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Dans ce troisième épisode, Stéphane Van Huffel reçoit Meyer Azogui , Président de Cyrus , figure pionnière et aujourd’hui incontournable de la gestion de patrimoine en France.
Stéphane : Bienvenue sur Zoom Invest en cette rentrée de septembre 2025 pour ce nouvel épisode de Track Record. Aujourd’hui, on ne le présente plus : je reçois Meyer Azogui. Merci beaucoup de te joindre à moi pour cet épisode de Track Record.
Meyer Azogui : C’est un plaisir d’être là.
Stéphane : Je l’ai dit, on n’est pas obligé de le faire, mais est-ce que tu peux te présenter en moins d’une minute ?
Meyer Azogui : Bien sûr. J’ai 62 ans, trois enfants, trois filles formidables, et je suis l’homme d’un seul projet professionnel puisque j’ai passé toute ma vie à construire Cyrus depuis 1989. Je n’ai rien fait avant et je ne ferai rien après.
Stéphane : Parfait. Cela fait une très bonne transition. Avant qu’on parle justement de cette belle aventure Cyrus, parce que c’est quand même quelque chose d’assez exceptionnel, je pose cette question à chaque fois à mes invités de Track Record : tu es en terrasse en train de boire un verre avec des amis. Comment, dans ta vie, tu as expliqué ton métier ? Il a été évolutif : CGP, chef d’équipe, patron, private equity. Comment aujourd’hui tu expliques ce que fait Meyer Azogui ?
Meyer Azogui : J’ai eu deux métiers. J’ai eu un métier que j’adore, une passion, qui est la gestion de patrimoine. Quand je plaisantais, je disais : je fais du social pour les riches, et les problèmes de riches n’en sont pas moins des problèmes.
J’ai adoré conseiller des particuliers, des chefs d’entreprise, des familles, dans la gestion de leur patrimoine. Je ne dis plus gestion de patrimoine parce que, quand on parle de son patrimoine, on a l’impression qu’on travaille avec l’architecte des bâtiments de France. Je dirais plutôt être le tiers de confiance d’un dirigeant, d’une famille, pour l’aider à gérer l’intégralité de son patrimoine avec tous les aspects juridiques, fiscaux, financiers, etc.
Cela, c’était la première partie de ma vie pendant près de 25 ans. Aujourd’hui, je suis dirigeant d’entreprise. Mon métier n’est plus tout à fait le même. C’est d’animer des équipes, c’est de voir long. Je crois que mon métier aujourd’hui essentiel, c’est de ne pas être dans le quotidien.
Il y a plus de 500 personnes dans le groupe qui se répartissent très bien les tâches. Mon métier, ma fonction, c’est gardien du temps : regarder loin, le plus loin possible, malgré la pression du court terme, malgré la pression de tout ce qu’on voudra, certains diront les fonds d’investissement, c’est-à-dire où sera le marché demain et comment je peux amener cette structure et les personnes qui m’entourent à réussir.
Cette vision de long terme, en termes pompeux, c’est de la stratégie. Au quotidien, c’est de la bienveillance et de l’exigence, comprendre où va notre marché et ne jamais oublier que sans nos clients, on n’est rien du tout.
Stéphane : Justement, pour en arriver là, je vais te laisser la main, parce que je sais que tu es un bon raconteur d’histoires. Parlons un peu de ton parcours. Comment on fait pour rentrer chez Cyrus finalement assez jeune, avec un bagage à la base qui n’est pas forcément évident pour faire de la gestion de patrimoine ? Raconte-nous un peu ta jeunesse. Comment on est arrivé là et qu’est-ce qui a été déterminant pour te donner envie de suivre cette aventure ?
Meyer Azogui : Je serais incapable d’y répondre, parce qu’on peut se raconter une histoire après coup et expliquer la trajectoire. J’ai une éducation qui me pousse à être très exigeant, à travailler. Je suis curieux et j’ai découvert ce métier il y a 36 ans, même avant, puisque je ne suis pas fondateur de Cyrus au sens long, puisque j’ai été recruté en novembre 1988. La société a été créée en avril 1989.
Je ne connaissais rien à ces métiers. J’ai découvert la curiosité, l’envie, le mariage du droit de la famille, de l’assurance vie, le côté commercial avec un côté technique, cette espèce de magie : faire découvrir à un client, au travers d’un bilan patrimonial, sa vie et le conseiller au mieux. J’ai adoré.
Ensuite, c’est une succession d’événements qui m’a amené à être là, peut-être le manque d’originalité ou peut-être une musique intérieure qui m’a poussé.
Stéphane : Rien à voir dans la famille ? Personne ne faisait cela, personne ne t’a poussé dans cette voie ?
Meyer Azogui : Personne. J’ai découvert un métier que je ne connaissais pas. Je n’avais pas de réseau, je n’avais pas d’argent. Ce n’est ni bien ni pas bien. J’avais un bagage familial très important, une éducation, une exigence, qui m’a appris le travail bien fait et la notion que le résultat n’est qu’une résultante.
Je ne me posais pas de questions. Je pense qu’à l’époque, on se posait moins de questions qu’aujourd’hui. On traçait son chemin, on avançait, on mettait un pied devant l’autre sans avoir la volonté d’attendre un résultat immédiat.
Comme je n’y connaissais rien, je savais qu’il me fallait du temps pour découvrir ce qu’est un contrat de mariage, un legs de residuo, une clause de préciput. Cela prend du temps.
Stéphane : Très juridique quand même, l’approche initiale.
Meyer Azogui : Juridique, intellectuellement, c’était extrêmement séduisant. Cette compréhension de l’autre, se dire : qu’est-ce que je pourrais faire si j’étais à sa place ? Aller chercher dans les livres les réponses que nous n’avions pas. Je ne veux pas faire homme de Cro-Magnon ni préhistorique, mais il n’y avait pas Internet. On achetait des bouquins, on les potassait avec Sophie Goard, qui est devenue notaire, et qui a beaucoup travaillé, au-delà de Gérard qui a été le fondateur.
On a découvert ce métier et on a adoré le faire au quotidien. En tout cas, moi, cela m’a vraiment porté, en me posant le moins de questions possible.
Stéphane : Justement, pour nos jeunes confrères qui nous regardent, tu arrives, tu rencontres le fondateur de Cyrus. Comment cela se passe ? C’est une rencontre humaine qui fait que lui te fait confiance ? Si tu n’as pas un bagage notarial ou bac +5 en droit de la famille, qu’est-ce qui pousse à une rencontre ?
Meyer Azogui : Une annonce à Sainte-Geneviève dans Le Figaro. Parmi les 25 annonces auxquelles j’ai répondu, il y avait celle-là. À l’époque, on recrutait différemment. J’ai été recruté en deux entretiens, puis on arrivait. Il y avait des sessions de formation. Aujourd’hui, un gérant de patrimoine, un gérant de fortune, a besoin de six diplômes. À l’époque, on avait 30 heures de formation à l’assurance vie et on y allait.
Moi, j’ai découvert. Je ne suis pas du tout un commerçant. Il n’y a personne qui fait de commerce dans ma famille. On peut remonter plusieurs générations. Mais j’ai adoré intellectualiser la démarche commerciale. Comme je ne savais pas aller vers le client, j’y voyais autre chose. J’ai lu beaucoup de bouquins sur la PNL, sur la gestuelle. J’essayais de comprendre, ce qui est une connerie de jeunesse, mais cela m’a porté.
Il fallait répondre à des problématiques de clients, donc on apprenait, on achetait des bouquins, on lisait.
Stéphane : On se formait quelque part sur le tas.
Meyer Azogui : On se formait. Mes copains me disaient : mais qu’est-ce que tu fais dans cette boîte ? Je leur disais : j’apprends. Deux ans après, ils me demandaient encore : tu fais quoi ? J’ai encore des choses à apprendre.
On se posait moins de questions à l’époque qu’aujourd’hui. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait une volonté de construction. Je suis un bâtisseur. Je ne me suis pas réveillé un jour en me disant : je vais faire un plan. Nous avons voulu, à l’époque, avec une marque forte, Cyrus, alors que tout le monde s’appelait Finance Internationale ou autre, créer un vrai truc. Cela, c’est indéniable.
Stéphane : Toi, tu arrives finalement à la création de Cyrus, mais au départ, tu n’es pas créateur de Cyrus. À quel moment se fait cette première bascule capitalistique, où le collaborateur qui est un des premiers devient finalement un associé ?
Meyer Azogui : Après dix ans. Nous avions à l’époque Invesco dans le capital, il y avait la CPR, qui avait 34 % du capital. À un moment, ils sortent. Je rachète une partie du capital. C’est comme cela que l’aventure a démarré. Au fur et à mesure, la nature ayant horreur du vide, j’étais là.
Stéphane : Financement bancaire pour acheter des parts ?
Meyer Azogui : Même pas. Des prêts d’amis.
Stéphane : C’est important pour les gens qui nous écoutent : tout est possible.
Meyer Azogui : Je n’ai pas acheté ma résidence principale, donc je l’ai mis là-dedans. J’ai emprunté à des amis qui avaient les moyens de me prêter de l’argent à l’époque. Et au fur et à mesure, dès que j’avais deux euros, je rachetais des parts.
Stéphane : La bascule où tu deviens le patron de Cyrus, c’est quel moment ?
Meyer Azogui : 2004, directeur général. 2006, président.
Stéphane : Départ du fondateur ?
Meyer Azogui : Le fondateur est parti opérationnellement en 2004. Sophie Goard et moi-même devenons les deux directeurs généraux : elle pour s’occuper de toutes les fonctions d’expertise et support, moi du développement. Ensuite, Sophie décide de devenir notaire.
Ce qui m’a construit, c’est un événement qui aurait pu être pour moi dramatique. C’est une leçon de vie. Dans sa vie professionnelle, il arrive une tuile, on a l’impression que c’est la fin du monde. Ma tuile, c’est en 2008. Je reçois une offre de rachat d’Axa, une offre de rachat non sollicitée, préparée avec la banque Martin Maurel, pour acheter 100 % du capital. Je n’avais pas le choix de dire non merci : soit je vendais, soit je rachetais au prix proposé.
Nous avons donc été chercher un fonds. C’est pour cela que nous sommes les premiers à avoir eu un fonds d’investissement en 2008, avec une dette mezzanine, des obligations convertibles. Là, tu découvres un autre métier. En trois mois de négociation, j’ai pris dix ans d’expérience. J’étais entouré et j’ai compris l’expression : ils ne savaient pas que c’était impossible, donc ils l’ont fait.
Franchement, contre Axa, nous n’avions aucune chance. Je ne connaissais rien du tout. Ne me parle pas de Manco, de ratchet, d’actions gratuites ou d’effet. Ce n’était pas courant, pas dans la profession. Tout ce qu’il ne fallait pas faire, nous l’avons fait, mais c’était la seule façon de ne pas mourir.
Stéphane : On va passer à la première mini-séquence. Je vais te faire tourner une roue.
Meyer Azogui : Une vraie roue ?
Stéphane : La roue de la gestion de fortune. Je me retourne et je tourne.
Meyer Azogui : J’espère qu’il y a quelque chose à gagner.
Stéphane : On est tombé sur la couleur qui me va bien, parce que je rêvais d’avoir ce qui est perso avec toi. Je vais te demander de répondre spontanément, avec des réponses assez courtes. L’idée est qu’on essaie de connaître un peu mieux la personne derrière le président du groupe Cyrus. Ta routine du matin en trois mots ?
Meyer Azogui : J’ai envie de dire joker. En trois mots : le téléphone, malheureusement. Réveil, téléphone.
Stéphane : Un livre qui t’a marqué dans ta vie ?
Meyer Azogui : Je ne lis plus assez. Les livres qui m’ont marqué, c’est indéniablement Romain Gary. Au-delà de La Promesse de l’aube, j’ai adoré Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable. Je le recommande. Et puis un livre qui m’a vraiment marqué, c’est Et Nietzsche a pleuré, une rencontre improbable qui m’a vraiment bouleversé.
Stéphane : Ce qui te rend le plus fier de Cyrus aujourd’hui en 2025 ?
Meyer Azogui : Faire grandir le partage de la valeur. Je suis un adepte de l’ascenseur social et je suis très fier d’avoir su partager la création de valeur. Cela m’a permis de grandir et de faire grandir le côté bâtisseur. Je ne l’aurais pas pu le faire seul. Autour de moi, il y a un certain nombre de personnes qui ont su en profiter avec moi.
Stéphane : Il y a une structure capitalistique particulière chez Cyrus : un salarié sur deux est actionnaire.
Meyer Azogui : Sur 500 personnes, il y a 250 actionnaires, un salarié sur deux. Parmi les gérants privés, les gérants de fortune, 70 % sont actionnaires.
Stéphane : Ce n’est pas simple à gérer, mais en même temps, c’est ta vision de la construction d’une entreprise.
Meyer Azogui : On peut se dire : est-ce que c’est l’œuf ou la poule ? Est-ce parce que je l’ai fait que nous nous sommes développés ? En tout cas, cela correspond à ce que je suis.
Stéphane : Ta plus grande qualité en tant que dirigeant ?
Meyer Azogui : Il y a la persévérance, la volonté. C’est 90 % du chemin. Après, peut-être une vision stratégique. En 35 ans, même un aveugle finit par trouver son chemin. C’est l’expérience.
Stéphane : Ton plus gros défaut, celui qui est avouable évidemment ?
Meyer Azogui : L’impatience. J’espère l’être de moins en moins, mais je le suis encore.
Stéphane : Qualité de chef d’entreprise, en vrai : l’entrepreneur est souvent persévérant et impatient.
Meyer Azogui : Je ne sais pas. En tout cas, je le suis aussi bien dans ma vie privée que professionnelle.
Stéphane : Ta première mission de gestion de patrimoine pour Cyrus, est-ce que tu t’en souviens ?
Meyer Azogui : De mon premier prospect, je me rappelle de mon premier client. À l’époque, on avait un marketing exceptionnel : le militaire, les rues de Paris et les vieux prénoms. Mon plus gros client s’appelait René et ma première cliente s’appelait Marguerite. C’est véridique.
Stéphane : À cette époque-là, le meilleur conseil qu’on t’ait donné ? Quelque chose qui t’a construit, peut-être transmis par ta famille ?
Meyer Azogui : C’est un conseil ou une qualité transmise : la curiosité, cette envie d’apprendre permanente. Elle me vient de mon père et je pense que c’est ce qui m’a fait rester dans ce métier. La découverte, l’intellectualisation de la démarche commerciale, la découverte technique, le mariage du droit et de la famille. On peut en faire des soirées. C’était une découverte formidable.
Stéphane : Si tu n’étais pas dans la gestion de patrimoine, tu serais quoi aujourd’hui ?
Meyer Azogui : Très franchement, je ne sais pas. J’aimais bien la grande distribution à l’époque. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Dans mes études, j’avais fait un mémoire sur la qualité. Cela m’avait marqué. Aujourd’hui, j’aime bien tout ce qui amène à marier des positions, trouver des énergies. J’ai toujours aimé ce qui était plus global. Faire une seule chose, c’était trop réducteur. Je n’aurais pas pu faire la même chose tous les jours.
Stéphane : Qu’est-ce que tu fais pour déconnecter ? Est-ce que tu arrives à déconnecter ? Je sais que tu fais du sport, est-ce que c’est un des moyens pour toi d’échapper ?
Meyer Azogui : Pas suffisamment. Du sport forcé, comme beaucoup de choses. On commence les choses par obligation, on finit par les faire par plaisir. Le sport, indéniablement, c’est le seul moment où je suis seul avec un coach.
La transcription fournie s’interrompt à ce moment.