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L’annonce paraît spectaculaire : vendredi 9 octobre, Donald Trump a indiqué que la Russie allait fournir immédiatement aux marchés américain et mondial plus de 300 000…
Par Sébastien Grasset, Directeur Général
Rapportées au marché américain, ces 300 000 tonnes représentent environ 2,25 millions de barils, soit moins de quinze heures de consommation nationale. Et les cargaisons doivent alimenter plusieurs marchés : pour en mesurer la portée, il faut donc les replacer à l’échelle mondiale. La portée de l’annonce paraît donc moins résider dans les premières cargaisons que dans le choix politique qu’elles matérialisent.
Pour l’éclairer, remontons 35 ans en arrière.
Le 1er août 1991, George H. W. Bush prononçait devant le Parlement ukrainien un discours resté dans l’histoire sous le surnom de « Chicken Kiev speech », le « discours du poulet à la Kiev ». Il y appelait les Ukrainiens à se détourner du « nationalisme suicidaire ». Le 24 août, l’Ukraine proclamait pourtant son indépendance. Washington redoutait alors qu’une désintégration accélérée de l’URSS, puissance nucléaire, ne provoque violences et instabilité.
Le contexte de 2026 est certes différent. Le risque nucléaire reste néanmoins présent dans l’analyse américaine, qui identifie le danger d’un engrenage vers des hostilités directes avec la Russie. On ne peut s’empêcher de voir dans la politique de Donald Trump un écho à celle de George H. W. Bush. Une même interrogation demeure : comment défendre les intérêts américains tout en évitant qu’une confrontation avec Moscou ne devienne incontrôlable ? Cette réflexion dépasse les présidents. Robert Gates, conseiller adjoint à la sécurité nationale de George H. W. Bush en 1991, puis secrétaire à la Défense sous George W. Bush et Barack Obama, avertissait encore en 2011 que le soutien américain à l’OTAN deviendrait difficilement soutenable si les États-Unis continuaient d’en supporter l’essentiel du poids.
L’accord sur le diesel peut répondre à plusieurs objectifs : détendre un marché énergétique tendu avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, remettre des volumes russes sur le marché et, selon une lecture possible, réduire les tensions avec Moscou. L’annonce relève aussi d’une mise en scène politique, où l’effet d’affichage dépasse largement celui des volumes annoncés. Elle intervient aussi dans le prolongement du choc pétrolier provoqué par la guerre avec l’Iran : début octobre, les flux de brut à travers Ormuz ne représentaient plus que 74 % de leur niveau d’avant-guerre selon Kpler.
La dimension politique de cette séquence a encore été accentuée samedi, lorsque Donald Trump a estimé qu’il était temps pour l’Ukraine d’avoir « un nouveau président », suggérant un dirigeant capable de conclure un accord avec la Russie et laissant planer la menace d’un désengagement américain accru.
L’expérience européenne invite toutefois à la nuance. Depuis 2022, l’Union européenne a ramené la part du gaz russe dans ses importations de 45 % à 12 % en 2025 et celle du pétrole russe de 27 % à environ 2 %. Les sanctions européennes, portées par la Commission, laissent néanmoins subsister des flux russes. Au premier semestre 2026, 9,97 millions de tonnes de GNL de Yamal ont encore été livrées dans l’Union européenne. La comparaison avec les États-Unis a ses limites, mais elle montre combien les choix géopolitiques doivent composer avec la sécurité d’approvisionnement et les contraintes économiques.
Cette actualité intervient alors que les marchés actions résistent. La semaine dernière, le S&P 500 a ainsi progressé de 1,15 %. Sur le Vieux Continent, le Stoxx Europe 600 a terminé la semaine presque inchangé. Les niveaux de taux restent, sans surprise, élevés. Le 10 ans américain a clôturé lundi à 5,311 %, son plus haut niveau de clôture depuis avril 2002, avant de terminer vendredi à 5,244 %. Le spread entre l’OAT et le Bund terminait la semaine dans une zone élevée, autour de 135 à 140 points de base.
La semaine qui s’ouvre pourrait tester cet équilibre. Mercredi 14 octobre sera publiée l’inflation américaine de septembre ; jeudi, les prix à la production, les ventes au détail et les inscriptions au chômage ; vendredi, la production industrielle. La saison des résultats va également s’accélérer, avec par exemple Goldman Sachs mardi, Bank of America et ASML mercredi, puis TSMC jeudi.
Washington continue, comme Moscou ou Pékin, de raisonner d’abord en fonction de ses propres intérêts. Pour l’Europe, la véritable question est désormais de définir les siens avec la même constance. Face à une géopolitique plus transactionnelle, des taux longs élevés et des marchés actions toujours aussi acheteurs d’avenir, l’enjeu n’est pas nécessairement de sortir du risque, mais de mieux le choisir : diversification, sélectivité et qualité de crédit.
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