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Private Lab , notre nouveau programme dédié à l’univers des investissements non cotés. Ce format d’interviews est consacré aux stratégies de private equity et, plus largement, aux solutions d’assets.
Stéphane : Bienvenue aujourd’hui sur Zoom Invest pour ce nouveau format, une séquence qui s’appelle Private Lab. Aujourd’hui, on va parler d’une classe d’actifs qui m’est chère : le private equity.
On va faire de la pédagogie, rentrer dans le détail et soulever un peu le capot de cette classe d’actifs qui fait quand même consensus dans la profession des conseillers en gestion de patrimoine et des banquiers privés.
Je reçois ce matin Pierre-Olivier Desplanche, directeur général et cofondateur d’Archvest, ainsi que Luc Maruenda, en charge du Wealth Solutions chez Eurazeo. Pierre-Olivier, est-ce que tu peux nous parler un peu de l’histoire d’Archvest et de toi ?
Pierre-Olivier Desplanche : Archvest est une société de gestion spécialisée en private equity, qui permet à des investisseurs particuliers, au travers de leurs gestionnaires de fortune, d’investir dans de grands fonds de private equity internationaux que nous allons sélectionner. Ces fonds étaient historiquement réservés aux institutionnels et sont aujourd’hui accessibles à des particuliers à partir de 100 000 euros.
Nous avons cofondé Archvest parce que les cofondateurs viennent tous du private equity en tant qu’investisseurs. En ce qui me concerne, j’ai fait vingt-cinq ans dans cette classe d’actifs, dont près de vingt ans chez Carlyle. J’accompagnais des fonds d’investissement pour identifier des sociétés qui avaient un fort potentiel, s’associer à des équipes de management, créer de la valeur en quatre ou cinq ans, puis vendre l’entreprise.
Nous avons vu qu’il se passait quelque chose dans cette industrie. De plus en plus d’investisseurs voulaient accéder à de grands fonds de private equity, et surtout ces grands fonds commençaient à s’intéresser aux investisseurs particuliers.
Cela fait vingt-cinq ou trente ans qu’ils sont financés par des institutions sophistiquées, des fonds de pension américains, des compagnies d’assurance ou des fonds souverains. Aujourd’hui, ils veulent diversifier leurs collectes de fonds pour toucher un nouveau public, parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas obtenir 50 % ou 60 % de parts de marché chez leurs investisseurs historiques.
Aujourd’hui, on vit une révolution où l’on peut, en tant que particulier, accéder à des fonds de qualité institutionnelle qui étaient historiquement uniquement réservés à des investisseurs institutionnels. C’est pour cela que nous avons créé Archvest : pour donner accès à ces fonds et les sélectionner. Il y a près de 15 000 fonds dans le monde, donc ce n’est pas évident de s’y retrouver. Nous apportons cette expertise et cette légitimité pour sélectionner, sur la base de plusieurs critères, les fonds que nous considérons les plus intéressants.
Stéphane : C’est pour cela que l’on fait cette émission ce matin, parce que c’est un marché assez large. Luc, même question : est-ce que tu peux nous parler de toi et rappeler qui est Eurazeo comme acteur sur ce marché ?
Luc Maruenda : Depuis vingt-cinq ans, je dirige le département Wealth Solutions chez Eurazeo. Nous sommes spécialistes des entreprises mid cap en Europe continentale. Toutes ces entreprises sont non cotées.
Nous gérons 40 milliards d’euros dédiés à apporter des financements, soit en capital, soit à travers de la dette privée, à cet univers de sociétés. Nous avons nos propres équipes d’investissement. À la différence d’Archvest, nous faisons nos propres fonds et nous avons nos propres équipes d’investissement. Nous sommes 400 personnes.
Environ 75 % de nos actifs sous gestion sont du private equity, donc de l’investissement en capital dans des entreprises non cotées. Cela va du venture capital, du capital-risque, jusqu’au buyout et aux différentes stratégies. Nous faisons aussi de la dette privée et nous commençons à nous exposer à l’infrastructure.
Nous avons deux grandes clientèles : la clientèle institutionnelle, qui représente aujourd’hui à peu près les trois quarts de nos actifs sous gestion, et les clients privés. Le département dont je m’occupe représente un peu plus de 5 milliards d’euros. Il y a des high-net-worth individuals, capables de mettre 100 000 euros, comme le disait Pierre-Olivier, et le gros de notre clientèle, le mass affluent, avec des tickets inférieurs de quelques dizaines de milliers d’euros.
Stéphane : C’est intéressant de vous avoir tous les deux, parce que vous êtes complémentaires et même amenés potentiellement à travailler ensemble.
Luc, pour nos auditeurs qui connaissent le private equity mais qui n’ont peut-être pas encore pratiqué le conseil sur cette classe d’actifs, est-ce que tu peux nous faire rapidement une définition du private equity, un peu d’historique, et expliquer à quoi cela a servi sur les vingt-cinq dernières années par rapport au marché coté ou à la dette bancaire classique ?
Luc Maruenda : Private equity, en français, c’est le capital privé. Les entreprises auxquelles nous nous intéressons sont des entreprises non cotées en Bourse. Elles sont détenues par des personnes privées ou des fonds d’investissement.
Ce qui nous intéresse, ce sont des sociétés un peu plus grosses, adressables par de l’argent professionnel, c’est-à-dire par des fonds d’investissement. Pour cela, il faut qu’elles aient une certaine taille, une certaine structure.
On considère que cet univers de sociétés représente à peu près dix à douze fois plus d’entreprises que ce que l’on peut trouver sur les marchés cotés en Bourse. Nous avons donc un univers adressable beaucoup plus important.
C’est dans ces sociétés que nous allons apporter de l’argent. Ce métier est très simple : on entre dans des sociétés pour être à leur capital. On prend des risques puisqu’on est investisseur. Ce sont des sociétés dont les actions ne sont pas distribuées en Bourse et qui peuvent valoir plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions d’euros.
Si l’on y va, c’est parce que l’on est convaincu que l’on va contribuer à la création de valeur. C’est fondamental. Il y a un engagement systématique des actionnaires dans ces sociétés, ce qui crée globalement une bonne gouvernance.
Stéphane : C’est de l’investissement de spécialistes, contrairement au coté auquel tout le monde a accès.
Luc Maruenda : Quelques exemples : quand les gens cassent leur pare-brise et vont chez Carglass, c’est une société qui fait quasiment 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et qui n’est pas cotée en Bourse. Doctolib est devenue une société importante et n’est pas cotée en Bourse. Maison du Monde, les chaussures Besson, Picard, jusqu’il n’y a pas longtemps, ou encore Royal Canin : il y a une palette extrêmement large d’entreprises très connues du grand public, mais le public ne se rend pas compte que ces sociétés ne sont pas cotées.
Stéphane : Pierre-Olivier, est-ce que tu peux nous rappeler les différentes familles dans le private equity, c’est-à-dire la timeline de vie d’une entreprise et à quel moment vous privilégiez d’entrer, et sous quelle forme ?
Pierre-Olivier Desplanche : Il y a plusieurs stratégies dans le private equity, liées au développement et à la maturité de l’entreprise.
Quand on regarde une jeune société innovante qui se lance, on parle de venture capital, ou capital innovation en français. On est sur des sociétés très fragiles, avec un potentiel de croissance important. On parle beaucoup des licornes qui ont très bien réussi, comme Instagram ou Facebook, mais on ne parle pas de toutes celles qui ont compris le mur. C’est donc quelque chose de très fragile, avec des fonds minoritaires aux côtés des équipes fondatrices.
Lorsque la société se développe, qu’elle est plus solide mais qu’elle a encore besoin de capital externe pour sa croissance, on parle de growth equity ou capital développement. Là encore, on est sur des sociétés encore un peu fragiles, avec des fonds minoritaires aux côtés des fondateurs.
Puis il y a un stade où la société est beaucoup plus établie, plus grosse, et génère des cash-flows. Là, on parle de capital transmission ou de LBO. LBO signifie leveraged buyout, acquisition avec effet de levier.
Concrètement, c’est comme acheter un appartement avec de la dette. Vous avez identifié un appartement qui vous intéresse, vous allez voir votre banquier, qui vous prête en fonction de votre capacité à rembourser la dette et les intérêts. Il peut vous prêter 70 et vous mettez 30 de votre poche. Pour une société, c’est le même principe : l’équipe d’investissement identifie une société qui lui plaît, va voir historiquement une banque, aujourd’hui plutôt un fonds de dette privée, et obtient un financement en fonction de la capacité de l’entreprise à rembourser cette dette et ses intérêts.
Le fonds apporte le complément avec l’argent levé auprès de ses investisseurs, historiquement des institutionnels, aujourd’hui des institutionnels et des particuliers. Vous réunissez ainsi les fonds pour acheter cette société, puis vous remboursez la dette avec les cash-flows.
La grosse différence, comme l’expliquait Luc, c’est que dans ce cas, les équipes sont majoritaires aux côtés des équipes de management. Le fonds contrôle le destin de l’entreprise. C’est fondamental, parce que l’équipe experte a les mains libres pour transformer l’entreprise, prendre les bonnes décisions, toujours avec l’équipe de management.
À côté de ces trois stratégies, il existe une stratégie complémentaire : la dette privée. Elle correspond à la partie dette du financement du montage LBO. Vous n’êtes pas au même niveau de la structure de capital : vous n’êtes pas au niveau des actions, mais au niveau de la dette. Vous êtes donc les premiers à être remboursés. C’est une stratégie qui se développe énormément parce qu’elle correspond à un profil rendement-risque différent.
Stéphane : Si je comprends bien, les premières stratégies ressemblent à de l’equity, de l’action, et la dette privée correspond à la partie obligataire.
Pierre-Olivier, très rapidement, pourquoi faut-il mettre du private equity dans une stratégie patrimoniale ?
Pierre-Olivier Desplanche : Le premier argument, c’est que c’est une classe d’actifs qui a un profil de rendement-risque extrêmement attractif. Il y a plusieurs raisons à cela, notamment la façon dont les sociétés sous LBO sont gérées.
Il suffit de regarder certains graphes de France Invest : quand l’économie se développe, les sociétés accompagnées par des fonds croissent en moyenne deux fois plus vite. Le taux de croissance du chiffre d’affaires est deux fois supérieur à celui d’une société non accompagnée. Et quand l’économie est plus compliquée, comme en 2020, elles résistent mieux.
Il y a une raison fondamentale : l’alignement financier d’intérêts est très puissant. Quand vous décidez d’investir aux côtés d’une équipe de management, elle vous a convaincu que le projet était bon et que la stratégie était bonne. Mais vous allez lui demander d’achever de vous convaincre en investissant une somme significative de son patrimoine, souvent autour de 50 % de son patrimoine ou de l’argent issu d’une opération précédente.
L’équipe de gestion du fonds elle-même investit aussi dans le fonds, indirectement dans les sociétés. Le fait que toute l’équipe soit investie signifie que l’on est dans le même bateau. On veut ramener le plus possible en quatre ou cinq ans. Quand on traverse des tempêtes, le fait d’avoir tous investi autant d’argent et d’avoir tous beaucoup à perdre crée de l’agilité et de l’énergie. C’est comme cela que ces sociétés résistent si bien.
Stéphane : Cela ressemble finalement à l’engagement que nous avons avec nos clients : on les accompagne quand ça va bien et quand ça va mal. Luc, pourquoi est-ce nécessaire selon toi ?
Luc Maruenda : Je partage complètement. La gouvernance, c’est la clé. Quelquefois, on est déçu dans les marchés cotés parce qu’il y a une telle masse d’actionnaires qui n’ont aucune influence dans la société qu’il peut y avoir un disconnect entre les managers et les actionnaires. Ce n’est généralement pas le cas dans notre métier. Une meilleure gouvernance produit globalement de meilleurs résultats.
Il est important, dans toute construction patrimoniale, d’avoir une poche de non coté parce que c’est une poche stable. Je ne vais pas parler seulement de rendement. Il y a quand même quelques contraintes d’investissement dans les marchés privés, notamment l’absence de liquidité que l’on peut avoir sur les marchés cotés. Cette contrainte doit être rémunérée. Si l’on n’est pas en mesure d’offrir quelques points de plus dans des investissements non cotés par rapport à ce que l’on peut obtenir sur les marchés cotés, je ne vois pas trop l’intérêt de venir sur le private equity.
Deuxièmement, sur la dette privée, tous les CGP savent très bien que lorsque les taux d’intérêt montent, les obligations baissent sur les marchés cotés. En dette privée, quand les taux d’intérêt montent, on gagne plus d’argent. C’est plus intuitif, à condition bien sûr que les entreprises et les opérations soient raisonnables en termes d’effet de levier et de montant de dette par rapport au capital.
Le fait de ne pas être coté nous immunise en partie contre la volatilité des marchés. Évidemment, nous ne sommes pas immunisés contre une crise économique, mais quand les marchés font le yo-yo, comme nous ne sommes pas cotés, nous n’avons pas ce sujet-là. Cela permet d’avoir une approche de moyen terme. Avoir 10 à 15 % de son patrimoine financier sur des investissements non cotés me paraît être une bonne chose.
Stéphane : Cela m’amène à cette dernière question. On sait que les rendements peuvent être attractifs, mais il existe quand même des contraintes et des risques. Il y a aussi des inquiétudes, car dans la profession de conseiller en gestion de patrimoine indépendant, on a vu qu’il peut y avoir des accidents. Comment se réassurer par rapport à cela ? Comment se protéger ? La transcription fournie s’interrompt à ce stade.