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Dix ans après son lancement, EdR Fund Big Data reste fidèle à sa conviction fondatrice : la donnée est l'actif stratégique. Jacques-Aurélien Marcireau, gérant chez Edmond de Rothschild Asset Management, explique pourquoi ce fonds d'actions internationales à coloration technologique conjugue exposition à la donnée et discipline stricte sur les valorisations.
<p>Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de Face à Face sur Zoom Invest. Aujourd'hui, nous allons accueillir un gérant que vous connaissez certainement : Jacques-Aurélien Marcireau de chez Edmond de Rothschild Asset Management. Il gère le fonds EdR Fund Big Data.</p>
<p>Ça sera l'occasion de lui souhaiter un joyeux anniversaire, puisque Jacques-Aurélien, on va fêter bientôt les 10 ans de ce fonds. Bon anniversaire ! Merci Gérald.</p>
<p>Bonjour à tous. Pour la petite histoire, j’ai eu la chance de voir démarrer Jacques-Aurélien il y a dix ans sur ce fonds, à l’époque où on était sur le même plateau. C’est un flashback assez intéressant.</p>
<p>Avant tout, je voudrais poser un peu le contexte, puisque EdR Fund Big Data n’est pas un fonds technologique, comme certains pourraient le penser avec ce nom-là, mais plutôt un fonds d’actions internationales à coloration technologique, sur un indice de référence MSCI World. J’aimerais poser cette première question : pourquoi ce choix, Jacques-Aurélien ? C’est une bonne question, Gérald.</p>
<p>Le choix de faire un fonds thématique monde, et non pas un fonds technologique, est lié à la thématique que l'on a choisie, la donnée. La conviction qu'on avait à l'époque, il y a plus de 10 ans maintenant, était que la donnée est l'actif stratégique. Un algorithme, d'IA ou autre, n’est jamais aussi fort que la donnée sur laquelle il est entraîné.</p>
<p>Hier, comme aujourd’hui et comme demain, on reste convaincu que la donnée est l’actif stratégique. Et la donnée, on la trouve dans tous les secteurs, d’où cette volonté d’aller chercher des acteurs à travers l’économie. Et d'où un univers d’investissement qui se divise en deux grands segments : les data users, donc les utilisateurs, et les data providers.</p>
<p>Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur cette séparation du monde de la donnée, et surtout comment est-ce qu'elle a évolué au cours des 10 dernières années ? Clairement. La façon la plus simple de l’illustrer, c’est du côté des fournisseurs de technologie, évidemment Nvidia est l’entreprise qui vient à l’esprit de tout le monde, car ils fournissent la puissance de calcul pour analyser ces données à travers les algorithmes d’intelligence artificielle.</p>
<p>De l’autre côté, prenons un assureur. C'est quoi le métier d'un assureur ? Il va estimer les risques compte tenu des données disponibles, et ensuite, il mutualise ce risque.</p>
<p>Revenons sur la première partie : estimer un risque compte tenu des données disponibles. On est clairement dans un métier où la donnée est centrale et où l'utilisation de ces datas peut être transformante, d'où cette volonté d'avoir ces deux composantes. Comment ces composantes ont évolué ?</p>
<p>Il y a plusieurs choses. L'univers des fournisseurs de technologie s'est accru. Il y a eu beaucoup d'introductions en bourse, parfois avec trop d'exubérance.</p>
<p>On pourra peut-être en reparler. De l'autre côté, la technologie se diffuse dans l'économie. Des secteurs qui n'étaient pas forcément concernés par le Big Data et par l'IA le sont de plus en plus.</p>
<p>D'ailleurs, certaines sociétés ne sont technologiques qu'en apparence. Uber, quand ils ont fait leur introduction en bourse, ils se sont appelés Uber Technologies. Mais au fond, ce n'est jamais qu'une compagnie de taxis avec une application et des algorithmes très au-dessus des standards de marché à l'époque.</p>
<p>Merci Jacques-Aurélien. On vient de passer 10 ans. Il s'est passé beaucoup de choses sur les marchés, sur l'économie, en 10 ans, beaucoup de transformations.</p>
<p>Je pense qu'en 2015, l'IA telle qu'on la connaît aujourd'hui dans notre usage au quotidien, comme ChatGPT ou d’autres, n'existait pas. Comment as-tu pris ces changements dans la gestion du fonds en compte ? Y a-t-il eu de gros changements de biais par rapport à ces transformations ?</p>
<p>Plusieurs choses ont changé. Au lancement du fonds en 2015, nous n'avions pas prévu ChatGPT, qui est quelque part un renforcement de la thématique. L'IA générative vient en renforcement de la thématique initialement.</p>
<p>Plusieurs choses ont changé. Si on part des marchés, il y a 10 ans, il fallait convaincre de l'intérêt de la donnée, de l'intérêt de la thématique. Aujourd'hui, on passe très peu de temps à convaincre les investisseurs puisque tout le monde sait que c'est transformant et que ça va influer sur l'économie dans son ensemble.</p>
<p>Là où aujourd'hui on passe beaucoup plus de temps, c’est ce qui a changé en 10 ans, c'est qu'on rappelle la discipline sur les valorisations et le fait que l'investissement dans l'innovation n'est pas un investissement sans risque. Et dans l'innovation, il y a deux façons de perdre de l'argent : soit on investit beaucoup trop tôt, soit on paye beaucoup trop cher pour une belle entreprise. Et ces deux risques sont aujourd'hui très présents sur la thématique.</p>
<p>Donc ce qui a changé, c'est que la discipline sur les valorisations prend peut-être plus d'importance dans notre travail aujourd'hui qu'à l'époque. C'est important de le dire. Dans EdR Fund Big Data, des années un peu plus compliquées pour les marchés, et notamment pour le segment de la technologie, vous avez réussi à bien vous en sortir.</p>
<p>Je pense évidemment à 2022 qui a d'ailleurs coïncidé non seulement avec la bonne performance relative au marché à l'essor des encours du fonds, qui sont aujourd'hui à plus de 2,4 ou 2,5 milliards, quelque chose comme ça. Tout à fait. Comment est-ce qu'on gère non pas des critiques mais des questions sur "Bah oui, mais c'est de la tech, mais pourquoi ce biais value/valorisation ?" "Jacques-Aurélien, vas-y, achète des choses un peu chères, pourquoi tu n'y vas pas plus franchement ?" Comment est-ce qu'on répond à ces questions ?</p>
<p>On y répond très simplement. On assume totalement ce côté un peu vieux jeu, conservateur, cette discipline qui paraît un peu surannée par moment, mais qui est finalement en ligne avec l'ADN Edmond de Rothschild. Notre objectif, c'est de s'inscrire dans le temps, ce n'est pas forcément d'être le meilleur des classements une année donnée.</p>
<p>Et donc c'est vrai que ça nous a fait rater des opportunités, ça nous fait faire parfois ce qu'on pourrait qualifier d'erreur... Typiquement, Nvidia est dans le portefeuille depuis 2015, on est sous-pondéré Nvidia depuis la fin 2024, donc assez récemment. Mais ça nous a quand même coûté en performance.</p>
<p>En relatif. Donc cette discipline-là, c'est quelque part une certaine assurance-vie qu'on se donne parce qu'on sait que quand le marché change d'humeur, on résistera mieux. Par contre, c'est vrai que des investisseurs qui aujourd'hui sont très enthousiastes et ont envie d'avoir une approche agressive, proactivement, je leur dirais de ne pas souscrire dans ce produit, qui est plutôt dans une logique patrimoniale, même si -disclaimer- évidemment c'est un fonds actions avec un risque actions.</p>
<p>C'est clair. Et aujourd'hui, dans ce monde de la tech et de la donnée, quels sont les segments, selon toi, les plus porteurs et qu'il ne faut pas rater, et sur lesquels tu "joues" ? On ne joue pas avec nos métiers, mais sur lesquels tu investis aujourd'hui ?</p>
<p>Il y a deux segments dont j'ai envie de partager la conviction avec nos auditeurs. Le premier, c'est la santé. C’est contre-intuitif parce que c'est un segment...</p>
<p>Qui souffre beaucoup. Qui souffre et qui est très attaqué. Exactement.</p>
<p>C'est un secteur qui est attaqué, qui souffre beaucoup et qui en est encore qu'à ses balbutiements en termes d'intégration de l'IA et l'IA générative. Pourquoi ? Parce que la donnée dans les systèmes de santé, que ce soit le système de santé français, américain ou autre, est encore extrêmement silotée.</p>
<p>C'est-à-dire que typiquement, les acteurs ne se parlent pas, la donnée ne circule pas. Mais le jour où on va se rapprocher de jeux de données unifiés, l'innovation est immense. Et une innovation qui peut bénéficier à toutes les parties prenantes : le patient, celui qui fournit les soins, le système de santé dans son ensemble, et évidemment le fournisseur de l'innovation.</p>
<p>Donc la santé sur 10 ou 15 ans, ça me paraît un thème excellent à partir d'aujourd'hui. Donc dans le fonds Big Data, par exemple, pendant très longtemps, on n'avait quasiment pas de santé en portefeuille. Aujourd'hui, on est proche d'une dizaine de pourcents.</p>
<p>Reparlons-nous dans 3 à 5 ans, je pense que ça pourrait être 20-30% du fonds, car c'est l'endroit où il y aura le plus de valeur créée. D'ailleurs, petite anecdote, aujourd'hui, les données de santé en croissance sont bien supérieures à la croissance des données du Web ou de vidéos de chats, etc. Aujourd'hui, le type de données qui croit le plus vite, c'est les données de santé.</p>
<p>C'est un premier point. Et un exemple d'une valeur phare aujourd'hui dans le portefeuille sur ce segment ? Dans le domaine de santé, si je devais donner une illustration récente, un acteur comme Illumina, qui est le leader mondial dans le séquençage génomique, c'est évidemment au cœur de la révolution des données parce que c'est comprendre le génome, comprendre les interactions entre le génome, l'environnement, etc.</p>
<p>On est dans quelque chose d'extrêmement complexe sur lequel toute la puissance de l'intelligence artificielle actuelle ne sera pas de trop pour percer certains des mystères des sciences de la vie. Et sur ces segments-là, notamment Illumina, les valorisations restent abordables, selon toi ? Le secteur de la santé a extrêmement souffert depuis maintenant 3, 4 ans.</p>
<p>C'est le secteur le plus mal-aimé du marché. Trump y est pour quelque chose. Clairement, les valorisations ne sont pas le problème sur ce segment-là, de façon générale.</p>
<p>Justement, tu parlais de Trump, le contexte politique et de l'administration américaine a beaucoup évolué depuis 6-9 mois bien évidemment. Est-ce que ça a induit des changements dans ta gestion depuis, ou pas du tout ? Les changements induits dans la gestion ?</p>
<p>Je pense qu'on a augmenté notre niveau de prudence sur notamment nos hypothèses macroéconomiques, c'est-à-dire que le fonds est géré de manière bottom-up, mais on est très prudent sur l'évolution de l'économie américaine, donc on préfère avoir des hypothèses conservatrices sur les croissances, sur les sociétés qui ont un petit peu de cycle dans leur driver de croissance. C'est un point important. Ensuite, aujourd'hui il est imprévisible, donc je pense que beaucoup d'entreprises se sont résignées à ne plus finalement essayer de faire des prévisions.</p>
<p>Prenez l'exemple de Nvidia, qui a publié hier soir. Est-ce que Nvidia pourra vendre en Chine, pas vendre en Chine, avec une taxe américaine, pas de taxe américaine ? Quelles typologies de processeur pourront être vendues ?</p>
<p>C'est des choses qui bougent d'une semaine à l'autre. Face à cette "volatilité", notre solution, c'est de prendre les hypothèses les plus conservatrices possible. 10 ans de gestion, 10 ans de performances plutôt bonnes par rapport à MSCI World.</p>
<p>J'aurais envie de terminer avec trois questions flash, Jacques-Aurélien. Je t'en prie. États-Unis, récession ou croissance ?</p>
<p>Plutôt récession. Nvidia ou Microsoft ? Nvidia tous les jours.</p>
<p>Nvidia, cher ou pas cher ? Tout dépend de tes hypothèses sur l’essor de l'intelligence artificielle générative. Je pense que cher ou pas cher, en tout cas leur statut de leader pour moi n'est absolument pas en danger.</p>
<p>Merci beaucoup Jacques-Aurélien pour tous ces éclairages. Vous l'aurez compris, EdR Fund Big Data est un fonds d'actions internationales avec une coloration tech, et notamment sur la gestion, l'usage de la donnée, qui est le thème majeur de ce fonds, qui a été lancé le 31 août 2015. On sera vraiment très intéressé de voir la suite de ses performances dans un univers en plein changement.</p>
<p>Merci à tous et à bientôt pour un nouveau numéro de Face à Face sur Zoom Invest.</p>