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La résilience actuelle des marchés actions repose quasi exclusivement sur le moteur des bénéfices d'entreprises et leurs révisions haussières exceptionnelles. Deux moteurs qui compensent l'effet restrictif de la remontée des taux et le dégonflement des multiples.
Par Joffrey Ouafqa, Directeur des Gestions d’Auris Gestion
Dans ce contexte de rentrée où les banques centrales restent sous pression face aux taux longs et aux dettes souveraines, la trajectoire des marchés dépendra in fine de la capacité des bénéfices à tenir le choc et de la gestion par le marché de la rationalisation des investissements dans l'IA.
Compte tenu des multiples défis enregistrés depuis le début d’année - conflit iranien et choc sur le prix du pétrole, tensions commerciales persistantes avec les Etats-Unis, hausses de taux par les banques centrales, remontée des taux souverains sur fond d’inquiétudes sur le niveau des dettes publiques - la progression des indices actions à la fin du mois d’août peut paraître très satisfaisante puisque les grandes places boursières enregistrent toutes, à l’exception de la Chine et de la France (!), des progressions légèrement supérieures à 10%.
Les bénéfices, principal facteur de soutien des marchés
Ce serait oublier que le principal facteur de soutien des marchés actions cette année provient de la croissance des bénéfices des entreprises. Et en la matière, l’année 2026 pourrait constituer un cru record ! La croissance des bénéfices attendue pour le S&P 500 culmine à +33% en 2026 par rapport à 2025 tandis que l’Euro Stoxx 50 devrait enregistrer une croissance de 19% de ses bénéfices.
Des révisions de bénéfices fortement orientées à la hausse
Plus intéressant, ces estimations de croissance des bénéfices ont elles-mêmes été fortement revues à la hausse en cours d’année à un rythme soutenu. Historiquement, il faudrait en effet être en sortie de récession ou en période de boom économique pour avoir un tel rythme de révision qui n’est donc pas proportionnel à la croissance économique mondiale, certes résiliente mais dont on ne peut pas dire pour autant qu’elle est vigoureuse : +2,3% pour la croissance américaine et +0,8% pour la croissance européenne, surtout tirées par les investissements après des années de croissance soutenue par la consommation.
Il faut y voir la conjonction de plusieurs éléments. En premier lieu, le boom exceptionnel de certains secteurs qui ont vu leurs bénéfices exploser.
Aux États-Unis, sans surprise, les secteurs technologique et énergétique contribuent le plus à la croissance des bénéfices alors qu’en Europe, l’énergie (encore) et le secteur bancaire font partie des meilleurs contributeurs. Mais ces secteurs sont loin d’être les seuls à connaître des révisions à la hausse de la part des analystes : tous les secteurs enregistrent de meilleures perspectives. Enfin, il est probable que les gains de productivité engendrés par l’usage de l’intelligence artificielle produisent aussi des effets significatifs, bien que plus difficiles à mesurer.
Si certains secteurs ont effectivement porté les indices, soulignons toutefois le rallye homogène des marchés actions. Les indices large caps ne sont ainsi pas les seuls à afficher des progressions importantes, les small & mid caps américaines bondissent de plus de 20% (Russell 2000) et leurs homologues européennes gagnent plus de 10% (MSCI Europe Small Cap).
Notons enfin que 2027 devrait d’ailleurs être tout aussi dynamique avec des progressions des bénéfices attendues à +14% pour le S&P 500 et +17% pour l’Euro Stoxx 50, offrant ainsi un facteur de soutien aux marchés actions.
Des valorisations plus raisonnables
Et les valorisations dans ce contexte ? La remontée des taux d’intérêt mondiaux, historiquement négative pour les valorisations, couplée à la forte progression des bénéfices a provoqué une baisse des valorisations des marchés actions par rapport aux niveaux atteints fin 2025 : S&P à 18,7x les bénéfices n+1 (contre 22x en 2025 ), Stoxx 600 à 14,5x (contre 16x en 2025 ), Nasdaq à 22x (contre une moyenne à 5 ans proche de 25x). Enfin, la valorisation des marchés émergents (9,4x les bénéfices) est artificiellement faible car biaisée désormais par le poids des acteurs de la mémoire (SK Hynix, Samsung) dont les ratios de valorisation sont historiquement faibles.
Croissance des bénéfices et valorisations plus raisonnables, de quoi soutenir le marché d’ici la fin d’année ? Oui, mais…
Quelles sont les perspectives d’ici la fin d’année ?
En cette rentrée, les banques centrales pourraient hausser le ton face à cette inflation durablement élevée en raison quasi exclusivement du coût du pétrole. Car paradoxalement les effets de second tour de la hausse du coût du pétrole sur l’inflation restent modestes, ce que confirment les anticipations d’inflation qui restent contenues à 2 ans, autour de 2,45%.
Compte tenu du contexte économique actuel, aucun banquier central ne peut se permettre d’afficher un ton dovish. Car dans le même temps, la Fed, la BCE et la BoJ assistent à la lente mais continue remontée des taux longs : un taux à 10 ans américain à 4,75%, un 10 ans allemand à 3,32% et un 10 ans japonais qui a atteint brièvement 3 %, soit un plus haut de 30 ans !
Un sentiment d’urgence commence à poindre au sein des pays développés eu égard aux tentatives de Scott Bessent afin d’enrayer la hausse des taux longs. Il y a quelques semaines, le Trésor intervenait en concertation avec la BoJ en achetant la devise nippone afin d’enrayer sa dépréciation face au dollar et de limiter la vente de Treasuries détenus par les fonds de pension japonais. L’histoire s’est répétée début septembre avec une intervention du Trésor afin de racheter de la dette américaine à long terme tout en émettant des titres à court terme. Des tentatives qui ressemblent selon nous à des coups d’épée dans l’eau... car le vrai sujet demeure l’endettement des États et le creusement des déficits, un processus auto-alimenté par l’explosion de la charge des intérêts de la dette avec la remontée des taux.
Les risques de resserrement monétaire plus intense que prévu couplés à la remontée des taux longs devraient laisser les marchés fébriles en cette rentrée où les trois grandes banques centrales communiqueront d’ici la mi-septembre. Il ne faut donc pas attendre de soutien aux valorisations des marchés actions par l’effet des taux d’intérêt. Restent donc les bénéfices qui sont à l’heure actuelle le seul soutien des marchés.