Chaque semaine, les équipes de gestion d'Arkéa Asset Management vous proposent un décryptage synthétique de l'actualité des marchés financiers.
États-Unis : emploi imperturbable et rebond manufacturier
- Inflation : la pression sur les prix reste une préoccupation majeure. L'inflation globale (CPI) s'affiche en progression de 3,8 % au mois d'avril, confirmant un environnement de prix durablement élevés.
- Emploi : le marché du travail ne montre aucun signe d'essoufflement. Les nouvelles demandes d'allocations chômage restent faibles et stables, reculant même légèrement à 209 000 (contre 211 000 la semaine précédente et un consensus à 210 000), preuve d'une résilience continue.
- Activité (PMI) : l'économie avance à deux vitesses. L'activité manufacturière surprend positivement avec un indice PMI flash en hausse à 55,3 (contre 53,8 attendu). À l'inverse, les services se replient à 50,9 (un plus bas de deux mois), maintenant le composite stable à 51,7.
- Prix et coûts : les signaux sont mixtes sur le front des entreprises. Si les indices généraux des prix payés et reçus ont reculé ce mois-ci (tombant respectivement à 47,9 et 26,3), le sous-indicateur des prix des intrants manufacturiers a en revanche bondi de plus de 11 points, atteignant son plus haut niveau depuis près de deux ans (juin 2022).
Zone euro : le coup de froid se poursuit sur l'activité, pendant que l'inflation britannique surprend à la baisse
- Activité : la conjoncture se dégrade avec un indice PMI composite qui tombe à 47,5 (sous les attentes), trahi par une faiblesse persistante du secteur des services.
- Balance courante : l’excédent courant fond brutalement, passant de 25,6 Md€ à 14,9 Md€ en mars. Cette chute s’explique par la réduction de l’excédent commercial, probablement amputé par la hausse des coûts de l’énergie. Sur un an, l’excédent retombe à 1,7 % du PIB.
- France : l’Hexagone décroche sévèrement. L’indice PMI composite plonge à 43,5 (contre 47,6 en avril), marquant une violente contraction qui frappe tant l’industrie que les services.
- Allemagne : la situation se stabilise de justesse. Le PMI composite remonte légèrement à 48,6 grâce à une faible amélioration des services, mais l’industrie manufacturière continue de ralentir, frôlant la stagnation.
- Royaume-Uni : le climat des affaires se détériore. Le PMI composite chute à 48,5 (contre 52,6 en avril), plombé par les incertitudes liées au Moyen-Orient et à la politique intérieure. Côté emploi, des signaux de refroidissement clairs apparaissent. La hausse médiane des salaires ralentit à 3 % (contre 3,4 % précédemment). Plus inquiétant, le taux de chômage remonte à 5 %, accompagné d’une forte destruction d’emplois salariés en avril (-100 000). Enfin, concernant l’inflation, c’est la bonne nouvelle outre-Manche. L’inflation chute nettement plus vite que prévu, revenant à 2,8 % sur un an (contre 3,3 % en mars).
Chine : grand coup de frein avec l’effondrement des investissements et une consommation à l’arrêt
- Politique monétaire : la Banque populaire de Chine (PBOC) fait le choix du statu quo pour le douzième mois consécutif (LPR 1 an à 3,00 %, LPR 5 ans à 3,50 %).
- Industrie : l’appareil productif freine. La production industrielle ne progresse que de 4,1 % sur un an (son rythme le plus faible depuis juillet 2023) et les services ralentissent à 4,3 % (contre 5 %).
- Investissements : c’est la chute libre. L’investissement en actifs fixes se contracte de 9,4 % sur un an. Le secteur immobilier s’effondre de 20,1 %, l’industrie recule de 5,7 % et les infrastructures se contractent de 3,7 %.
- Consommation : la demande intérieure est au point mort. Les ventes au détail frôlent la stagnation (+0,2 %). La fin des subventions se fait sentir : les ventes de biens subventionnés reculent de 6,9 % et l’automobile chute lourdement de 13,8 %.
- Géopolitique et importations : Pékin adapte sa stratégie face au risque géopolitique. Les importations totales de brut s’effondrent de 20 %. Ce recul est drastique (-52,7 %) concernant les achats auprès des six principaux producteurs du Moyen-Orient, confirmant la crainte des tensions sur le détroit d’Ormuz.
Japon : une inflation à deux vitesses et une activité qui s'essouffle
- Inflation : situation contrastée. L'inflation wholesale bondit à 4,9 % (un plus haut de trois ans), importée par la flambée du pétrole et la chute du yen. À l'inverse, l'inflation core ralentit à 1,4 %, artificiellement contenue par les subventions gouvernementales.
- Activité : le premier trimestre a été solide avec un PIB en hausse de 2,1 % (annualisé), soutenu par les exportations. Toutefois, les indicateurs avancés de mai montrent un essoufflement : le PMI manufacturier ralentit (54,5 contre 55,1 en avril) et les services stagnent tout juste à 50, entraînant le composite à un plus bas de cinq mois (51,1).
Marchés : l'accalmie obligataire dope les bourses européennes
- Actions : les bourses mondiales terminent la semaine dans le vert, mais c'est l'Europe qui crée la surprise en surperformant. Malgré des indicateurs PMI macroéconomiques pourtant décevants, l'EuroStoxx 50 bondit de 3,29 % sur la semaine, les investisseurs saluant la nette détente des taux obligataires sur le Vieux Continent. À Wall Street, la tendance reste positive mais plus modérée, toujours emmenée par les grandes valeurs technologiques (Nasdaq 100 à +1,22 % et S&P 500 à +0,88 %). En Asie, le Nikkei s'adjuge également une belle progression de 3,14 %, soutenu par les chiffres solides du PIB au premier trimestre.
- Obligations : après plusieurs semaines de fortes tensions, le marché obligataire s'accorde une bouffée d'oxygène. La dégradation des indices PMI européens et le net repli de l'inflation au Royaume-Uni ont alimenté l'espoir d'un assouplissement monétaire des banques centrales ; le rendement du Bund allemand à 10 ans se détend de 13 points de base pour revenir à 3,04 %, tandis que le 10 ans français recule de 16 pb à 3,67 %. Aux États-Unis, malgré la vigueur du PMI manufacturier, le 10 ans américain reflue plus modestement de 4 pb sur la semaine, s'établissant à 4,56 %.
- Pétrole : le marché de l'or noir reste volatil mais s'offre un repli de 4,26 % sur la semaine, le baril de Brent repassant proche des 101 $ en fin de semaine, avant de retomber sous les 100 $ en ce début de semaine, suite à la perspective d'un règlement du conflit en Iran. Le marché intègre les avancées des pourparlers américano-iraniens sous médiation pakistanaise, même si le scepticisme persiste en raison de profonds blocages politiques (exigence de péage par Téhéran et refus d'extrader l'uranium). La baisse est toutefois freinée par les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes et les craintes de l'AIE quant à un risque de déficit physique cet été.