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Auris Gestion : depuis le début de l’année, les soubresauts enregistrés sur les marchés financiers ont été nombreux.
Depuis le début de l’année, les soubresauts enregistrés sur les marchés financiers ont été nombreux. Les investisseurs ont dû naviguer entre la poursuite d'un supercycle d'investissement technologique dans l’intelligence artificielle et des tensions géopolitiques ayant provoqué un choc sur les prix de l’énergie. Ces deux éléments ont, pour le premier, soutenu la croissance mondiale et, pour le second, alimenté une inflation persistante. Cette situation a empêché de facto l’assouplissement monétaire des banques centrales initialement anticipé. A l’aune de cette rentrée, faisons le point sur les multiples défis à venir.
Par Joffrey Ouafqa, Directeur des Gestions
Le conflit entre Américains et Iraniens semble être passé à une nouvelle phase, les premiers préférant désormais la guerre économique au conflit armé. Si, dans la pratique, cela peut permettre d’éviter un choc énergétique encore plus intense à court terme, la durée du conflit risque en revanche de s’allonger. Cela maintiendra le cours du baril à un niveau élevé pendant de nombreux mois, restreignant davantage la marge de manœuvre des banques centrales, d’autant que les derniers indicateurs d’activité PMI d’août confirment la résilience de l’économie mondiale face au choc pétrolier.
Alors que le sommet de Jackson Hole s’ouvre cette semaine, le positionnement des banquiers centraux face à ce contexte d’économie et d’inflation résilientes sera suivi avec attention. Sur ce point, il ne faudra pas attendre de grand soir du côté de Kevin Warsh, qui souhaite ardemment réduire la dépendance des investisseurs aux communications de la Fed. Si la banque centrale américaine se fait plus discrète, ce n’est en revanche pas le cas de Scott Bessent et du Trésor américain, particulièrement actifs face à la hausse des taux longs. Il y a quelques semaines déjà, le Trésor intervenait en concertation avec la BoJ en achetant la devise nippone afin d’enrayer sa dépréciation face au dollar et de limiter la vente de Treasuries détenus par les fonds de pension japonais. L’histoire s’est répétée cette semaine avec une intervention du Trésor pour racheter de la dette américaine à long terme tout en émettant des titres à court terme, afin de limiter la pression sur les taux longs dont la progression depuis le début d’année est marquée : le taux à 10 ans américain est passé de 4.17% à 4.70% tandis que le 30 ans grimpait de 4.8% à plus de 5.20%. Face à la remontée des taux, les interventions de Scott Bessent servent à traiter les symptômes sans résoudre le problème de fond : le niveau d’endettement de l’État américain a explosé depuis le Covid, un emballement accéléré par le retour de Donald Trump au pouvoir. Ce problème dépasse largement les frontières américaines et peu de dirigeants politiques semblent le prendre à bras-le-corps, certains évoquant même la possibilité d'« effacer » comme par magie les dettes détenues par les banques centrales… Rappelons que les taux souverains retrouvent des sommets inédits depuis 2011, année de la crise des dettes souveraines en Europe.
Enfin, la thématique de l’IA constitue à elle seule un défi microéconomique ayant des conséquences macroéconomiques importantes. Alors que l’introduction en bourse la plus importante de l’histoire devrait avoir lieu d’ici quelques semaines, le business model d’Anthropic suscite des interrogations. Fable 5, son dernier modèle — le plus puissant à ce jour parmi les modèles existants, mais aussi le plus coûteux — peine à percer (cf. graphique de la semaine). Les clients d’Anthropic se contentent de modèles plus anciens et plus économiques tandis que ceux qui se détournent des éditeurs traditionnels privilégient de plus en plus des modèles chinois (10 à 100 fois moins chers à l’usage) ou des modèles open source. Cette rationalisation des dépenses devrait ralentir la course aux capex des hyperscalers et maintenir une pression baissière sur le secteur des semi-conducteurs, sans toutefois remettre en cause la formidable innovation technologique qu'incarne l'IA à long terme.
Face à ces arbitrages complexes, la « nuance décisive » théorisée par la philosophe Julia de Funès devient une boussole indispensable pour l'investisseur. La nuance décisive n'est ni l'hésitation ni le compromis mou : c'est l'art d'établir des distinctions nettes pour dissiper le bruit de marché. Concrètement, elle exige d'éviter le piège des postures binaires — comme un repositionnement risk-on/risk-off aveugle — pour privilégier une sélectivité rigoureuse : capter le rendement du crédit sans subir la dérive des taux souverains, et discriminer, au sein de la chaîne de valeur de l'IA, les acteurs qui génèrent du cash-flow réel de ceux qui ne font que brûler du capital.