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Les marchés restent partagés entre prudence géopolitique, volatilité des taux et regain d’optimisme sur la trajectoire des banques centrales.
En l’absence d’avancées diplomatiques décisives, les marchés financiers continuent d’alterner entre épisodes d’inquiétude et phases de regain d’optimisme.
Après un Brent brièvement proche de 112 $/baril, une remontée des taux reflétant les craintes persistantes sur l’inflation et un repli des marchés actions, la tendance s’est inversée grâce à des espoirs renouvelés d’accord entre Washington et Téhéran. Ces espoirs ont toutefois été rapidement dissipés par les déclarations de responsables iraniens refusant le transfert de l’uranium à l’étranger.
Parallèlement, plusieurs signaux ont contribué à une détente des prix de l’énergie : deux tankers chinois transportant au total près de 4 millions de barils auraient traversé le détroit d’Ormuz et la Corée du Sud a annoncé qu’un de ses navires franchissait également le détroit avec 2 millions de barils, en coopération avec les autorités. Ces éléments ont participé à une légère accalmie sur le prix du baril, un facteur important pour l’Europe compte tenu de sa forte dépendance énergétique.
Les craintes d’inflation restent néanmoins très présentes. Même si la Fed considère, à ce stade, que sa politique monétaire est globalement adaptée, plusieurs membres se déclarent prêts à adopter une posture plus restrictive si l’évolution de la situation le justifiait. Les interrogations des investisseurs quant à la trajectoire de l’inflation se traduisent par une forte volatilité sur les taux : le 10 ans américain a oscillé entre 4,55 % et 4,68 %, tandis que le 10 ans allemand a évolué entre 3,05 % et 3,20 %. Les taux japonais étaient orientés à la hausse, dans un contexte d’inflation soutenue par la montée des pressions salariales alors que la croissance est résiliente (PIB T1 : +0,5 % en glissement trimestriel, contre +0,3 % attendu et +0,2 % au T4 2025). Pour la Banque du Japon, le constat d’une économie solide et de tensions inflationnistes persistantes milite pour une reprise des hausses de taux directeurs en juin.
Au Royaume-Uni, la baisse de 100 000 du nombre de salariés au mois d’avril, conjuguée au reflux de l’inflation sur la même période, a atténué les anticipations de nouvelles hausses de taux de la Banque d’Angleterre.
En zone euro, le ralentissement de l’activité et la normalisation progressive des pressions sur les prix renforcent l’idée que la BCE n’aura pas besoin d’un cycle de resserrement aussi agressif que ce que le marché craignait encore récemment. Dans un contexte où l’Europe souffre de vents contraires structurels – prix de l’énergie élevés, faible poids du secteur technologique dans les indices, perte de compétitivité face à la Chine – la perspective de moins de hausses de taux qu’anticipé constitue un soutien important pour les valorisations des actions.
Cette semaine, si la performance de la plupart des grands indices actions est restée globalement stable, le marché européen se distingue par une évolution positive, portée notamment par les valeurs de défense, qui enregistrent une performance de l’ordre de +7,5 % sur la semaine, ainsi que par les secteurs des utilities, des télécoms et de l’IT. Ce mouvement est d’autant plus remarquable qu’il contraste avec les messages des enquêtes d’activité : l’indice PMI composite de la zone euro est ressorti largement sous les attentes, à 47,7 (contre 48,8 attendu et 48,8 en avril), soit son plus bas niveau depuis près de deux ans et demi. Ce constat d’une économie fragilisée peut inciter désormais les marchés à intégrer un scénario de moindre resserrement monétaire de la part de la BCE, avec la perspective de moins de hausses de taux qu’anticipé précédemment.
Dans le même temps, plusieurs éléments spécifiques à l’Europe commencent à jouer en faveur de la classe d’actifs à moyen terme : le sentiment géopolitique en Ukraine, avec la perception que l’offensive russe perd en intensité et que les pressions domestiques sur Moscou se renforcent, améliore à la marge le sentiment de risque en Europe. En même temps, chaque signal de détente autour du détroit d’Ormuz est de nature à alléger la pression sur les prix de l’énergie. La saison de résultats du premier trimestre en Europe est ressortie plutôt solide. Sans atteindre l’ampleur du cycle bénéficiaire américain dominé par la tech, environ 60 % des sociétés européennes ont dépassé les attentes de bénéfices par action.
De l’autre côté de l’Atlantique, les PMI continuent de signaler une activité robuste (indice composite à 51,7 vs 51,8 attendu et 51,7 en avril), tirée une nouvelle fois par le secteur manufacturier (55,3 vs 54,5 en avril), notamment grâce à la constitution de stocks face aux risques pesant sur les chaînes d’approvisionnement. En termes de performance sectorielle, plusieurs compartiments sont en retrait – industrie, énergie, consommation – et le secteur technologique a connu des prises de bénéfices, malgré la publication de résultats supérieurs aux attentes de Nvidia, qui a par ailleurs annoncé un programme de rachat d’actions de 80 Mds$.
Nous restons positifs à moyen terme sur les perspectives boursières et avons continué d’acheter des protections à plus courte échéance pour exprimer une vigilance tactique face à la douce euphorie des marchés dans un contexte dominé néanmoins par l’absence de signaux tangibles d’une fin imminente des conflits géopolitiques. Nous conservons une vue positive sur les actions américaines, où les données macroéconomiques demeurent robustes, ainsi que sur les marchés émergents, qui bénéficient de la dynamique liée à l’énergie et à l’intelligence artificielle. S’agissant des actions européennes, elles devraient plus bénéficier d’une sortie du conflit même si les fondamentaux ont été moins favorables.
Sur les marchés de taux et de crédit, nous restons positifs, tout en demeurant vigilants face aux risques inflationnistes et à la volatilité de court terme induite par le flux de données et les développements géopolitiques.