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Entretien avec Yann Louin, directeur commercial chez Pictet Asset Management, qui présente Atlas et Sirius, deux stratégies long/short complémentaires conçues pour des marchés incertains.
Gérald : Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouveau face-à-face sur Zoom Invest. Vous savez que les temps sont quelque peu incertains, troublés, et dans ces contextes, on se tourne parfois vers des gestions dites alternatives, alternatives au sens des marchés actions ou taux.
Pour ce faire, je reçois aujourd’hui Yann Loing, directeur commercial chez Pictet Asset Management. Bonjour Yann.
Yann Loing : Bonjour Gérald.
Gérald : Je vais commencer par une question très basique puisqu’on va parler de stratégies long/short, donc à la fois acheteuses et vendeuses, soit d’actions, soit d’obligations. Quel est l’intérêt aujourd’hui pour un investisseur d’avoir dans un portefeuille diversifié des stratégies long/short ?
Yann Loing : C’est vrai que les stratégies long/short englobent un certain nombre de stratégies avec différentes composantes, différentes façons de gérer. Chez Pictet, nous avons déployé plusieurs stratégies total return ou alternatives, comme on souhaite les appeler, qui ont vocation, dans un marché fragmenté et incertain, à générer une performance positive ou en tout cas à être beaucoup plus résilientes que des stratégies longues en ligne.
L’idée, c’est véritablement de naviguer dans cet environnement assez houleux, sur lequel on n’a pas beaucoup de visibilité, pour se positionner sur la partie longue ou sur la partie courte du portefeuille, et ainsi générer une performance absolue, la plus décorrélée possible des marchés.
Gérald : Vous avez aujourd’hui deux stratégies principales que vous mettez en avant : une stratégie actions globale, Atlas, et une stratégie dette émergente, Sirius. Comment définiriez-vous l’ADN Pictet ou votre différenciation par rapport à d’autres stratégies long/short du marché ?
Yann Loing : Atlas est la stratégie un peu vaisseau amiral de notre franchise long/short. C’est une stratégie assez core, long/short actions internationales, avec un biais légèrement long, en moyenne de 20 %, et l’idée d’avoir une stratégie plutôt défensive, puisque le niveau de volatilité est particulièrement faible.
Elle a cette capacité à être mobile, très active et tactique dans ces environnements-là. Sa particularité par rapport à ce que l’on peut retrouver chez d’autres acteurs, c’est son exposition internationale. Nous allons profiter de la force du groupe à l’international : nous sommes présents dans 30 pays à travers le monde, avec 7 centres de gestion, et nous avons cette capacité à traiter des dossiers à l’international.
Sirius est un long/short obligataire exposé aux obligations émergentes, et plus particulièrement aux pays frontières. C’est une stratégie très spécifique, unique en son genre à ma connaissance, qui a la capacité d’adresser des pays qui ne sont pas du tout présents habituellement dans les allocations, comme la Serbie, la République dominicaine ou le Kazakhstan.
Nous les sélectionnons avec beaucoup d’attention, et cela fonctionne plutôt très bien également, avec un niveau de décorrélation particulièrement intéressant, notamment dans le contexte que nous connaissons depuis le début du conflit en Iran.
Gérald : Sirius, dette émergente market neutral, donc pas de biais directionnel au marché obligataire émergent. En revanche, Atlas, vous l’avez dit, a un biais long en moyenne de 20 %, avec une fourchette qui peut aller de 0 à 50 si je ne me trompe pas.
Yann Loing : Oui, c’est ce que l’on indique dans les présentations. Il n’y a pas de contrainte réelle pour l’équipe de gestion. Historiquement, on est allé un peu au-delà de 50 %, et on est descendu légèrement négatif notamment l’an dernier.
Gérald : Qu’est-ce qui fait bouger cette exposition ?
Yann Loing : Le grand avantage de ces stratégies, c’est justement qu’il n’y a pas de contrainte : pas de contrainte d’exposition brute, pas de contrainte d’exposition nette, pas de contrainte géographique, sectorielle ou de taille de capitalisation.
L’équipe de gestion est totalement libre. Elle a une double approche : une approche top-down, avec l’analyse des grands indicateurs macroéconomiques grâce à une matrice propriétaire d’indicateurs avancés, et une approche sur les entreprises, avec du stock-picking à la fois sur le book long et sur le book short.
Nous n’avons pas non plus de contrainte en termes de sous-jacents. Nous pouvons être longs ou courts sur des titres en direct, sur des indices, faire du pair trading, jouer un acteur contre un autre, être simplement longs ou simplement courts. L’idée est d’accompagner les cycles de marché, de se couvrir lorsque c’est nécessaire, comme nous l’avons très bien fait en 2020, et de se repositionner rapidement et fortement sur le marché lorsqu’une phase haussière se dessine.
Gérald : Sur Atlas, y a-t-il un biais de style du côté des gérants ? Du côté du book long, préfèrent-ils la croissance, la qualité ? Et inversement, que veulent-ils vendre dans le book short ?
Yann Loing : Il n’y a pas de biais historique. Il y a eu beaucoup d’évolution dans le portefeuille. Aujourd’hui, nous sommes principalement investis sur des entreprises cycliques de qualité, ce qu’on appelle les cycliques de qualité, et sur quelques dossiers de croissance.
Nous sommes plutôt short sur les entreprises défensives et sur les cycliques traditionnelles. Mais cela est peut-être temporaire, ce n’est pas gravé dans le marbre et cela ne fait pas partie des indications de gestion structurelles.
Gérald : Dans les deux stratégies, actions et obligataire émergent, recherchez-vous plutôt des véhicules moteurs de performance ou des véhicules diversifiants qui permettent de stabiliser un portefeuille global ?
Yann Loing : Je dirais les deux. Atlas a pour idée d’être résilient et performant dans les phases de baisse de marché. Lorsque l’on regarde la performance d’Atlas dans les dix pires mois boursiers depuis sa création en 2016, globalement, le fonds prend entre 5 % et 10 % de la baisse du MSCI World.
Cela a plutôt très bien fonctionné dans les environnements baissiers, notamment en 2020, 2022 et 2018. L’idée est ensuite de se repositionner à la hausse lorsqu’un canal haussier se dessine. Par rapport à un fonds actions classique, sur le long terme, nous serons moins performants, mais c’est véritablement un fonds prudent, avec la volonté d’accompagner les clients qui souhaitent avoir une exposition aux actions sans forcément avoir toute la contrepartie du risque.
Concernant Sirius, le format est un peu différent. L’idée est de générer de la performance, mais le grand avantage de cette stratégie est qu’elle est complètement agnostique à la géopolitique et à la macroéconomie. Le fonds réalise une performance singulière par rapport à l’environnement de marché, complètement imperméable au contexte.
C’est tout l’intérêt d’être exposé à un fonds market neutral, avec une stratégie long/short non directionnelle, et à des pays frontières. Ces pays ont un avantage par rapport aux pays émergents plus classiques : ils sont complètement indépendants de l’évolution du dollar. Depuis le début du conflit au Proche et Moyen-Orient, Sirius, malgré son exposition aux actifs émergents, est l’une des rares stratégies à être en performance positive.
Gérald : Avec tout ce trouble récent, comment les gérants ont-ils navigué sur Atlas et Sirius ? Y a-t-il eu des changements notables de direction ?
Yann Loing : Sur Atlas, nous avons complètement coupé l’exposition nette au marché. Nous étions à 17 % d’exposition en février, nous sommes passés à 9 %. Nous conservons nos biais sectoriels : nous sommes toujours principalement investis sur des valeurs industrielles, notamment la défense et l’aéronautique, comme Safran, Airbus ou Rolls-Royce, quelques valeurs technologiques, avec un élargissement des acteurs avec lesquels nous travaillons, notamment en Asie, et quelques valeurs de santé, Galderma étant la première ligne du portefeuille sur le book long.
Concernant Sirius, l’équipe de gestion s’était positionnée short sur les pays du Moyen-Orient, sur les devises du Moyen-Orient, notamment la devise israélienne, la devise du Qatar et d’Oman. Cela a plutôt bien fonctionné. Nous continuons aussi de gagner de l’argent sur les taux de certains pays importateurs de gaz, comme la Pologne, la Hongrie ou le Chili, et sur des positions dans d’autres pays comme le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan. Il y a donc pas mal de mouvements récents dans les deux stratégies, avec beaucoup d’ajustements tactiques.
Gérald : Merci beaucoup Yann. Vous nous avez éclairés sur ces stratégies alternatives : Atlas pour les actions internationales et Sirius pour la dette émergente de façon market neutral, sans sensibilité globale au marché. Rendez-vous bientôt sur Zoom Invest pour un nouveau face-à-face.