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Les cycles électoraux à venir en Colombie et au Pérou accentuent l’incertitude politique et constituent un catalyseur majeur pour les marchés de crédit andins, mais…
En Colombie, la principale préoccupation des marchés demeure la trajectoire budgétaire. Un déficit budgétaire élevé et une dette publique en hausse ont conduit à une récente dégradation de la notation souveraine par les agences de notation, accentuant la vulnérabilité du pays à une détérioration du sentiment des investisseurs. Au Pérou, l’incertitude politique reste élevée, mais le souverain s’appuie sur un cadre macroéconomique plus solide, soutenu par une dette publique modérée, un déficit budgétaire contenu et une notation souveraine investment grade. Dès lors, l’enjeu central des prochaines élections péruviennes relève moins d’une dégradation macroéconomique immédiate que de la gouvernabilité et de la capacité à former des coalitions. Dans les deux pays, nous privilégions les émetteurs dont les fondamentaux de crédit sont soutenus par des dynamiques sectorielles ou globales plutôt que par les développements politiques domestiques, en particulier dans l’énergie, les infrastructures de gaz naturel liquéfié et l’extraction aurifère. L’environnement actuel renforce ainsi une approche sélective au sein du crédit corporate, avec une différenciation croissante entre les émetteurs fortement corrélés au risque souverain et ceux exposés à des tendances structurelles qui dépassent le cycle électoral.
| Indicateur (2026E) | Colombie | Pérou |
| Croissance du PIB réel | 2.5% | 2.9% |
| Inflation | 5.8% | 2.6% |
| Déficit budgétaire / PIB | 6.7% | 2.3% |
| Balance courante / PIB | -2.7% | 1.8% |
| Dette publique / PIB | 62% | 32% |
| Notation souveraine | BB- / Baa3 / BB | BBB- / Baa1 / BBB- |
| Taux directeur | 12.1% | 4.2% |
Source: Bloomberg.
La Colombie aborde l’élection présidentielle dans une position macroéconomique plus fragile que celle du Pérou. Le déficit budgétaire devrait atteindre environ 6,7 % du PIB en 2026, tandis que la dette publique est estimée à près de 62 % du PIB. Cette trajectoire pèse déjà sur la perception du risque souverain, comme l’illustrent la dégradation de S&P en avril 2026, ainsi que celles de Moody’s et Fitch en 2025. Dans ce contexte, l’attention se porte sur la capacité du prochain gouvernement à rétablir une trajectoire budgétaire crédible, étant entendu qu’un ajustement significatif nécessiterait probablement des réformes potentiellement difficiles à mettre en œuvre.
Les sondages suggèrent qu’Iván Cepeda, candidat du Pacto Histórico et successeur désigné du président sortant Gustavo Petro, devrait arriver en tête au premier tour le 31 mai, sans obtenir de majorité absolue. L’attention des investisseurs se concentre donc sur la configuration du second tour et sur le profil du candidat susceptible d’affronter Cepeda. La compétition semble se jouer entre les candidats de l’opposition Paloma Valencia et Abelardo de la Espriella, dans un contexte où les préoccupations des électeurs se portent sur la sécurité, la santé et la corruption. La performance du challenger au premier tour et sa solidité perçue sur ces enjeux devraient conforter les anticipations de marché quant aux chances de l’opposition lors du second tour attendu.
Une issue perçue comme favorable à un ajustement budgétaire plus rapide pourrait améliorer le sentiment des investisseurs et contribuer à un resserrement des spreads. À l’inverse, une continuité politique associée à des ajustements budgétaires insuffisants pourrait entraîner un élargissement des primes de risque. Cette asymétrie justifie une position prudente sur les émetteurs colombiens les plus étroitement corrélés au souverain.
Nous continuons donc de privilégier les crédits dont les fondamentaux sont davantage liés à des moteurs sectoriels qu’aux développements politiques domestiques. Le secteur de l’énergie et des utilities thermiques demeure particulièrement intéressant, ces acteurs bénéficiant de la dynamique mondiale des prix de l’énergie et de la demande potentielle de capacité de production d’appoint dans un contexte de stress climatique.
Le Pérou demeure marqué par une instabilité institutionnelle significative : depuis 2016, le pays a connu six présidents. Cette volatilité politique continue de peser sur la visibilité des investisseurs. Toutefois, le profil macroéconomique du pays reste plus solide que celui de la Colombie, avec une dette publique estimée à environ 32 % du PIB, un déficit budgétaire limité à 2,3 % du PIB et une notation souveraine investment grade.
L’élection présidentielle oppose Keiko Fujimori à Roberto Sánchez lors d’un second tour prévu le 7 juin. Fujimori aborde sa quatrième tentative dans une position plus favorable que lors des précédentes élections, avec des taux de rejet inférieurs à leurs niveaux historiques. Sánchez, pour sa part, bénéficie d’un positionnement anti-establishment et de liens politiques avec Pedro Castillo, qui avait défait Fujimori de justesse en 2021 avant d’être destitué l’année suivante.
Pour les marchés, l’enjeu central dépasse l’identité du prochain président. La gouvernabilité sera décisive, notamment avec la réintroduction d’un Congrès bicaméral et d’un Sénat de 60 sièges. La composition du Sénat ne permet à aucun bloc de disposer des seuils nécessaires pour gouverner sans compromis. Les centristes pourraient donc jouer un rôle pivot dans l’adoption des réformes, le maintien de la stabilité institutionnelle et la préservation de la discipline budgétaire.
Ce cadre politique complexe limite probablement l’ampleur des réformes en profondeur, mais il réduit également le risque de virages économiques radicaux sans large soutien parlementaire. Pour les investisseurs obligataires, il s’agit d’un facteur important, la stabilité et la prévisibilité du cadre économique étant généralement valorisées.
Sur le plan économique, les perspectives du Pérou restent relativement constructives. La croissance devrait être soutenue par les prix des métaux, les dépenses d’infrastructures et des indicateurs d’emploi et de revenu encore solides. Parmi les principaux risques à surveiller figurent l’impact potentiel d’un épisode El Niño plus sévère sur la croissance et l’inflation, ainsi que la capacité des autorités à maintenir le déficit budgétaire proche de la cible.
La Colombie et le Pérou offrent des opportunités d’investissement dans des secteurs liés aux ressources naturelles et aux actifs stratégiques nationaux. Cette approche est au cœur de notre philosophie d’investissement de longue date sur la dette des marchés émergents : identifier des entreprises dont les flux de trésorerie sont soutenus par des actifs essentiels, des positions concurrentielles solides ou des dynamiques globales moins dépendantes du cycle politique domestique. Au Pérou, les infrastructures de gaz naturel liquéfié présentent un profil attractif. Avec un rendement d’environ 7,0 % et un z-spread proche de 358 points de base, ces crédits bénéficient d’une demande mondiale soutenue pour le gaz naturel liquéfié. Dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques et les préoccupations liées à la sécurité d’approvisionnement, les actifs situés en dehors des principales zones de conflit peuvent bénéficier d’une prime structurelle.
Le Pérou est également un producteur majeur de métaux de base et précieux. Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et de prix de l’or toujours élevés, certains miniers sélectionnés offrent des rendements attractifs, autour de 9,8 %, en s’appuyant sur une thèse d’investissement moins directement liée à l’issue électorale. En Colombie, les crédits du secteur de l’énergie et des utilities thermiques peuvent bénéficier de prix mondiaux de l’énergie plus élevés et du besoin de capacité de production d’appoint. La volatilité électorale pourrait créer des points d’entrée attractifs sur des émetteurs dont les fondamentaux demeurent solides.
Nous restons en revanche plus prudents sur les entreprises colombiennes présentant une forte corrélation au souverain, compte tenu de l’asymétrie potentiellement défavorable en cas de détérioration du sentiment de marché.
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