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Le Talk d’Eric Sakoun, directeur distribution France et Tristan Abet, Responsable de l’investissement thématique.
Benjamin : Bonjour, bienvenue dans le Talk Produits Structurés de Zoom Invest. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de recevoir Kepler Cheuvreux, avec deux éminentes personnes : Éric Sacoun, directeur de la distribution France, et Tristan Abbé, stratégiste. Bonjour Éric, bonjour Tristan.
Kepler Cheuvreux, on connaît maintenant : une grande maison, notamment sur la partie produits structurés, avec plusieurs pays implantés en Europe. Tristan, dans un premier temps, est-ce que vous pouvez nous parler du contexte de marché global, et notamment de la partie actions ? Quelle est votre vision aujourd’hui ?
Tristan Abbé : Bien sûr Benjamin. C’est vrai que c’est assez inédit et donc très intéressant, même passionnant. On a un contexte macro assez neutre. Il faut faire attention à ne pas se faire submerger par le flot de mauvaises nouvelles, toujours très anxiogènes. La réalité économique derrière, c’est plutôt une stabilité, même si, en absolu, c’est plutôt dégradé.
En revanche, cette moyenne cache des comportements très différents. Il y a des secteurs qui vont très bien et d’autres qui ne vont pas très bien. C’est la caractéristique de ce cycle économique : on ne peut plus vraiment raisonner en moyenne, ni se demander où l’on en est en termes de cycle économique, si l’on est en haut ou en bas de cycle. Cela ne veut rien dire. Il y a des secteurs en bas de cycle et des secteurs en haut de cycle.
C’est la même chose sur la partie géographique, sectorielle et thématique. Les marchés actions reflètent cela. Mais globalement, pour répondre à cette première question, il y a quand même un sentiment positif. Si les indices sont plus hauts, c’est bien parce qu’il y a un enthousiasme, une envie de croire en l’avenir, que l’avenir est prometteur et qu’il y a de belles choses à venir. Le premier moteur sur les marchés financiers reste la confiance, surtout sur le marché actions.
Benjamin : Cela fait plaisir d’entendre cela, parce qu’on est plutôt dans l’economic bashing. Quelqu’un qui apporte un peu de joie et de bonheur, cela fait plaisir. Justement, vous venez de parler de la partie thématique. Quel rôle vont jouer ces thématiques ?
Tristan Abbé : C’est très simple. Si on veut s’exposer uniquement aux secteurs les plus performants et non pas prendre un indice en moyenne, il faut bien descendre d’un cran et aller chercher les thématiques ou les constructions de portefeuille qui vont représenter le mieux les segments de marché les plus performants.
C’est cela, l’intérêt des thématiques. Notre rôle chez Kepler Cheuvreux Solutions, c’est justement de construire des solutions pour être exposés et avoir le maximum de levier sur le monde qui va bien. C’est la partie facile.
Après, on peut parfois être contrariant et se dire qu’il y a une thématique qui n’allait pas bien jusqu’à présent, mais que l’on pense avoir trouvé le point bas. C’est notre quotidien : essayer de comprendre où il y a de la valeur.
Benjamin : Merci Tristan. Éric, dans votre activité, vous avez une approche recherche dans la gestion d’actifs qui est intuitive. Est-ce possible de travailler la thématique recherche dans les produits structurés ?
Éric Sacoun : Oui, c’est une très bonne question. Aujourd’hui, on se rend compte que dans l’univers des produits structurés, et moi en tant que directeur de la distribution, j’ai cette vision de l’écosystème dans lequel on évolue, il y a beaucoup de brokers, beaucoup de faiseurs de produits structurés. Il faut donc se différencier.
Je trouve que la recherche est un élément indispensable aujourd’hui dans notre maison. Tout le monde ne le fait pas, et surtout, tout le monde ne le fait pas depuis aussi longtemps que nous. Chez nous, c’est vraiment historique, c’est l’ADN de la boîte. Elle a été construite pour cela.
Cela se voit dans les chiffres : 130 personnes dont le métier est d’analyser les actions, que ce soit aux États-Unis, en Europe ou en Asie, segmentées par secteur d’activité. Au total, cela fait quasiment 2 800 actions couvertes, sur lesquelles nous avons un avis qualifié. C’est énorme, et c’est sur cette base que nous pouvons ensuite travailler l’action en format produits structurés.
Avoir des convictions sur un secteur d’activité, sur une zone géographique, et être identifiés comme cela, cela nous permet ensuite d’arriver en rendez-vous et de répondre à des problématiques clients sur des produits structurés avec une vraie conviction sur les sous-jacents que nous avons choisis.
Il ne faut pas oublier cela. Peu importe le produit que l’on va choisir et la façon dont il va être travaillé en termes de mécanisme, si l’on choisit un sous-jacent qui n’est pas bon, cela ne fonctionnera pas. Peu importe les protections en capital que l’on peut avoir, peu importe les dégressivités que l’on peut avoir : si la société va au tapis, cela ne marche pas.
Si nous avons bien fait notre travail, si nous avons bien choisi notre sous-jacent, on crée une rémunération régulière pour le client et tout le monde est content.
Benjamin : Qu’est-ce qui fait un bon structuré ?
Éric Sacoun : C’est d’abord un bon sous-jacent. Il faut être convaincu de ce que l’on a choisi en termes de secteur d’activité. Moi, Éric Sacoun, je ne suis pas analyste. En revanche, j’appartiens à une société qui a tout un univers de valeur ajoutée.
Le marketing en faisait partie, on en avait parlé lors d’une précédente interview. La recherche et la présence de Tristan et de notre équipe en sont une autre. Aujourd’hui, il est indispensable de bien travailler l’analyse sur les actions pour bien faire un produit structuré derrière.
Benjamin : C’est toute cette recherche que vous faites, et aussi toute cette partie outils que vous apportez. C’est vraiment un environnement plus global, et non pas la simple vente d’un produit.
Éric Sacoun : Exactement.
Benjamin : Tristan, revenons sur cette partie thématique. Quelles sont les thématiques du moment ? Je crois que vous êtes sur les oligopoles, sur la tech, sur l’excellence, sur les pays nordiques. Est-ce qu’il y a une thématique qui sort du lot ?
Tristan Abbé : Il y a beaucoup de choses à dire, mais vous avez cité les oligopoles, et c’est quelque chose qui nous tient à cœur parce que c’est un sujet très économique.
Aujourd’hui, il y a beaucoup de secteurs d’activité qui sont en situation oligopolistique, c’est-à-dire où deux ou trois acteurs ont su créer des barrières à l’entrée. Il en résulte la fameuse rente de monopole. Si l’on pense que, sur les marchés boursiers, ce qui fait la performance de long terme, ce sont les profits, favoriser des sociétés qui ont une rente de monopole devrait être une bonne stratégie d’investissement à long terme.
C’est l’une de nos stratégies phares. Ce que j’aime avec cette thématique, c’est qu’elle est très diversifiante. Aujourd’hui, on parle beaucoup d’IA, cela devient un peu insupportable, comme si le marché était monothématique. La réalité, c’est qu’au sein des marchés actions, plusieurs segments fonctionnent bien.
Dans les oligopoles, vous n’avez pas que la tech. Vous avez Spotify dans le streaming musical, l’équivalent Netflix, ce n’est pas vraiment de la tech, c’est de la consommation. Vous avez les médicaments pour animaux, avec deux sociétés dans le monde : c’est un duopole. Dans la finance, vous avez les fournisseurs d’indices, le fameux MSCI, que l’on ne peut pas concurrencer comme cela. Il y a beaucoup d’autres exemples.
Cela permet d’avoir un portefeuille diversifié, mais de jouer en sous-jacent cette rente de monopole.
Notre métier, c’est d’identifier des thématiques, soit séculaires comme les oligopoles, soit plus tactiques. En ce moment, nous poussons beaucoup tout ce qui est sur le nucléaire, non pas parce que c’est un effet de mode, mais parce que c’est aussi une réalité.
On se rend compte qu’il y a des besoins, pas seulement liés à l’IA et aux data centers, mais aussi à la transition énergétique. Cette énergie décarbonée a de la valeur et ce sont des cycles longs. En bourse, on aime bien les cycles longs pour éviter de tomber dans les pièges de la mode du moment. Tactiquement, on peut donc s’intéresser à des valeurs du nucléaire, des extracteurs d’uranium jusqu’aux utilities qui fournissent de l’électricité à base de nucléaire.
Benjamin : Merci beaucoup Tristan pour ces points. Il y en aurait plein d’autres. Vous reviendrez, parce que les pays nordiques, je trouve cela absolument passionnant. Éric, comment les CGP accèdent-ils à ces thématiques chez vous ?
Éric Sacoun : Nous avons plusieurs formats en place. Cela va de la newsletter que l’on envoie tous les lundis ou tous les quinze jours pour expliquer que nous avons une nouvelle thématique. C’est une première qualité d’information que nous transmettons à nos partenaires CGP pour qu’ils soient au courant de ce que nous faisons.
Ensuite, de manière assez régulière, Tristan nous envoie aussi les performances passées et actuelles des thématiques lancées en 2024 ou en 2023. Nous avons un vrai suivi sur nos thématiques. Cela permet à nos partenaires CGP de se rendre compte du travail réalisé sur les thématiques, même s’ils ne les ont pas forcément jouées, et de se dire que le travail est suivi dans le temps.
Ensuite, cela se transfère aussi au format de produits structurés. Nous lançons régulièrement des idées que nous envoyons en expliquant qu’il y a un vrai rationnel, par exemple sur les oligopoles, une thématique à laquelle j’adhère beaucoup. Cela permet de se différencier avec des thématiques différentes.
On peut aussi jouer sur les formats AMC. On va alors directement acheter le panier d’actions. Pour rappel, l’AMC est une enveloppe qui peut ressembler à un fonds, sur laquelle on va chercher une liste d’actions prédéfinies, par exemple sur la thématique oligopole. Là, on est vraiment indexé au marché : on n’est pas dans un produit structuré avec un coupon, on est dans une vraie performance.
La dernière manière de l’utiliser, c’est de créer des indices avec des décréments que l’on a l’habitude de voir. Nous sommes beaucoup plus fans des décréments que des points. Tous les indices que nous avons lancés aujourd’hui valent plus que 1 000, donc le décrément 50 points vaut moins que 5 %. C’est plutôt un bon travail de notre part.
C’est le dernier moyen d’utiliser ces thématiques en produits structurés : nous créons nos propres indices sur nos convictions, puis nous faisons jouer ces sous-jacents en produits.
Benjamin : Messieurs, merci beaucoup pour toute cette actualité chez Kepler Cheuvreux. Vous étiez déjà venus, vous êtes revenus, revenez encore une troisième fois. Plus vous en parlerez, mieux ce sera pour vous. Merci beaucoup, plein de bonnes choses chez Kepler Cheuvreux. Que les gens n’hésitent pas à venir vous voir, il y a toute une grande équipe avec plein de choses possibles. À très bientôt chez Zoom Invest.
Tristan Abbé : Merci beaucoup.
Éric Sacoun : Merci.