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La flambée des prix de l’énergie ne se limite plus au pétrole : elle menace désormais l’ensemble de la chaîne industrielle et alimentaire mondiale.
La flambée des prix de l’énergie ne se limite plus au pétrole : elle menace désormais l’ensemble de la chaîne industrielle et alimentaire mondiale. Entre tensions géopolitiques et inflation persistante, les banques centrales avancent avec prudence.
Le point hebdo de la Financière de l'Arc daté du 3 avril 2026, par Arnaud BENOIST-VIDAL, gérant d’actifs
On pourrait le croire depuis la conférence de presse de la BCE du jeudi 19 mars et les multiples apparitions de sa présidente ces derniers jours.
Dans un entretien du 25 mars auprès de The Economist, Christine Lagarde a déclaré que : « nous sommes confrontés à un véritable choc, probablement au-delà de ce que nous pouvons imaginer à l’heure actuelle ». À la question relative à la nécessité ou non d’une hausse des taux d’intérêt, elle est restée évasive. « Je ne sais pas si c’est nécessaire », a-t-elle déclaré, « car cela pourrait être lourd et de courte durée ». Tout en insistant sur le fait que la BCE est « bien positionnée pour réagir ».
Les marchés sont-ils trop complaisants, comme le penserait Christine Lagarde ? Sous-estiment-ils ce risque de choc dans leurs allocations ?
Tous les projecteurs sont actuellement braqués sur cette route maritime étroite située à l’embouchure du golfe Persique. Entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Depuis le début du conflit, les commentaires sont focalisés sur les flux d’hydrocarbures empruntant cette voie et notre dépendance énergétique. Il existe malheureusement d’autres biens intermédiaires qui sont transformés dans la région. Et ce grâce à son avantage concurrentiel énergétique. Il s'agit par exemple de l’aluminium, de plastiques et surtout des engrais.
Ainsi, autour de 8 à 10 % de l’aluminium et de 11 à 13 % des polyéthylènes produits dans le monde le sont dans des pays du Golfe. Ces chiffres sont suffisamment élevés pour provoquer des perturbations dans les approvisionnements. Et l’impact est encore plus fort dans les engrais azotés. Avec environ 23 % du commerce mondial d’ammoniac et surtout 45 % de la production mondiale d’urée.
La forte augmentation de la population mondiale et l’agriculture intensive ont nécessité le recours à des engrais chimiques. Principalement pour pallier l’insuffisance des engrais organiques ou naturels. Les engrais azotés comme l’ammoniac, l’urée ou le nitrate d’ammonium nécessitent énormément d’énergie. Bien qu’abondante car extraite de l’air, la molécule d’azote (N₂) est l’une des plus stables. Mais elle est très difficile à casser. Le procédé industriel est très énergivore. Il passe par une montée en température entre 400 et 500°C sous une pression entre 150 et 300 bars. Voilà pourquoi les pays du golfe Persique sont très compétitifs dans cette industrie.
Comme toujours, restons pragmatiques. Selon le site www.prix-carburants.gouv.fr, la hausse des carburants en France depuis le début du conflit se situerait autour de 15 % pour le prix du sans-plomb. Et de 30 % pour le prix du diesel. Selon l’INSEE et leur pondération dans l’indice des prix (1,61 % et 1,77 %), la hausse de l’inflation nominale générée par les carburants se situerait respectivement autour de 0,24 % et de 0,52 %. Si l’on rajoute la hausse du prix du gaz naturel de 70 % en Europe pour le chauffage de son logement, soit une hausse de 0,90 % supplémentaire sur l’indice des prix, l’inflation devrait accélérer au total de 1,66 % cette année à cause du choc énergétique, si la hausse des cours s’arrêtait au niveau d’aujourd’hui. Ce chiffre est certes important, mais pas insurmontable.
L’histoire serait tout autre, car la pondération de ce poste dans l’indice des prix est d’une autre dimension (plus de 13 %). On comprend mieux les inquiétudes provoquées par ce choc cumulé sur l’or noir et sur l’or vert chez les banquiers centraux et leur vigilance. Attention toutefois à ne pas agir trop prématurément, avant la fin éventuelle du conflit, pour ne pas répéter l’erreur de 2008 de monter maladroitement les taux directeurs, sous prétexte d’avoir été trop laxistes en 2022.