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Après deux semaines particulièrement chargées sur le front des banques centrales, les marchés peuvent se satisfaire d’avoir franchi une étape importante, non sans…
Par Thomas Giudici, Directeur de la gestion obligataire
Si rien n’est réglé sur le plan géopolitique, avec la poursuite du conflit au Moyen-Orient et ses conséquences sur les prix de l’énergie, ni sur le front budgétaire, où la dérive des déficits continue d’alimenter la pression sur les taux longs, la séquence monétaire est désormais derrière nous et marque un virage globalement hawkish. C’est d’ailleurs la première fois que les trois principales banques centrales (BCE, Fed et BoJ) relèvent leurs taux au cours d’un même mois.
Au-delà des hausses elles-mêmes, c’est surtout le message envoyé qui semble avoir quelque peu rassuré les marchés : malgré le choc énergétique, les banques centrales restent pleinement engagées dans la lutte contre l’inflation. Le message a néanmoins été plus tranché du côté de la Fed, permettant surtout à l’institution de restaurer une partie de la crédibilité mise à mal ces derniers mois. La BoJ, de son côté, s’est montrée plus mesurée, hawkish, mais pas trop. La hausse de taux et le discours plus préventif face au risque inflationniste ont été suffisamment fermes pour envoyer un signal au marché, sans pour autant laisser entrevoir un resserrement trop brutal. L’essentiel est toutefois fait : limiter les pressions sur le yen et le risque de nouvelles réactions en chaîne sur les marchés mondiaux.
Dans ce contexte, la décision de la Fed était probablement la plus attendue, tant les interrogations s’étaient multipliées ces derniers mois sur sa crédibilité à lutter contre l’inflation. Après avoir temporisé en juillet, le FOMC a donc finalement relevé à l’unanimité ses taux directeurs de 25 bps, dans la fourchette 3,75 - 4,00 %, face à une économie plus résistante qu’anticipé, un marché du travail toujours solide et, surtout, une désinflation jugée insuffisante. Après le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole, où il avait conditionné le statu quo à un retour suffisamment clair et rapide de l’inflation sous-jacente vers 2 %, celui-ci devenait de moins en moins tenable à la lecture des données macroéconomiques. Sans remettre en cause la désinflation, le retour vers la cible des 2 % n’est désormais plus attendu avant 2029, tandis que 16 des 18 membres anticipent au moins une hausse supplémentaire d’ici la fin de l’année et que la médiane des Fed funds est maintenue à 4,1 % jusqu’à fin 2027. Après plusieurs mois d’une communication parfois ambiguë, la Fed semble donc avoir restauré une partie de sa crédibilité, à la fois dans sa détermination à lutter contre l’inflation et sur la question de son indépendance vis-à-vis de Donald Trump. Sans entrer directement en confrontation avec le président américain, Warsh a rappelé que les décisions de taux relevaient du diagnostic économique propre au FOMC et défendu une séparation claire entre politique monétaire et choix politiques ou budgétaires.
Dans le même temps, la BoJ a elle aussi poursuivi la normalisation de sa politique monétaire, aidée par la pression amicale des États-Unis. Après l’intervention coordonnée de juillet pour soutenir le yen, le secrétaire au Trésor Scott Bessent avait en effet publiquement appelé la BoJ à accélérer la normalisation de sa politique monétaire, avant d’insister début septembre sur la nécessité d’agir face à la faiblesse persistante de la devise. La BoJ a ainsi relevé son taux directeur de 25 bps, à 1,25 %, son plus haut niveau depuis 1995, avec un vote de 7 contre 2. Le message reste néanmoins nettement plus mesuré que celui de la Fed et moins hawkish que ne l’espéraient les marchés : Kazuo Ueda n’a donné aucune indication précise sur le rythme des prochaines hausses, tandis que les deux votes dissidents ont alimenté les interrogations sur la capacité de la BoJ à accélérer son resserrement. Néanmoins, en poursuivant la normalisation de sa politique monétaire tout en tentant de contenir les pressions sur le yen, le minimum syndical est assuré.
La séquence des banques centrales désormais passée, les marchés vont progressivement tourner leur attention vers les publications de résultats du troisième trimestre, attendues à partir de la mi-octobre et qui pourraient constituer un nouveau catalyseur positif. D’ici là, le baril devrait continuer de donner le tempo aux marchés de taux, dont la sensibilité aux variations du pétrole s’est à nouveau nettement renforcée. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, prévue cette semaine à Washington, pourrait toutefois ouvrir la voie à une reprise des efforts diplomatiques et contribuer à apaiser les tensions au Moyen-Orient. Les derniers jours ont surtout rappelé le prix à payer lorsque les déficits restent hors de contrôle dans un environnement de taux durablement élevés. La France en fait actuellement l’expérience : le spread OAT-Bund a temporairement franchi la barre symbolique des 100 bps, alors même que la campagne électorale n’est pas encore véritablement entrée dans le vif du sujet…