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Amplegest : imaginez : nous sommes en 2030.
Imaginez : nous sommes en 2030. L'essentiel de vos processus d'entreprise, de vos bases de données et de votre culture interne est désormais absorbé par des agents IA qui représentent entre 10 et 40 % de votre masse salariale. La production de documents de suivi, de KPI et de rapports financiers, tout comme le démarchage client, est gérée par différentes IA que vous ne distinguez plus de vos salariés « fiat ». L'efficacité de vos équipes marketing, comptabilité, finance et commerciale est décuplée.
Par Abdoullah Sardi, Gérant Actions - Associé
Vous êtes TSMC. Vos machines d'inspection, de déposition et de lithographie, ainsi que l'optimisation de la supply chain au sein de vos data centers, sont pilotées par des modèles frontières distillés et par des agents spécialisés. Vous dégagez des gains de production significatifs tout en améliorant le yield de vos usines.
Sauf qu'un jour, l'administration américaine — dans un élan de patriotisme, ou pour asseoir son hégémonie — décide de couper l'accès à l'ensemble des modèles américains.
Du jour au lendemain, votre entreprise, vos processus de production et la réalité économique qui sous-tend vos gains de productivité deviennent caducs. Et il est très difficile de revenir en arrière avec des processus devenus désuets, surtout face à des sociétés AI native qui, elles, continuent de bénéficier des modèles américains à la pointe (SOTA).
Cet avenir n'est pas si lointain, et nous en voyons déjà se dessiner les contours. Après le blocage de Fable il y a quelques jours — que l'on pouvait somme toute attribuer aux sorties alarmistes d'Amodei et à une communication agressive vantant la puissance de son modèle —, le blocage de ChatGPT 5.6 nous fait changer de registre. Nous ne sommes plus dans un cas spécifique, lié à l'hubris de communication d'un CEO, mais face à un véritable cas de contrôle de l'intelligence et d'affirmation de l'hégémonie américaine : la weaponisation de l'IA.
Bien que nous l'ayons anticipé chez Amplegest depuis deux ans, nous n'imaginions pas l'arrivée d'un contrôle aussi drastique avant l'approche d'une éventuelle ASI. Les mesures récentes semblent confirmer notre scénario, avec quelques années d'avance.
Ce changement est majeur. Nous passons d'un marché qui voguait de sortie en sortie de modèles SOTA — améliorant sans cesse les scores, l'efficacité et la pénétration des modèles — à une innovation limitée et contrôlée, qui risque de jeter un froid sur tout l'écosystème IA.
D'abord, l'enjeu de souveraineté devient majeur, voire vital. Toute entreprise se doit de garantir sa viabilité et celle de ses salariés. Déployer un modèle américain en interne, lorsque l'on est une société européenne, asiatique ou basée au Moyen-Orient, devient impossible : le risque que l'on vienne « débrancher la prise » n'est plus négligeable.
Ensuite, la croissance des semiconducteurs est aujourd'hui nourrie par une consommation de tokens de plus en plus insatiable, portée par le basculement vers l'inférence. C'est ce qui soutient une bonne partie du compartiment tech. Cette croissance des tokens — et donc le besoin en puissance de calcul — est multifactorielle : nombre d'utilisateurs, difficulté de la tâche, typologie du modèle, niveau de précision et de latence souhaité. L'un des moteurs de cette croissance est l'émergence de modèles toujours plus intelligents, opérant de manière autonome sur des durées rallongées et consommant nettement plus de tokens (jusqu'à x100). Si l'on bloque dès aujourd'hui la sortie et l'avancée des modèles frontières, on réduit mécaniquement la pente de croissance attendue sur les tokens — avec, in fine, des répercussions sur le besoin en puissance de calcul.
Enfin, réduire l'accès aux modèles frontières SOTA reviendrait à pousser une partie des utilisateurs vers des modèles open source, qu'ils pourront déployer et utiliser eux-mêmes sans risque de blocage ou d'interdiction. Cela signifie que les modèles chinois remporteront nécessairement certaines batailles et récupéreront des parts de marché — d'autant qu'ils n'accusent que quelques mois de retard sur les acteurs américains.
Nous espérons que la validation des modèles par le gouvernement américain ne deviendra pas un moyen de pression sur les laboratoires, et que l'innovation pourra se poursuivre. En voulant faire valoir son droit de regard, le gouvernement américain joue à l'encontre du développement de ses propres laboratoires frontières — et ce, à l'aube de deux IPO très attendues. Il nous faut développer des modèles souverains et en libre accès, afin que l'intelligence ne soit plus monnayée ni instrumentalisée. Les Chinois l'ont bien compris. Mistral aussi.
Sources : Amplegest, NVidia
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