pense d'abord aux fusées, aux fabricants de fusées, aux fabricants de satellites. C'est vrai que c'est un poids assez important aussi dans l'écosystème.
On peut aussi penser aux opérateurs de constellations de satellites, de télécommunications, de géopositionnement, d'observation de la Terre. Donc tous ces satellites qui vont surveiller ce qui se passe sur Terre, qui vont surveiller l'évolution de la météo, etc. Il y a beaucoup d'applications dans toute cette partie satellite. Ça, ce sont les sous-segments qui sont bien connus des investisseurs. Mais après, nous, c'est vrai que la manière dont on envisage l'univers d'investissement, c'est beaucoup plus large. On a parlé beaucoup de défense. C'est vrai que la défense spatiale aujourd'hui est un segment qui est en très forte croissance.
On voit qu'une partie des augmentations de budgets militaires, aussi bien aux États-Unis, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, se concentre davantage aussi sur cet accès au spatial, sur la maîtrise du spatial, sur la détection de menaces. Il y a aussi, sur ce segment de la défense spatiale, un grand nombre de sociétés très intéressantes qui ont toute leur place dans l'écosystème spatial. À côté de ça, il y a peut-être deux autres segments qui nous semblent aussi très intéressants dans cette thématique. C'est à la fois les fournisseurs critiques pour l'écosystème spatial.
Là, on va parler de tous les fabricants de composants, donc les capteurs optiques qui vont aller sur les satellites, les capteurs de différents types qui vont aller dans les fusées. On va aussi avoir évidemment tous les fabricants de semi-conducteurs spécialisés qui vont aller soit dans les antennes au sol pour capter les faisceaux satellites, soit directement dans les satellites également. Et enfin, l'extrémité de la chaîne de valeur.
Ce qui nous semble aussi intéressant, c'est de regarder ces sociétés qu'on appellerait, nous, les adopteurs de technologies spatiales, qui vont utiliser le géopositionnement, la télécommunication par satellite, qui vont utiliser l'imagerie spatiale pour proposer de nouveaux types d'équipements, de nouveaux types de services, de logiciels, de solutions sur Terre à des entreprises pour améliorer leur croissance, réduire leurs coûts, améliorer leur profitabilité, etc. Il y a vraiment un écosystème très large au sein de la thématique spatiale. C'est ce qui nous semble, nous, particulièrement intéressant et ce sur quoi on essaye de capitaliser. Ce n'est pas une question piège.
Tu peux me répondre que tu ne peux pas, pour des questions qu'on comprendra tous de confidentialité. L'exemple de cette dernière chaîne de valeur, c'est quel genre d'entreprise ? On est au-delà de Waze sur du GPS, on est sur des trucs un peu plus précis, sur l'agroalimentaire, des choses comme ça, sur le climat ? Sur le géopositionnement, c'est vrai qu'on ne s'en aperçoit pas, mais on utilise maintenant le géopositionnement en permanence. C'est quelque chose qu'on utilisait pour le GPS au départ, mais maintenant, toutes nos applications utilisent le géopositionnement. C'est vrai qu'il y a une vraie valeur ajoutée là-dessus.
Si on reste dans le géopositionnement, il y a des acteurs comme Trimble, comme Hexagon, qui sont des sociétés spécialisées dans la fourniture d'équipements spécialisés utilisant du géopositionnement, parfois de l'imagerie spatiale, pour créer des données géospatiales dans l'univers de la construction. Ça, c'est une première application. Si vous vous intéressez aussi à ce que John Deere fait, le fabricant de tracteurs, on ne parle plus vraiment de tracteurs, on parle de robots complètement autonomes qui opèrent dans les champs, qui sont capables d'identifier les zones qui ont le plus besoin d'eau, qui ont le plus besoin d'engrais, etc.
Il y a aussi une valeur technologique très forte à utiliser des données spatiales pour ce type d'application finale. Super, merci beaucoup. C'est important parce que, je le rappelle, nous, on a des clients en face de nous et lorsqu'on leur explique finalement votre travail, c'est hyper important qu'on puisse de temps en temps leur expliquer des valeurs concrètes. John Deere est un excellent exemple parce qu'évidemment, se nourrir restera quand même toujours l'industrie principale de l'humanité, pour l'instant en tout cas.
Comme on ne parle que d'IA et de choses comme ça, c'est important de voir que la technologie est aussi au service des choses les plus basiques, qui sont de faire pousser mieux et plus longtemps, avec de meilleurs rendements, sans utiliser forcément les OGM et autres. Sébastien, je te pose la même question. Quelle est la thématique que tu vas défendre aujourd'hui ? Vous l'avez deviné, c'était effectivement le secteur de la santé. Je n'ai pas pu m'empêcher d'en parler un peu plus tôt que prévu.
C'est vrai que c'est un secteur qui a pas mal souffert depuis trois ans, suite au reflux des profits exceptionnels qu'il avait engrangés pendant le Covid et qui va aussi pas mal souffrir de la comparaison avec l'IA, qui, on peut le dire, a été même perçue comme un perdant potentiel de la révolution de l'IA. Je pense qu'en fait, c'est l'inverse aujourd'hui qui est en train de se produire. Ça peut potentiellement être un vrai grand gagnant de l'IA, avec des applications très concrètes à court terme.
Il y a un changement de newsflow que vous n'avez peut-être pas vu, mais cet été, qui était très important pour vraiment changer cette dynamique autour de la santé, qui était la publication d'une étude dans le mélanome par Merck, le laboratoire américain, avec son partenaire Moderna, d'un vaccin personnalisé contre le cancer. Ça, c'est une application tout à fait concrète de l'IA dans le domaine de la santé, parce que vous allez séquencer la tumeur d'un patient pour lui designer une molécule, un médicament qui va stimuler spécifiquement son système immunitaire pour sa tumeur. Et donc, pour ça, il faut être capable de décrypter l'ADN et ensuite de coder un médicament qui soit personnalisé.
Je crois que c'est une grande promesse de l'IA appliquée à la santé, c'est l'industrialisation de la personnalisation des traitements, c'est vraiment de la médecine personnalisée et c'est une ère dans laquelle on est en train de rentrer à grands pas. Derrière, il y a énormément d'acteurs sur lesquels on peut se positionner. Il y a des acteurs du séquençage qui font ces systèmes, ces machines qui permettent de décoder l'ADN, ces acteurs du médicament personnalisé. On peut imaginer aussi les acteurs du diagnostic de précision.
Il y a des sociétés aujourd'hui qui, à partir d'un prélèvement sanguin, en croisant plusieurs paramètres grâce à des algorithmes qui ont été développés par ces sociétés, sont capables d'anticiper la survenue d'un cancer alors que les patients sont encore asymptomatiques, c'est-à-dire n'ont aucun signe extérieur qu'ils sont en train d'avoir une maladie qui apparaît. Vous imaginez bien que plus on détecte tôt, avant même qu'il y ait le moindre symptôme, plus la probabilité qu'on puisse intervenir avec succès est élevée. Ça, ce sont des promesses tout à fait concrètes et de plus en plus proches du marché, voire parfois déjà commercialisées. Ça, c'est une première étape.
La deuxième application qu'on a en ce moment et qu'on voit boursièrement avec des cas très concrets, c'est l'application de l'IA à la découverte de médicaments. Aujourd'hui, on peut faire des hypothèses in silico dans l'ordinateur pour générer potentiellement des molécules, anticiper comment elles vont aller se lier à certaines cibles. Mais aujourd'hui, pour aider les algorithmes qui sont derrière ces idées générées par ordinateur, il faut être capable aussi de les tester à très forte cadence dans des laboratoires, idéalement automatisés. Il y a tout un écosystème de valeurs, beaucoup en Chine d'ailleurs, on a pu le constater en allant là-bas, de sociétés qui visent à automatiser les laboratoires.
Cette démultiplication de la cadence des tests, avec les retours que l'on a sur ces tests, qui vont réalimenter ensuite les modèles IA, permet d'avoir une boucle extrêmement bénéficiaire pour la génération d'idées et le développement de futurs médicaments. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard, mais on voit que de plus en plus de médicaments, très souvent d'origine chinoise, qui sont licenciés avec de grands laboratoires américains, il y a une patte IA derrière qui est pour au moins quasiment un quart aujourd'hui. Donc médecine personnalisée et automatisation du laboratoire, ce sont les deux grosses thématiques du moment. Évidemment, je pense qu'à moyen ou long terme, il y en aura d'autres.
On peut penser à la medtech et d'autres sous-secteurs de la santé qui bénéficieront de l'IA. On a encore les grands noms, Sébastien, qui s'intéressent à tout ça. Je me souviens à l'époque qu'Alphabet était très porté sur tout ça. Ils sont toujours présents sur cette santé technologique ? Oui, c'est vrai que des scientifiques issus des laboratoires de Google ont notamment apporté des innovations extrêmement fortes, notamment la capacité de prévoir la forme tridimensionnelle qu'aura une protéine juste à partir du code génétique. Ça a contribué très largement à révolutionner la médecine et aujourd'hui, ça fait partie des algorithmes qui sont utilisés par les sociétés de découverte de médicaments que je mentionnais. Merci beaucoup Sébastien.
Abdoullah, j'imagine que tu partages évidemment cette vision parce qu'on parle de thèmes : l'espace, la santé, mais au final, derrière, on revient quand même sur cette notion de technologie et cette révolution énorme qui est en train de ruisseler sur tous les secteurs. Tu as envie de nous parler de quoi pour les prochains mois ? Écoute, je rejoins exactement ce que viennent de dire mes confrères, que ce soit Christophe et encore plus Sébastien. Si on regarde toute l'introduction et tout l'argumentaire de Sébastien, on en revient à dire qu'on aura besoin d'infrastructures pour faire travailler ces algorithmes de découverte de molécules.
Parce qu'au final, quand on parle d'IA, que ce soit l'application dans n'importe quel sous-segment ou sous-secteur de logiciels, de la pharmaceutique ou quoi que ce soit, le nerf de la guerre, c'est de produire plus de tokens. C'est le premier constat. Quand j'entends tout ça, pour créer une molécule, il va falloir aider les corpus médicaux à être ingérés. Ça, c'est du token. Le constat de base, c'est de se dire que, selon les études, le niveau de tokens, le besoin de tokens d'ici la fin de la décennie va être multiplié par 24. Et ce que tu disais tout à l'heure, Stéphane, je trouve que c'est super intéressant, c'est qu'effectivement, il y a un ruissellement de la création de valeur.
Là où les mégacaps accaparaient l'essentiel de la création de richesse, on va dire il y a trois ans, aujourd'hui, on voit qu'il y a une répartition géographique importante et en capitalisation. On descend en capitalisation de manière assez sévère et ça, ça s'explique par deux choses. Les grandes entreprises de semi-conducteurs, là où l'innovation se faisait sur deux, trois ans, on avait une nouvelle génération tous les deux, trois ans. Aujourd'hui, c'est tous les ans. On a besoin d'un écosystème mondial qui suit. C'est pour ça qu'ils passent l'essentiel de leur temps, je pense qu'ils passent au moins deux mois, voire trois mois par an en Asie, à Taïwan et en Corée.
La preuve étant qu'aujourd'hui, en bourse, à l'heure où on se parle, il y a Broadcom qui est à +7, il y a Nvidia qui est à +21 et un SOX qui est à +80. Et quand on décortique ces éléments-là, on voit que les 1 200 milliards de dollars d'investissement dont parlait Sébastien vont être répartis sur tout l'écosystème et globalement en Asie, par exemple chez les mémoires dont vous avez parlé, mais aussi dans des sociétés qu'on connaît peu, qui vont servir à résoudre des défis structurels majeurs et des problématiques de pointe pour faire évoluer cet écosystème. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, par exemple, nous, ce qui nous intéresse, c'est les défis et les goulets d'étranglement.
Globalement, aujourd'hui, l'optique est un goulet d'étranglement très important dans les semi-conducteurs, parce que pour faire communiquer tous ces composants-là et pour pouvoir produire du token de manière rapide et importante, il faut le câble. Le câble RJ45 qu'on a tous derrière notre PC, il ne suffit pas. L'optique ne suffit pas. Il faut aller souder la fibre jusqu'aux composants semi-conducteurs et les sociétés qui font ça, c'est encore de la R&D. Mais ça, c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui. C'est quelle est la société qui va servir à souder cette fibre, qui va servir à aligner la fibre optique et qui va servir à faire le test. Mise à part la soudure de fibre et augmenter la bande passante au sein des data centers.
Ça, c'est une mid cap taïwanaise, par exemple, qu'on a dans le portefeuille, qui s'appelle [nom de société incertain]. Mise à part ça, on était en Asie, on a passé une semaine en Asie et tout le monde ne dit qu'une chose, c'est qu'ils n'ont pas assez de machines de test. D'accord. Machines de test pour tous les secteurs ? Non, des machines de test pour les semi-conducteurs. On reste sur les semi-conducteurs. Exactement. Quand on regarde aujourd'hui les mégacaps et les gros indices, on a du ASML, du Applied Materials, du Lam Research, du KLA, mais la croissance n'est pas là.
La croissance des équipementiers de semi-conducteurs, elle est vraiment à Taïwan, elle est sur du testing, sur de la soudure, sur de la déposition atomique, sur des segments qui ne sont pas vraiment reflétés au niveau des gros indices. Donc quand vous parliez du ruissellement, c'est une réalité économique réelle et, de ce fait, boursière. Nous, comment on s'oriente, comment on se projette sur ces segments-là ? Sur les semi-conducteurs, on reste très exposés, mais sur des sous-segments en très forte croissance et géographiquement, on est très répartis. On est beaucoup en Asie, aussi en Europe et aux US, sur les grosses caps. Mais par contre, l'Asie, c'est petites capitalisations, très grosse innovation sur différents sous-segments.
Les mémoires resteront en très forte pénurie. On le voit, il y a eu le lancement récent de Muse. Muse utilise 16 gigas de mémoire. Il y a aussi des sous-segments de logiciels, typiquement la cybersécurité qui est un sujet majeur, et aussi, il y a toute la partie gestion de bases de données qui est un segment qui, selon nous, doit être bien pondéré, bien représenté au sein des portefeuilles. OK, merci beaucoup Abdoullah, c'est très gentil. Le temps est passé très vite. Ça me frustre terriblement. Vous le savez, quand vous êtes habitués à suivre nos tables rondes, j'aime bien terminer sur du concret. Là, on a quand même bien creusé le sujet parce qu'on est sur de la thématique très vite. On est dans le goulet d'étranglement.
Mais on a compris que ça coulait de source. Est-ce que vous pouvez quand même, messieurs, nous pitcher votre fonds thématique très rapidement ? On a une minute trente par tête. Sébastien, je te fais commencer. Les grandes données du fonds pour qu'on puisse se rappeler et qu'on ait envie de décrocher le téléphone et d'appeler les équipes sales de vos jolies boîtes de gestion. Le fonds thématique que je propose aujourd'hui, c'est un fonds qui investit globalement sur le secteur de la santé, qui s'appelle EdR Fund Healthcare. C'est un fonds historique de la maison Rothschild qui reflète l'implication qu'a la famille dans le secteur de la santé, qui notamment a des hôpitaux tels que, à Paris, la Fondation Adolphe de Rothschild.
C'est un fonds qui lui-même a 41 ans d'existence, qui investit sur l'ensemble des sous-secteurs de la santé et dont l'objectif est de capter la croissance très régulière des dépenses de santé. C'est quasiment une ligne ininterrompue depuis plus d'une vingtaine d'années. C'est un fonds qui est équilibré à la fois sur des valeurs de rendement à croissance stable, mais aussi sur une patte assez importante de valeurs innovantes, même très innovantes.
Dans ces poches-là, vous trouverez des valeurs que j'ai pu évoquer tout à l'heure quand je parlais de la thématique de l'IA, comme des valeurs de diagnostic de précision avec Natera, du séquençage génomique avec Oxford Nanopore, de la médecine personnalisée avec BioNTech en Allemagne ou l'automatisation de laboratoires avec Tecan en Suisse. Vous voyez qu'il y a quand même pas mal de belles pépites européennes. Et c'est un fonds, pour conclure, qui, depuis 15 ans, a délivré quasiment 10 %, 9,9 % de performance annualisée sur la part A à fin septembre, pour être très précis.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, évidemment, mais c'est bien quand même de le dire parce qu'il y a une profondeur et ça reste quand même très rentable. Merci beaucoup Sébastien. Abdoullah, on va sur quoi ? Comment il s'appelle le fonds ? Aujourd'hui, je vous parle d'Amplegest Digital Leaders, qui est le fonds technologique Amplegest. En ce qui concerne les caractéristiques du fonds, c'est un fonds multicap monde, ce qui fait le lien avec tout ce qu'on vient de dire, Stéphane. On est un vrai fonds multicap : 50 % de l'encours aujourd'hui aux US, 30 % en Asie, 20 % en Europe. On profite réellement de cet élargissement et ce ruissellement de valeurs. On est un fonds multicap.
La plus grosse capitalisation, c'est 6 000 milliards, c'est Nvidia, la plus petite. On a deux pépites européennes qui ne sont pas du tout connues, donc LPKF et [nom de société incertain], qui sont des sociétés qui sont positionnées sur un segment en très forte croissance, à forte innovation et qui devraient faire partie de ce cercle fermé des mégacaps. Ce qui fait notre ADN, c'est qu'on se concentre vraiment sur la recherche de sociétés qui arrivent à résoudre des défis structurels majeurs avec un savoir-faire discriminant et qui profitent d'un marché en croissance qui est plus important. Typiquement, la boîte dont je vous ai parlé, la mid cap ou la small cap taïwanaise qui s'appelle [nom de société incertain].
On a aussi plein de petites small caps, typiquement LPKF dont je vous ai parlé, qui font du substrat verre. Notre objectif et notre motto, c'est d'être investis dans les technologies d'avenir de manière élargie. Et depuis la création du fonds, je pense qu'on est autour de 22 % de performance annualisée. Bravo. Digital Leaders, donc aussi futurs Digital Leaders. C'est très important. On n'est pas que sur les grands noms. C'est ça qui est passionnant dans les moments qu'on partage sur ces tables rondes. Christophe qui a hérité ça, parce que Christophe a l'habitude de prendre de la hauteur, attention, humour financier, grâce à Echiquier Space, j'imagine. Laisse-moi deviner. Exactement. On continue de parler du spatial.
Echiquier Space est un fonds qui a fêté ses cinq ans cette année, donc déjà commence à bien grandir. Il fait aujourd'hui près de 600 millions d'euros aussi. Il y a de la profondeur de marché, il y a de l'intérêt des investisseurs. Nous, comme je l'expliquais, on essaye d'investir pour ce fonds sur tous les sous-segments de l'écosystème spatial, à la fois des valeurs plus petites qu'on va retrouver, par exemple dans la fabrication de fusées, de satellites, dans les opérateurs de constellations de satellites. Ce sont des valeurs qui sont à très forte croissance, mais à la profitabilité parfois un peu plus faible.
Et de l'autre côté, on a des acteurs plus matures sur la partie défense spatiale, sur la partie fournisseurs, sur la partie clients finaux, qui sont souvent des sociétés toujours de bonne croissance, mais avec une meilleure profitabilité. Ça permet de donner un équilibre au fonds. On est aussi un peu agnostiques en termes de géographie, en termes de secteurs, en termes de taille de capitalisation. On a beaucoup de petites capitalisations d'ailleurs dans le fonds, en ce moment, je dirais au moins 30 à 40 % du fonds sur des capitalisations inférieures à 10 milliards d'euros. Donc on est capables de capter les meilleures idées d'investissement dans l'écosystème spatial pour ce fonds Echiquier Space.
Et si je me souviens bien, depuis sa création, il a une performance annualisée à peu près de 13 %. Très bien. Ce sont trois fonds parfaitement complémentaires en thématique et on se rend compte que quand on prend du temps sur la thématique, on finit par avoir de très bonnes performances. Merci messieurs pour ces éclaircissements. Évidemment, je le redis, mais ça coule de source. Toutes les équipes des maisons Rothschild AM, de LFDE et Amplegest, les équipes sales sont à la disposition de nos auditeurs et de nos spectateurs pour discuter un peu plus de ça en détail. Le replay sera évidemment disponible très vite pour que vous puissiez noter toutes les valeurs qu'ils ont données aujourd'hui, parce qu'il y a sûrement des pépites.
Merci messieurs. Et nous, on va se retrouver maintenant dans une petite minute et on va parler du grand sujet du moment. On va parler gestion obligataire. À tout de suite.