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Pictet AM : lorsque tout le monde partage la même conviction, ce n’est pas nécessairement le signe qu’il s’agit d’une bonne idée.
Lorsque tout le monde partage la même conviction, ce n’est pas nécessairement le signe qu’il s’agit d’une bonne idée.
Par Christopher Dembik, Senior Investment Adviser
L’Inde en est une parfaite illustration. Dès 2024 - et cette tendance s’est ensuite renforcée - presque tout le monde ne jurait plus que par le pays, souvent perçu comme une alternative aux actions chinoises, qui demeurent volatiles et dont les performances sont souvent décevantes. Les raisons de l’attrait pour l’Inde sont bien connues : démographie favorable, digitalisation rapide, secteur manufacturier dynamique, régime démocratique, etc.
Pourtant, la survalorisation des actions indiennes aurait dû constituer un signal d’alerte. En 2024, l’indice MSCI India se négociait avec une prime supérieure à 100% par rapport à l’indice plus large des marchés émergents, soit l’écart de valorisation le plus élevé vis-à-vis des autres marchés d’Asie-Pacifique depuis vingt ans.
Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu. Depuis le début de l’année, le MSCI India recule de plus de 5%. Sur l’ensemble de la période 2025-2026, sa performance cumulée n’est que de 2,5%. L’indice occupe désormais la dernière place de l’univers MSCI : tous ses pairs ont fait mieux, certains de plus de 10 points, d’autres de près de 70 points.
Pire encore, cette faible performance sur 2025-2026 est mesurée en devise locale. Sur les douze derniers mois, la roupie indienne a perdu plus de 9% face au dollar américain et 7,9% face à l’euro(1). Il s’agit de sa dépréciation la plus marquée depuis 2013.
Pour un investisseur étranger, parier sur les actions indiennes s’est donc révélé être un mauvais choix.
En réalité, peu de choses ont changé. Le pays et son système politique restent largement les mêmes : la bureaucratie s’est allégée mais demeure pesante, de nombreuses réformes promises n’ont toujours pas vu le jour et plusieurs engagements visant à améliorer le climat des affaires restent inaboutis. Les entreprises continuent de composer avec une forte incertitude réglementaire, alimentée par des décisions parfois incohérentes qui ne prennent pas toujours en compte les impératifs de croissance.
Parallèlement, sous l’effet d’un optimisme excessif des investisseurs, les valorisations ont fortement progressé. Le PER prévisionnel de la bourse indienne atteignait 24 fois les bénéfices, soit un niveau supérieur de 27% à sa moyenne des dix dernières années. Pour justifier de telles valorisations, il fallait que tout se déroule parfaitement. Évidemment, cela n’a pas été le cas.
À mesure que les capitaux internationaux se sont redirigés vers la reprise chinoise, les infrastructures liées à l’intelligence artificielle et, plus généralement, le rebond des marchés émergents, la prime de valorisation de l’Inde n’apparaissait plus justifiée. De nombreux investisseurs étrangers ont également été échaudés par l’incapacité de la banque centrale indienne à enrayer la dépréciation de la roupie. Résultat : les milliards de dollars de flux passifs, qui avaient souvent investi au plus haut, ont quitté le pays, exerçant une forte pression vendeuse sur les actions indiennes.
Morale de l’histoire : investir sur la seule base des fondamentaux, surtout lorsqu’ils reposent sur des dynamiques de très long terme, ne suffit pas à garantir un retour sur investissement. Ce qui compte avant tout, c’est la capacité d’exécution.
Les chiffres du chômage américain seront publiés ce jeudi, et non vendredi, en raison de la fête nationale américaine. La dynamique de l’emploi reste positive, avec 172 000 créations de postes en mai et un taux de chômage inférieur à 5%. Le débat reste toutefois ouvert quant à la trajectoire future de la Réserve fédérale. De plus en plus d’économistes craignent que la création monétaire en cours soit trop importante pour permettre un retour rapide de l’inflation vers sa cible, ce qui pourrait conduire la banque centrale à relever ses taux cette année. Certains vont même jusqu’à estimer qu’elle pourrait être contrainte de revenir sur les trois baisses de taux décidées en 2025. À ce stade, rien n’est certain. Cela souligne néanmoins l’ampleur de l’incertitude entourant l’évolution de la politique monétaire américaine dans les mois à venir.
Ce n'est pas anodin pour comprendre la position américaine dans les négociations avec l'Iran : les réserves pétrolières américaines sont actuellement à leur plus bas niveau depuis 22 ans, juste avant la saison des vacances, lorsque la consommation de carburants augmente traditionnellement.
(1) Données Bloomberg et Boursorama en date du 23 juin 2026