Actions
1Obligations
1Flexibles
1L'essentiel de l'actualité patrimoniale et financière pour les CIF, chaque matin dans votre boîte mail.
Aurelio Rodriguez explique comment Arkea Asset Management associe souveraineté européenne, gestion quantitative et maîtrise du risque.
Dans ce Face à face, Aurelio Rodriguez, gérant chez Arkea Asset Management, détaille la logique d’Arkea Focus European Economy, un fonds inscrit dans la thématique de la souveraineté européenne.
Il explique comment l’équipe combine approche quantitative, sélection d’entreprises réellement ancrées en Europe et couverture macro permanente pour apporter davantage de flexibilité à la gestion thématique.
Bonjour à tous et bienvenue sur Zoom Invest pour ce nouveau Face à face. Aujourd’hui, nous allons parler Europe et plus précisément souveraineté européenne, même si le nom du fonds ne le mentionne pas. Nous allons interviewer Aurelio Rodriguez, gérant chez Arkea et notamment gérant du fonds Arkea Focus European Economy. - Bonjour Aurelio. - Bonjour Gérald. J’aurais envie de poser une première question puisque vous nous expliquez que dans ce fonds, vous voulez capitaliser sur le renouveau de l’économie européenne. Y a-t-il vraiment un renouveau de cette économie européenne ? Nous, nous sommes convaincus qu’il y a un renouveau de l’économie européenne. Pourquoi ? C’est la conséquence de plusieurs événements.
Il y a déjà eu le premier événement, la crise du Covid. On s’est aperçu que l’Europe n’était pas indépendante sur la gestion de ses stocks, notamment de masques et de produits dits de santé. Ça a été une première confrontation. Puis, on a eu la guerre en Ukraine qui nous a mis face à nos problématiques énergétiques et d’approvisionnement. On s’est aperçu également d’une nécessité de pouvoir s’affranchir de ces dépendances, notamment russes.
Enfin, on a des éléments peut-être plus politiques, de gouvernance, comme l’arrivée au pouvoir de Donald Trump déjà en 2016, puis de nouveau l’année dernière, qui ont mis les États-Unis un peu à l’écart, ils se sont mis en retrait, et qui nous ont finalement poussés, nous l’Europe, à devoir trouver une réponse pour pouvoir maîtriser notre outil de production, maîtriser nos approvisionnements. L’Europe, aujourd’hui, face notamment à ces deux blocs bilatéraux que sont les États-Unis et la Chine, n’a pas le choix que de réagir et de reprendre son destin en main, de s’affranchir de ses dépendances, de tracer son propre chemin.
Ce renouveau passe par une stratégie à mettre en place pour pouvoir maîtriser son outil de production, ses approvisionnements, de façon à pouvoir évoluer dans un nouveau monde, un nouveau paradigme qui est en train de se dessiner aujourd’hui. Arkea European Economy s’intègre dans une gamme de fonds thématiques chez Arkea Asset Management. Ce fonds-là a la particularité, comme toute la gamme d’ailleurs, d’être géré par une équipe, on peut le dire plutôt de quants, d’ingénieurs quantitatifs à la base qui sont bien évidemment rodés à la finance.
C’est vrai que sur des gestions thématiques, ce n’est parfois pas intuitif de penser qu’on peut gérer un profil tel que celui-ci avec des visions quantitatives, des filtres, car finalement les thèmes, c’est des convictions, c’est du storytelling. Comment réconciliez-vous cette "opposition faciale" entre quant et thème ? C’est un souhait, c’est volontaire. C’est une façon de nous démarquer, de proposer une nouvelle façon d’adresser la gestion thématique. On aurait pu appeler ça la gestion thématique 2. 0, peu importe.
Avec notre expertise historique de gestion quantitative, on va être en capacité d’utiliser des outils quantitatifs, non pas seulement pour faire des filtres, ce qui est déjà fait par plusieurs de nos pairs, mais également dans la gestion du fonds, dans la construction du portefeuille, la gestion des positions au quotidien, la gestion du risque, et nous permettre d’être plus réactifs et d’avoir une caractéristique beaucoup plus réactive et flexible dans la gestion de notre propre fonds. Je suis d’accord, souvent la gestion thématique s’inscrivait dans un temps long, puisqu’on dit : on va adresser une grande tendance qui remodèle l’économie... À la limite, pas besoin de toucher au portefeuille car c’est du long terme. Exactement.
- Vous allez à l’encontre de cette idée. - Voilà. Sauf que les investisseurs ont été, je pense, suite notamment à 2022, un peu déçus par ce type de gestion, car il fallait espérer, oui le thème est peut-être porteur, mais il fallait croiser les doigts pour que le thème soit performant. On les laissait investir sur des sociétés qui pouvaient ne pas avoir d’appréciation, en tout cas se retrouver dans des parcours boursiers difficiles. En 2022, on a vu des fonds thématiques avec des drawdowns de plus de 30 %. Ce qui nous semblait une aberration.
On s’est dit, "On va apporter notre compétence quantitative" — on a aussi une expérience en hedge funds —, pour pouvoir dire "D’accord, on va exploiter le thème", mais ce qui est important, c’est d’être investi sur des sociétés du thème au bon moment, et de pouvoir se positionner quand elles ont un potentiel d’appréciation vraiment intéressant, et inversement, de pouvoir en sortir si ce n’est plus adéquat. Ce n’est pas uniquement des histoires de filtres, le quant, mais ça permet d’ajouter du dynamisme et de la flexibilité à la gestion au quotidien du fonds ? Tout à fait. Qui dit quant dit en général qu’on contrôle un peu plus le risque, normalement.
Je crois savoir que dans votre fonds, comme dans tous les fonds thématiques, vous avez aussi ce qu’on appelle un overlay ou une couverture, notamment systématique des risques un peu extrêmes du portefeuille. Pouvez-vous nous en dire un mot et de quoi il s'agit, sans entrer dans le détail ? Tout à fait. C’est l’un de nos trois points différenciants. Le premier point, c’est l’utilisation d’outils quantitatifs, que je mentionnais juste avant. Ensuite, on a une intégration d’objectifs extrafinanciers ambitieux, peut-être qu'on en reparlera. Le troisième point, c’est la présence d’une couverture systématique macro permanente. Elle sera tout le temps en position dans notre portefeuille.
L’idée, c’est d’ôter à l’investisseur le stress du mauvais timing. Souvent, on dit : "J’aimerais investir sur les actions, mais j’ai peur d’investir au plus haut. " Notamment en ce moment, les marchés sont au plus haut. "Je vais attendre le bon timing", mais on peut attendre très longtemps. Et au moment où une crise se matérialise, on est tétanisé et on ne fait rien. Pour enlever ce stress du bon timing, nous avons ajouté cet overlay de couverture. Il permet au fonds, en cas de fort crash de marché, de scénario type 2008 ou 2020, de pouvoir couvrir le portefeuille et d’apporter de la performance sur cette baisse importante du marché. C’est clair. Vous payez une prime d’assurance en cas de risque extrême.
Et à la limite, on espère que cette prime soit perdue et que le marché continue et que vous en profitiez sur vos positions longues. C'est ça. Ok. Peut-être comprendre un peu votre univers d’investissement, puisque vous avez quatre piliers principaux qui déterminent comment une société peut entrer dans le portefeuille. Pouvez-vous nous les décrire rapidement, nous expliquer comment vous choisissez ces sociétés pour les faire rentrer dans le portefeuille ? Sur la thématique de la souveraineté européenne, plutôt que de se limiter à quelques secteurs très spécifiques, ce qui est souvent le cas... C’est d’ailleurs l’une des critiques qu’on a pu faire en regardant la façon dont la gestion thématique œuvrait, parfois un peu trop mono-secteur.
Pour la souveraineté, ça peut être quelques secteurs emblématiques, mais sur d’autres thématiques, parfois c’est très mono-secteur. Nous avons décidé d’avoir une approche très transverse de la souveraineté. Plutôt que de viser des secteurs, on cible des entreprises qui ont une réelle activité en Europe. Parce qu'on considère que s’affranchir de ses dépendances et tracer son propre chemin pour l’Europe, ce dont on parlait tout à l'heure, ça concerne de nombreux domaines et de nombreux secteurs. On a les secteurs emblématiques, la défense, l’énergie, la santé, mais aussi les systèmes financiers, le numérique, et d’autres secteurs peut-être moins reconnus dans la définition classique.
Comment on détermine si l’entreprise a une activité très intégrée sur le territoire européen ? On le fait à partir d'un prisme de quatre facteurs : la localisation des sites de production, des infrastructures productives, l’emploi, les investissements que l'entreprise réalise et l’analyse de sa chaîne d’approvisionnement. Ce qui est très important, pour savoir de quelle manière elle pourrait être mise en difficulté en cas de problème. Pouvez-vous nous donner un exemple ? Vous m'aviez évoqué l'exemple emblématique de Zara. En deux mots, c'est très intéressant pour comprendre la façon dont vous travaillez. Zara est représenté par la société Inditex en Espagne.
Quand on regarde les sites de production, en tout cas les bâtiments de l'entreprise, on va retrouver des bâtiments majoritairement en Espagne. Je crois qu'il y en a 14, de mémoire. Et il y en a sur le territoire européen. Si on fait une analyse standard, on va s'apercevoir qu'elle est éligible, elle est 100 % européenne, elle a ses emplois en Europe, tout va bien. Mais en analysant la chaîne d’approvisionnement, le scope 2, on s’aperçoit que 100 % de sa chaîne d’approvisionnement est hors du territoire européen. Ils s’appuient sur des sous-traitants en Asie et en Afrique du Nord, par exemple. C'est la preuve que les produits fabriqués par Zara ne sont pas faits sur le territoire européen, donc il n'y a pas de question de souveraineté.
Par contre, ils sont distribués une fois reçus sur le territoire. C’est le type d’entreprise qu’on ne veut pas avoir dans le portefeuille, que l'on trouve ne pas du tout s'intégrer dans la thématique. J'ai une question qui me semble importante : y a-t-il un risque sur l’exécution des plans de relance des pays européens, notamment la France et l'Allemagne, très endettés, des déficits publics et budgétaires importants ? Comment faire, sur le côté public, pour financer tout ce renouveau économique européen ? Est-ce qu'il y a les moyens de le faire ?
L’électrochoc, qui a été subi par quelques événements, a été bien pris en compte par nos politiques puisqu’ils ont annoncé des plans massifs d’investissement, au niveau public et privé, avec l'incitation de l'épargne privée à accompagner ces investissements dans des secteurs importants de la souveraineté, notamment par exemple la défense. On observe des incertitudes, l’évolution des probabilités de réussite, d'atterrissage de ces plans. On a beaucoup parlé cette année, notamment des plans en Allemagne.
Ce qu'on va faire, avec notre approche quantitative, nos outils, on analyse comment les entreprises, via leur parcours boursier, sont positionnées dans de bonnes dynamiques, donc très recherchées par les investisseurs, et on va pouvoir se positionner en fonction de l'évolution de ces probabilités. À titre d'exemple, sur le secteur de la défense, on a commencé à augmenter notre exposition en fin d'année dernière, passant de 2 % à presque 20 %, très rapidement. On a obtenu une très belle performance sur le secteur sur le premier semestre. Puis la dynamique s’est tarie, et c’était en ligne avec ces incertitudes de financement sur ces plans. On s’est naturellement désengagé. Et aujourd'hui, on est investi à moins de 10 % sur le secteur.
On l'a vu par exemple le mois dernier avec des valeurs emblématiques qui ont perdu plus de 10 % sur le mois d'octobre. Tout ça, c'est très intéressant. Les résultats, les performances, qu'est-ce que ça donne depuis ce repositionnement fin 2023 de ce fonds, qui auparavant n'était pas orienté sur cette souveraineté européenne ? Ça donne quoi en perf ? C’est un point important. Nous avons repris la gestion d’un fonds existant. Cette gestion est appliquée depuis le 31 décembre 2023. Nous avons une année pleine, 2024, plus cette année 2025. Sur l’ensemble de la période, on a une performance de 34 % cumulée, répartie en 11 % en 2024 et le reste en 2025. Je parle sur la classe retail du fonds. Ce qui est une très belle performance.
Si on la compare à l’indice de référence, on est en surperformance. Par rapport à nos peers, on est extêmement bien placé. Ça comprend la surperformance qu’on génère avec notre style de gestion, tout en finançant notre overlay de protection, la couverture macro. Aujourd’hui, nous sommes très bien positionnés pour finir l’année dans de très bonnes conditions. Pour terminer cette interview, ce fonds thématique fait partie d’une gamme. Pouvez-vous nous rappeler rapidement les autres portefeuilles que vous gérez dans l’équipe thématique, et lequel vous affectionnez particulièrement ? Nous avons lancé une gamme thématique. Le fonds sur la souveraineté européenne, European Economy, était le deuxième de la gamme.
Nous avons un fonds sur le bien-être humain, qui est, comme le fonds European Economy, un fonds sur l’Europe. Nous avons la thématique aussi de l’intelligence artificielle, incontournable. - Où il y a du monde à concurrencer. - Exactement. Très challenging, très intéressant, avec un focus important en ce moment. Nous avons un fonds sur l’éthique, un peu niche, sous format d’un certificat, très récemment lancé. Enfin, le dernier fonds qu'on vient de lancer, qui est le fonds que j’affectionne particulièrement en ce moment. On est très fier du travail réalisé avec le CDP. C’est un fonds sur la thématique de la sécurisation de l’eau. Pourriez-vous redire l'acronyme CDP, pour ceux qui ne connaîtraient pas ? Carbon Disclosure Project.
Il y a le mot "carbone". Initialement, ils se sont fait connaître sur la collecte d’informations sur les émissions carbone des entreprises. Ils envoient des questionnaires aux entreprises sur leurs émissions et ils ont étendu ce questionnaire à l’eau, aux forêts, et à la biodiversité. On exploite les données sur l’eau, comment les entreprises exploitent la ressource en quantité et en qualité. Cette thématique de la sécurisation de l'eau est une thématique transverse, car elle concerne toutes les entreprises, tous les secteurs.
Elle permet de savoir quelles entreprises sont les mieux positionnées pour répondre à la problématique de l’amoindrissement de cette ressource et des problématiques qu’elles engendrent pour les décennies à venir, afin de se démarquer de la concurrence. Merci beaucoup Aurelio. Merci à tous de nous avoir écoutés. Vous aurez compris que chez Arkea Asset Management, on s’est lancé aussi depuis plus de 2 ans dans les thématiques. On a parlé de la souveraineté européenne, mais il y a bien d’autres choses. Vous aurez compris également qu’une équipe quantitative peut faire de la thématique avec conviction. Merci à tous de nous avoir suivis sur Zoom Invest et on vous donne rendez-vous dans un prochain Face à face !