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Entretien avec Thomas de Villeneuve, président de Seven2, dans le cadre de Track Record. Il revient sur 25 ans d'accompagnement de la croissance des entreprises et la stratégie de création de valeur dans le private equity européen.
Stéphane : Bonjour à tous, je suis ravi de vous retrouver pour ce nouvel épisode de Track Record sur Zoom Invest. On va parler aujourd’hui de private equity. On reçoit notre premier acteur du secteur, le président de Seven2 depuis juillet dernier, Thomas de Villeneuve. Merci de te joindre à nous Thomas pour cet entretien.
Thomas de Villeneuve : Merci de m’accueillir, bonjour Stéphane.
Stéphane : L’objectif, c’est de passer une bonne demi-heure ensemble. On va parler de l’activité private equity de Seven2, mais on va aussi parler de toi. Pour commencer, petite question rituelle : comment présentes-tu ton métier, autour d’un café, à un ami ou à quelqu’un de ta famille ?
Thomas de Villeneuve : C’est une excellente question, parce que je me suis toujours demandé comment j’expliquais ce métier à ma mère, qui est loin de tout ça. Très simplement, notre métier consiste à investir l’argent d’investisseurs institutionnels ou particuliers dans des entreprises privées dont on va aider les dirigeants à les faire grandir, en espérant, au bout de quatre ou cinq ans, pouvoir revendre notre participation avec une plus-value.
Stéphane : C’est assez clair pour le néophyte. Ce que j’aime dans le private equity, c’est aussi de comprendre comment les gens te positionnent par rapport à la banque.
Thomas de Villeneuve : La banque, ce sont des gens qui financent nos opérations, qui conseillent nos opérations et qui peuvent parfois, dans la galaxie des groupes bancaires ou financiers, être aussi clients. Nous, nous faisons un autre métier : identifier les entreprises dans lesquelles investir, réaliser les opérations, les accompagner lorsqu’on est actionnaire, puis gérer l’opération de sortie. La distinction est assez simple.
C’est un partenariat avec les gestionnaires d’actifs. On utilise les financements qu’ils peuvent nous fournir, les conseils qu’ils peuvent nous fournir. Ce sont des partenaires très importants pour nous.
Stéphane : On va parler justement de comment tu en es venu à être président de Seven2. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours, de tes études, d’où tu viens ?
Thomas de Villeneuve : Avec plaisir. J’ai 53 ans, je suis né en 1972. J’ai un parcours assez classique d’un jeune Français qui a eu la chance d’être dans un milieu favorisé, avec des études classiques. J’ai été au lycée, en classe préparatoire, j’ai passé mes concours, je suis rentré dans une grande école, puis dans un cabinet de conseil, un peu parce que je ne savais pas très bien ce que j’allais faire.
J’aurais bien volontiers continué mes études, mais mon père m’a dit : maintenant, j’ai fini mon travail, donc tu fais ce que tu veux, mais c’est sur toi. Je suis allé travailler assez jeune, à 22 ou 23 ans.
J’ai eu une enfance extrêmement heureuse et la chance d’avoir une famille qui a beaucoup voyagé en France grâce au métier de mon père. J’ai habité dans beaucoup de régions et de coins différents : Marseille, Nancy, Périgueux. Je suis très content d’avoir eu l’opportunité de découvrir notre très beau pays depuis différents endroits.
J’ai ensuite commencé ma carrière au Boston Consulting Group. J’ai adoré cette période, avec des gens extrêmement professionnels, sympathiques, et des missions passionnantes. Cela m’a permis d’aller habiter aux États-Unis pendant un moment pour le compte de cette entreprise.
Stéphane : Caisse des Dépôts ?
Thomas de Villeneuve : Caisse des Dépôts, New York, avec un déménagement dont je me souviens puisque j’ai déménagé le 14 septembre 2001. C’est quelque chose d’assez marquant. J’ai rencontré mon épouse aux États-Unis, puis je suis rentré chez Apax en septembre-octobre 2001. J’y suis depuis.
La transcription contient ensuite plusieurs lignes techniques répétées correspondant au fichier “20260313 TRACK RECORD SEVEN2 V01”, puis reprend sur le parcours et les sujets d’investissement.
Thomas de Villeneuve : J’avais un tropisme pour la téléphonie mobile, la tech, les données. Quand on fait le métier que je fais, il faut être curieux, avoir envie d’aller vers les choses qui bougent. J’ai eu la chance de connaître les débuts de l’Internet et de la téléphonie mobile.
Pour sa carrière, à titre personnel, pour l’intérêt de ce qu’on fait et pour l’investissement, il faut être présent sur les zones de fracture, les zones d’accélération. En tout cas, c’est cela qui m’intéresse. Ce n’est pas un calcul : c’est le hasard de la vie, puis il faut embrasser ces choses-là et les embarquer.
Chez Apax, en 2001, on m’a recruté pour faire partie de l’équipe qui s’appelait à l’époque TMT : technologie, médias et télécoms. Maintenant, cela s’appelle Tech.
Stéphane : C’est un gros ADN chez Apax.
Thomas de Villeneuve : Historiquement, c’était effectivement un ADN. Le private equity est exigeant par définition : on va s’intéresser aux secteurs en croissance. Dans les années 2000, 2010, 2020, ce sont des secteurs qui étaient structurellement croissants, et ce n’est pas fini, avec des vagues successives qu’il faut savoir surfer.
Aujourd’hui, la tech représente à peu près la moitié de nos investissements. Dans la tech, il y a des choses très différentes : du software, des télécoms, du service, plein de choses. Mais le driver technologique concerne à peu près la moitié de nos investissements, sachant qu’il impacte tous les secteurs : la distribution, le commerce, les services, la finance.
Stéphane : Tu as donc fait partie de cette branche TMT avant de devenir associé ?
Thomas de Villeneuve : Je n’ai pas dirigé, j’en ai fait partie. Les carrières se construisent avec du temps. J’ai progressé dans la structure. Ensuite, Eddie Misrahi, qui a dirigé la practice TMT d’Apax Partners à l’époque, a pris la suite du fondateur Maurice Tchenio en 2011. Moi, j’ai co-dirigé la practice Tech à la suite du mouvement d’Eddie. Puis, quand Eddie a passé la main, c’est notre deuxième transition managériale. J’ai pris la suite d’Eddie en juillet dernier.
Cela s’est fait comme ça, avec de la chance d’une certaine manière. Ce n’est pas quelque chose que j’avais prévu. Le private equity, les LBO, j’ai découvert cela en lisant Barbarians at the Gate dans le métro à Londres. Je ne savais pas que cela existait. Quand je faisais mes études, ce n’était pas non plus un secteur.
Je me souviens des premières personnes qui ont quitté le Boston Consulting Group pour aller faire du private equity : je me disais qu’elles étaient malades. J’ai eu la chance de bénéficier de cette période de croissance. C’est une industrie qui a de belles perspectives, mais évidemment encore des défis devant elle.
Stéphane : L’entreprise que tu as rejointe a aujourd’hui ton âge, si je ne m’abuse. Cela veut dire qu’il y a une forme de stabilité et de vision chez Apax by Seven2.
Thomas de Villeneuve : Ce qui m’a beaucoup plu, quand j’ai eu mes entretiens avec les associés de l’époque et le fondateur, c’est que les gens avaient envie de construire une entreprise. Et pas de faire un coup : de construire une entreprise. Je pense que c’est profondément ancré dans l’ADN.
Nous avons repris quelque chose. Il faut rendre à César ce qui appartient à César : le fondateur, c’est lui qui a fondé. La nature du risque que j’ai pris personnellement n’est pas de même nature, même si elle est présente. Nous investissons fortement dans nos fonds, nous investissons dans l’entreprise, nous sommes alignés d’une certaine manière. Il y a une prise de risque entrepreneurial, elle n’est pas nulle du tout, mais elle n’est pas de la même nature que quelqu’un qui a quasiment créé l’industrie dans les années 80.
À la fin de sa vie, quand on regarde son parcours, ce n’est pas ce qu’on a mis à la banque qui compte, c’est ce qu’on a construit. C’est normal de transmettre, parce qu’une personne qui crée ou dirige une entreprise a, à un moment donné, la satisfaction de laisser quelque chose qui a encore de belles perspectives.
Moi, j’ai toujours aimé construire, créer, participer à des projets. Ce qui m’intéresse, c’est de construire des choses et d’avoir l’impression qu’on contribue à quelque chose qui parfois vous dépasse aussi.
Je n’ai pas un parcours entrepreneurial en étant parti de zéro, et j’ai énormément d’admiration pour les gens qui font cela. Mais je sais que le moteur pour faire cela ne peut pas être de constituer un patrimoine : c’est de créer quelque chose. Le patrimoine est la conséquence de cela.
Après, il y a le plaisir de la performance. Quand on dirige une entreprise, quelle qu’elle soit, que ce soit Seven2 ou les sociétés que l’on accompagne dans notre portefeuille, il faut avoir cette envie de la performance.
Stéphane : On va passer à la première séquence, une mini-séquence : The Big Three. Les trois qualités incontournables chez un dirigeant que tu décides de financer ?
Thomas de Villeneuve : Le drive, l’intégrité et l’intelligence.
Stéphane : Trois red flags qui te font dire : on n’y va pas ?
Thomas de Villeneuve : L’inverse des trois premières.
Stéphane : Trois figures inspirantes, historiques ou non ?
Thomas de Villeneuve : Je ne répondrai pas forcément par des personnes. J’ai beaucoup d’admiration pour les grands explorateurs, l’époque des grandes découvertes. Quand on lit les biographies de ces gens-là et leur histoire, ce sont à la fois des aventuriers, des gens qui ont dû se financer, des gens qui ont eu du courage.
J’ai aussi de l’admiration pour les très grands scientifiques. Je suis admiratif de la ténacité qu’il faut, de la discipline. Et puis, quand même, aussi les très grands entrepreneurs. Une conclusion que je tire de ce métier, c’est qu’une personne peut avoir un impact absolument phénoménal.
Stéphane : Trois deals qui ont marqué ta carrière ?
Thomas de Villeneuve : C’est toujours embêtant, parce que cela veut dire que les autres résultats n’ont pas été aussi bons. Tous les résultats ont été importants à leur manière, mais certains m’ont plus marqué que d’autres. J’en citerai rapidement deux.
Le premier, c’était Altran Technologies. C’est une entreprise extraordinaire, avec des dizaines de milliers d’ingénieurs qui travaillent sur des projets passionnants. C’était un résultat très particulier. Nous avons eu un timing absolument catastrophique : nous avons investi juste avant le krach boursier. Mais nous avons finalement développé l’entreprise, qui a été intégrée dans Capgemini pour faire un champion.
La transcription fournie s’interrompt ici, au moment où Thomas de Villeneuve poursuit son retour sur les opérations marquantes de sa carrière.