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Anne-Claire Abadie explique comment Sycomore Global Eco Solutions reste un fonds d’impact environnemental tout en bénéficiant d’un changement de narratif : la transition n’est plus seulement climatique, elle répond aussi à des enjeux de souveraineté, d’indépendance énergétique et d’infrastructures.
L’échange détaille les besoins physiques créés par l’IA, les goulets d’étranglement de l’électricité, l’approche HALO des actifs tangibles et la performance récente du fonds, portée par des thèmes jugés structurels plutôt que cycliques.
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouveau face-à-face sur Zoom Invest. Aujourd'hui, nous allons parler environnement et pour ce faire, je reçois Anne-Claire Abadie, gérante chez Sycomore Asset Management et responsable de tout ce qui est gestion environnementale. Bonjour Anne-Claire. Bonjour. J'ai une première question pour rentrer dans le vif du sujet qui est le fait que cette thématique de l'environnement depuis 2022 a perdu peut-être un peu de son éclat, un peu moins à la mode, et on passe aujourd'hui plus dans des sujets qui sont de stratégie industrielle, de transition liée à la dépendance à certaines énergies, etc. Est-ce que la conviction a été un peu perdue dans cette gestion environnementale et on passe plutôt à des choses contraintes ?
En effet, il y avait eu un très fort enthousiasme pour la thématique environnementale à la suite de l'accord de Paris, puis de l'élection de Biden en 2020. Et à l'inverse, on a observé plutôt un excès de pessimisme en 2024 avec l'élection de Trump. C'est sûr. Néanmoins, il y a eu un changement de narratif assez fort sous-jacent. Le sentiment reste relativement mitigé et il y a une défiance vis-à-vis des politiques publiques, mais les performances, elles, disent autre chose puisque la thématique surperforme à nouveau depuis un an. Pourquoi ? Parce qu'on a déplacé le curseur de la motivation de la lutte contre le dérèglement climatique au sein des agendas des politiques publiques, une question de souveraineté, une course à la sécurisation, à l'indépendance à laquelle les solutions environnementales répondent assez bien.
Anne-Claire, lorsque l'on gère un fonds comme le vôtre, notamment le Sycomore Global Eco Solution, qu'est-ce qui est le plus important ? Est-ce que c'est de se tourner, toujours devant notamment vos clients, vers la transition ou plus de faire comprendre qu'il y a des enjeux de souveraineté, peut-être aussi mêlés aux problématiques d'IA que l'on voit aujourd'hui ? C'est quoi le pitch ? De fait, nous, on ne se dénature pas. On reste un fonds qui cherche à accompagner la transition, un fonds d'impact environnemental. Mais le fait est qu'il y a un overlap assez naturel et intéressant entre les deux grands thèmes qui structurent aujourd'hui le marché, qui sont l'intelligence artificielle et la souveraineté, et les solutions environnementales.
Juste pour dire un mot sur l'intelligence artificielle, si on regarde qu'est-ce qu'est un data center, c'est une machine qui transforme de l'électricité en puissance de calcul et en données et informations utilisables derrière. Donc là, on a un changement de l'air de la demande d'électricité qui est drivé par ça, avec des contraintes physiques derrière auxquelles on peut répondre assez bien sur nos solutions d'efficacité énergétique ou d'énergie renouvelable, etc. Si on regarde l'angle souveraineté, là, on recherche l'indépendance, la résilience des infrastructures, la sécurité des États.
Et là aussi, les solutions environnementales sont assez intéressantes parce que c'est sécuriser des ressources stratégiques grâce à de l'économie circulaire, par exemple, rendre les infrastructures, notamment les réseaux électriques et l'approvisionnement en électricité, indépendants de là où se trouve le pétrole, le gaz ou le raffinage de métaux, etc. Donc, on a cette convergence entre transition énergétique et IA d'un côté, et environnement et souveraineté de l'autre, qui fait que notre univers est extrêmement pertinent dans le contexte actuel. Si je comprends bien, il peut y avoir aussi certains goulets d'étranglement dans les chaînes de valeur.
Est-ce que quand on écoute ce que vous dites, notamment sur la partie électrique, est-ce qu'on est plutôt au niveau de ces points de difficulté du côté des producteurs, des réseaux ou de la distribution ? Il y a de nombreux goulets d'étranglement dans cette infrastructure qui est une infrastructure physique. Si on regarde l'intelligence artificielle, on a quatre principaux points de tension : la génération électrique, et là, les renouvelables sont très pertinents parce qu'ils sont rapides à installer. Ils ont un défaut, l'intermittence, et donc la solution à coupler, ce sera les batteries. Et on prévoit un essor de 450 % des installations de batteries, de colocation renouvelable et batteries en Europe d'ici 2030 à ce sujet-là.
Un deuxième point de tension, ça va être la question de l'efficacité énergétique, puisque je disais un surplus de demande, c'est 50 % de la demande incrémentale qui vient des data centers aujourd'hui. Donc c'est énorme. Il faut de l'efficacité énergétique. Aujourd'hui, un data center, c'est 40 % de l'électricité qui est utilisée pour son cœur business, c'est-à-dire le computing, la mémoire, le stockage, 60 % pour des affaires annexes, dont le refroidissement. Et là, on a de nombreuses solutions. Un troisième point, ça va être les réseaux électriques. Ça rejoindra aussi la question de la souveraineté. Et le quatrième, qui est assez intéressant, c'est la disponibilité de main-d'œuvre, puisqu'aujourd'hui, on a une pénurie d'électriciens et de mécaniciens.
Et malgré tout, le digital, il faut quand même des infrastructures et des gens pour les installer. Et là, on a des options aussi également très intéressantes pour nous. Et au sein de ces piliers, si je peux dire, est-ce qu'il y en a un qui est particulièrement investi dans votre fonds ou est-ce que c'est assez bien équilibré entre chaque ? Aujourd'hui, on a à peu près 45 % sur la thématique efficacité énergétique et électrification. Et on a 15 % supplémentaires sur la génération elle-même. C'est ajouter des électrons, enfin, une capacité de production des électrons dans le système avec le utility scale solar, qui est privilégié, et les batteries. Ok. Vous m'aviez parlé, quand on a préparé cet entretien, d'un concept que vous avez appelé le HALO, H-A-L-O, pour Heavy Assets Low Obsolescence.
Quelque part, ça va un peu en contradiction de ce monde où tout se passe très vite, où la technologie se remplace rapidement, où certains d'ailleurs nous disent : « Est-ce que vraiment tous ces investissements valent la peine alors qu'une puce va être obsolète peut-être d'ici six mois ou douze mois ? » Vous, vous avez l'air de prendre un peu le contrepied de ce halo pour être dans le dur et dans le durable, si je peux dire. Vous pouvez nous en dire plus là-dessus ? Oui, tout à fait. C'est effectivement un concept assez intéressant. Si je prends votre analogie sur la tech, on a dans la tech des puces et des software qui changent vite, qui évoluent très vite, qui sont disruptés et qui peuvent éventuellement être très largement remis en cause par l'intelligence artificielle.
Et derrière, il y a l'autre partie de la tech qui est de l'infrastructure, ce sont des mégawatts d'électricité, c'est de l'infrastructure de refroidissement, ce sont des réseaux. Et ça, c'est très long à disrupter, c'est très difficile et c'est absolument critique essentiel. Le HALO, nous, dans notre fonds, comment on le joue, c'est viser à investir dans des actifs qui sont tangibles, des actifs réels, des unités de production qui ont une faible capacité à être disruptés et qui ont une forte visibilité dans le temps. Et là-dessus, on va retrouver à la fois le côté infrastructure, donc les réseaux, l'électricité, mais aussi les infrastructures d'eau ou de transport, dans le plan allemand par exemple.
Et on va retrouver un deuxième pan qui est lié à l'activité industrielle et le besoin de relocaliser les chaînes de valeur et les capacités de production sur les territoires. Et là, on rejoint à nouveau cette question de recherche de souveraineté. Peut-être une petite question annexe là-dessus, puisque quand on entend souvent durabilité, pas forcément au sens durabilité de la transition de l'ESG, mais durabilité dans le sens durable dans le temps, on a un peu peur qu'il y ait une dépendance un peu plus forte au taux d'intérêt. Est-ce que c'est le cas ou pas forcément ? Ça a été le cas et c'est ce qui a beaucoup coûté à la thématique historiquement. Mais la plus grosse peine, elle vient du fait qu'on change de régime. C'est la dynamique sur les taux plus que le niveau de taux lui-même qui a été problématique.
Aujourd'hui, on est dans des taux un peu plus élevés qu'il y a quelques années, l'anomalie était peut-être dans les années précédentes, mais on reste sur des taux où on est capable de créer de la valeur sur des renouvelables, sur des sources d'énergie qui sont compétitives et des technologies qui apportent une valeur ajoutée réelle. Un autre concept que vous utilisez dans le processus de la gestion du fonds, c'est ce que vous appelez le NEC ou le Net Environmental Contribution, on va dire à l'anglaise. La contribution nette à l'environnement.
Est-ce que c'est quelque chose que vous utilisez comme, entre guillemets, un simple filtre dans la constitution de votre univers d'investissement ou est-ce qu'au contraire, c'est un véritable élément pour définir l'impact que peuvent avoir les sociétés que vous choisissez de mettre dans votre portefeuille ? Oui, la NEC, Net Environmental Contribution, c'est une métrique d'impact holistique. Elle est holistique dans le sens où elle va mesurer l'impact sur plusieurs enjeux. On a parlé du climat, mais également de l'eau, de la biodiversité, des ressources. Et elle est holistique dans le sens où elle va prendre l'ensemble de la chaîne de valeur, donc les matières premières, leur transformation, jusqu'à l'usage final. Et elle va calculer la facture environnementale.
Donc, en ce sens-là, dans notre processus de sélection, on s'intéresse à l'impact sur la planète, l'impact physique sur la planète. Mais pour autant, comme elle a cette vision chaîne de valeur, elle est aussi très intéressante pour voir où sont les leviers d'action pour réduire cette facture environnementale pour un service donné. Généralement, là, on trouve des opportunités d'investissement. C'est aussi une aide pour de la création de valeur financière au sein du portefeuille. Ok. Finalement, pour conclure cet échange, est-ce qu'on pourrait dire qu'aujourd'hui, investir dans la sphère environnementale, ce n'est pas uniquement accompagner la transition, mais c'est aussi se positionner comme un acteur qui va essayer de s'adapter aux contraintes physiques de toutes les révolutions que l'on a derrière, dont l'IA dont on a parlé ?
Oui, ça rejoint le concept des limites planétaires. On a un budget donné de ressources disponibles qu'on peut utiliser, mais qui a besoin de se régénérer. Dans ce concept-là, on voit aujourd'hui qu'on est en surrégime. En gros, c'est-à-dire les placards se vident et les poubelles débordent. Ça ne vient pas de moi. Ça, c'est l'image. Et derrière, on a la capacité économique. La capacité économique, elle est contrainte par la disponibilité ou les ressources écologiques. Là, évidemment, on se dit qu'investir dans notre thématique environnementale, c'est aussi chercher les entreprises qui vont permettre de créer une économie qui est capable de s'inscrire durablement dans les limites planétaires et les contraintes physiques. C'est clair. Merci Anne-Claire.
Peut-être une dernière question : qu'est-ce que ça donne pour Sycomore Global Eco-Solutions en termes de performance ? Est-ce qu'on en a pour son argent ? De fait, on a un très beau début d'année, mais c'est ce que je disais depuis le Liberation Day, la thématique, elle a repris de son intérêt et des couleurs et de la création de valeur. Depuis le début de l'année, on affiche une performance de près de 23 %. On est plus de 13 points de pourcentage devant les indices de référence parce qu'on est sur ces thèmes structurels et stratégiques qui ne sont pas un effet de mode, mais qui vont être structurants pour l'économie à venir. Merci beaucoup Anne-Claire. Je crois que c'était vraiment limpide. J'espère que vous avez bien compris le processus de gestion, en tout cas de ce qu'on a pu en voir, du Sycomore Global Eco-Solutions.
Vous avez vu qu'on pouvait mêler à la fois la transition, mais aussi tous les thèmes qui sont aujourd'hui très importants, que ce soit l'IA, la souveraineté et autres. Et je remercie encore une fois Anne-Claire d'avoir été présente pour nous expliquer tout ça. Et quant à nous, on se retrouve bientôt pour un nouveau épisode de Face à face sur Zoom Invest. Au revoir.