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Gérald Grant est Associé et Directeur Délégué de Fundesys , plateforme d’informations, de conseil et de services indépendante, spécialisée dans la sélection de fonds.
Gérald : Bonjour à tous et bienvenue sur Zoom Invest pour ce nouveau Face à Face. Aujourd’hui, nous recevons Geoffrey Zurda de Cigogne AM, l’une des filiales de La Française. Bonjour Geoffrey.
Geoffrey Zurda : Bonjour Gérald, ravi de vous avoir.
Gérald : Première question sur le nom. Vous vous appelez Cigogne AM. Dans la mythologie des enfants, la cigogne apporte les bébés. Vous, vous délivrez des performances. Quel est cet objectif de performance et dans quelle enveloppe de risque faites-vous cette gestion ?
Geoffrey Zurda : Notre structure est spécialisée en gestion alternative, donc on a pour vocation de générer une performance absolue indépendante des mouvements des marchés. Le budget de performance-risque associé au fonds Credit Opportunities dont je vais vous parler aujourd’hui, c’est une performance objectivée de monétaire plus 2 à 3 %, dans un cadre de risque avec une volatilité annualisée autour de 3 %.
Gérald : Vous faites bien de rappeler que nous allons parler de Cigogne Credit Opportunities, puisqu’il y a plusieurs fonds dans la gamme. Celui-ci a été commercialisé en version UCITS en 2023, mais il a déjà un track record assez ancien. J’ai envie de parler de la longévité et de la fidélité de l’équipe, constituée comme elle est aujourd’hui depuis déjà un bon moment. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Geoffrey Zurda : Oui, effectivement. Nous avons créé cette société de gestion il y a un peu plus de 20 ans, en 2004. Je suis peut-être le meilleur exemple, puisque j’ai eu la chance d’être engagé comme premier portfolio manager de cette société de gestion il y a une vingtaine d’années. Désormais, j’en suis aujourd’hui le responsable.
Les différents responsables d’activité de gestion qui sont sous ma responsabilité nous ont rejoints en 2007 ou 2008. C’est une équipe qui est là depuis très longtemps. J’ai pour habitude de dire que ce track record, cette faible rotation de nos équipes de gestion, c’est un de nos principaux atouts, parce que nous avons traversé des crises tous ensemble : crise financière, crise souveraine, Covid, crise inflationniste. Nous avons construit toute une courbe d’expérience ensemble, et cela fait partie, dans la gestion alternative, d’un avantage très précieux.
Gérald : C’est une filiale de La Française, mais il y a aussi un lien très fort historique avec le CIC, notamment à Strasbourg, avec la salle des marchés que l’on connaissait à l’époque sous le nom de CIC, aujourd’hui plutôt CIC Marchés. Comment interagissez-vous ? Dans le process de gestion, il y a une forte interaction entre CIC et vous. Comment cela fonctionne et comment validez-vous éventuellement des idées qui peuvent venir de CIC Marchés ?
Geoffrey Zurda : Notre modèle d’investissement est né dans les activités de marché du CIC, qui se sont lancées dans les années 1990 et spécialisées en gestion alternative, en stratégies de valeur relative. En 2004, puisque le track record était bon et consistant, nous nous sommes posé la question de proposer ce savoir-faire à nos clients. C’est pour cela que nous avons créé Cigogne Management, avec pour objectif de répliquer les stratégies de la salle des marchés.
Dans un format quotidien, les opérateurs du CIC nous proposent des stratégies d’investissement. Nous sommes dans une relation de conseil en investissement. Les équipes de gestion de Cigogne Management choisissent ou non d’implémenter ces stratégies, d’accompagner cette expertise de la salle, et bien évidemment d’en calibrer l’encours, parce qu’on ne gère pas un compte propre de banque comme on gère pour compte de tiers.
C’est cette double expertise : le côté ingénierie de marché amené par les traders du CIC, et le métier d’allocataire d’actifs, qui est celui de nos gérants chez Cigogne Management.
Gérald : Auriez-vous un exemple récent d’une idée que vous avez validée de la salle ?
Geoffrey Zurda : Nous avons eu la chance d’être dans un régime de volatilité assez élevé ces dernières semaines avec l’effet Trump. Il s’est passé pas mal de choses. On dit souvent que la gestion alternative se nourrit de la volatilité. Nous avons vu des mouvements de dislocation entre marchés obligataires, marchés actions, marchés cash et marchés de produits dérivés.
Par exemple, des stratégies que nous avons pu rentrer ces derniers temps, c’est l’arbitrage entre l’obligation et le CDS de référence, c’est-à-dire le produit de couverture contre le défaut. Ce sont des stratégies d’arbitrage de base. Nous en avons vu à des niveaux très intéressants, notamment par rapport à des émetteurs américains qui cherchaient à se refinancer en euros, dans un contexte aussi de dégradation du dollar. Ce sont typiquement des choses que nous avons pu faire ces dernières semaines pour profiter de la volatilité.
Gérald : La cigogne voyage beaucoup, elle voyage loin, elle traverse des intempéries. Les marchés peuvent être plus volatils. Quel est votre terrain de jeu en matière de stratégie pour vous adapter aux différents types de marchés ?
Geoffrey Zurda : La gestion alternative se nourrit de régimes de volatilité élevés. Il ne faut pas que ce soit extrême non plus, parce que même des stratégies d’arbitrage peuvent souffrir spontanément. Mais depuis deux ans, depuis la remontée des taux, maintenant plutôt dans une phase de baisse, nous avons vu un changement clair de régime de volatilité, encore exacerbé ces dernières semaines avec l’effet Trump et les tensions géopolitiques associées.
Ce régime de volatilité plus élevé, qui va certainement perdurer, est très favorable aux stratégies de valeurs relatives. Nous avons besoin de cette volatilité pour nourrir les stratégies de valeur relative.
Gérald : Les obligations convertibles sont un marché qui s’est rétréci depuis quelques années. L’arbitrage de convertibles fait partie de vos stratégies. Peut-être un mot sur ce marché ?
Geoffrey Zurda : Nous avons une expertise forte sur cette structure-là. Nous avons lancé notre fonds de convertibles il y a quasiment 20 ans. Au niveau de nos équipes de conseil d’investissement du CIC, c’est une équipe stable et reconnue historiquement. Nous continuons de nous nourrir de cette activité-là, qui est d’ailleurs très pondérée dans le fonds Credit Opportunities dont nous parlons aujourd’hui, avec plutôt un centrage sur la zone européenne ou asiatique.
C’est plus difficile de toucher du papier sur les marchés américains pour des raisons de proximité des acteurs. Mais cela reste une des classes d’actifs gérées très en vue chez nous, notamment de par les performances qui ont été très bonnes ces deux dernières années.
Gérald : Donc elle n’est pas morte.
Geoffrey Zurda : Non, elle n’est pas morte. Elle a pu souffrir d’un certain manque de marché primaire au cours des derniers mois, même si cela revient un peu ces dernières semaines. On aimerait bien qu’il y ait un marché primaire un peu plus dynamique.
Gérald : Un fonds de performance absolue alternatif est censé traverser différents climats de marché. Quand vous en parlez à vos clients ou investisseurs potentiels, le présentez-vous plutôt comme une brique satellite dans l’allocation obligataire, même si c’est de la gestion alternative, ou comme un fonds de portefeuille capable d’aider dans des phases plus compliquées ?
Geoffrey Zurda : Historiquement, la gestion alternative et les hedge funds se sont toujours un peu opposés à la gestion traditionnelle. Je préfère avoir une approche plus pragmatique : c’est un complément, cela vient en diversification, en décorrélation.
Aujourd’hui, avec des niveaux de marchés actions très hauts, des niveaux de taux qui ont tendance à baisser même si cela a baissé moins vite que prévu, nous voyons que nos investisseurs recherchent des produits alternatifs, diversifiants et décorrélés. Je pense qu’avoir 5, 10 ou 15 % de son portefeuille dans des produits de gestion alternative trouve tout son sens si l’on raisonne en allocation efficiente d’un portefeuille global.
Gérald : Peut-être justement en termes de rendement ou de performance. Le fonds est commercialisé au format UCITS depuis environ deux ans. Quels sont les résultats de gestion depuis ?
Geoffrey Zurda : Nous avons lancé ce fonds en avril 2023 et lancé sa commercialisation en juin 2023. Il va donc bientôt avoir deux ans de commercialisation. C’est un fonds qui a réalisé des performances tout à fait encourageantes, autour de monétaire plus 2 à 2,5 % sur ces deux premières années, donc dans l’objectif.
Ce dont je suis plutôt content, c’est d’avoir traversé ces dernières semaines. On nous attendait un peu au tournant en disant que les marchés avaient été favorables et que cela expliquait les performances. Montrer une très bonne résilience dans l’effet Trump et la volatilité associée, c’est aussi un faire-valoir pour justifier la solidité de ce modèle d’investissement.
Nous sommes très contents. Cela se ressent dans les performances mais aussi dans les souscriptions. Aujourd’hui, le fonds va atteindre les 200 millions d’euros d’encours sous gestion. C’est une vraie réussite commerciale. Nous voyons que cela s’accélère ces dernières semaines, avec des flux de souscription qui continuent d’arriver malgré les mouvements de volatilité.
C’est notre plus grande réussite : cela veut dire que des investisseurs ont compris que le modèle d’investissement se nourrissait de la volatilité. La volatilité se réalise actuellement et ils continuent d’abonder ce fonds. Arriver au bout de ces deux ans de commercialisation à 200 millions d’euros d’encours, ce sont des chiffres symboliques que nous serons très contents de célébrer.
Gérald : Bravo. Merci beaucoup Geoffrey de nous avoir expliqué comment fonctionne Cigogne Credit Opportunities et bravo pour cette réussite des 200 millions atteints. De notre côté, on se retrouve bientôt sur Zoom Invest pour une nouvelle interview Face à Face. En attendant, je vous souhaite une bonne fin de journée.