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Entretien avec David Charlet sur « On est dans des négociations à tous les échelons ». Retour sur la 20ème édition de la Convention..
Benjamin : Bonjour, de retour sur la convention de l’ANACOFI. Nous avons le plaisir de recevoir le président de l’ANACOFI, David Charlet. Bonjour David.
David Charlet : Bonjour.
Benjamin : Cette convention, j’imagine que c’est un plaisir : 20 ans. Est-ce que vous pouvez nous faire un petit retour sur ce qui s’est passé pendant ces 20 dernières années, et où vous en êtes aujourd’hui ?
David Charlet : On vient d’essayer de le faire un peu en plénière, donc on pourrait y passer beaucoup de temps. Pour faire court, on est passé d’un syndicat qui, il y a 20 ans, était quasiment informel, avec une douzaine de personnes, à quelque chose qui aujourd’hui représente près de 8 000 entreprises.
On perçoit bien qu’il y a eu une évolution et un changement. On est passé d’une organisation qui réfléchissait à des sujets, mais qui n’était pas tellement force de proposition au nom du métier, à quelque chose qui représente plusieurs métiers et porte leur voix. Les travaux sont menés véritablement pour eux.
Nous sommes aussi passés d’une organisation principalement présente entre deux régions françaises à une vraie association nationale, pas tant parisienne. Le siège et les équipes sont à Paris, mais quand on regarde les élus, on comprend bien cette dimension nationale.
Nous avons maintenant un historique de 20 ans de négociation de pratiquement tous les textes majeurs, parce que les textes majeurs, les règles du jeu et même les autorités sont nés à l’intérieur de ces 20 ans. Nous avons vécu toutes ces époques-là, et cela commence à faire pas mal d’eau qui a coulé sous les ponts.
Il y a aussi eu de vrais changements pratiques. À l’époque, nos professionnels travaillaient sans papiers, sans avoir à écrire : on travaillait à l’oral. Le premier document que nous avons remis à nos membres avec toutes les procédures et documents types faisait 26 pages. Aujourd’hui, il en fait 580.
Benjamin : C’est ça, la préservation de la planète.
David Charlet : Ce n’est plus en papier. À l’époque, c’était du papier que l’on envoyait par la poste à nos membres. Aujourd’hui, ils viennent se connecter et l’attraper.
Benjamin : On a un contexte anxiogène sur pas mal de sujets : l’immobilier, la géopolitique, etc. Je crois que, sur cette convention, vous vouliez apporter un message peut-être plus sympathique et plus positif à vos adhérents.
David Charlet : Depuis le Covid, on est tous dans la dépression. Une partie de nos salariés s’arrêtent parce qu’ils sont en dépression. Un certain nombre de professionnels sont très inquiets. Parfois, il y a des raisons, parfois il n’y en a pas.
Cela fait quatre ans qu’en gros, soit c’est anxiogène, soit ce n’est pas gai. Mais si on regarde bien, nous fêtons nos 20 ans. L’association va plutôt bien. Il y a eu une petite tension, même une grosse tension avec un des régulateurs, mais elle est passée. À part cela, le métier économiquement se porte plutôt pas trop mal, alors même que nous avons des crises puissantes.
Quand on fait son anniversaire, on essaie de ne pas le faire de façon déprimée. Cette année, et tout au long de l’année, nous allons essayer d’avoir un côté sympathique : détendons-nous un peu.
Dans le même temps, nous négocions des textes structurants pour notre avenir. Ces textes vont probablement être assez ennuyeux, mais ils ne sont pas mortels. Il y a quelques mois, on se demandait s’ils le seraient ou non. On ne va pas mourir. On va pouvoir regarder nos modèles et nos entreprises. C’est déjà une bonne nouvelle par rapport à ce que nous avions sur la table il y a quelques mois.
Maintenant, passons à comment on fait. Et détendons-nous un peu le plus possible, parce que nous venons de traverser quatre ans qui, économiquement, ne sont pas si mauvais pour nous. Nous sommes encore là, nos métiers ont encore un bel avenir et surtout des parts de marché assez importantes potentiellement à prendre. Dans chaque crise, nous avons gagné des parts de marché.
Benjamin : Pour une fois ce matin, je me suis levé avec un grand ciel bleu. Un grand ciel bleu le jour de la convention, cela ne peut être que positif. Vous vouliez aussi parler de l’avenir, des négociations structurantes aujourd’hui et du message que vous portez auprès des autorités françaises et européennes.
David Charlet : Là, on est vraiment dans des négociations à tous les échelons. On négocie au niveau des régulateurs nationaux essentiellement, mais attention, un certain nombre de pouvoirs sont en train de passer au régulateur européen. À un moment, il faudra peut-être aussi parler directement à celui-ci.
Nous avons des négociations au niveau des ministères, du Premier ministre à plusieurs ministères concernés. On parle d’éventuelles simplifications, de réorganisation des règles autour du patrimoine, de la finance d’entreprise, de tous les métiers que nous représentons.
L’environnemental et le digital concernent tout. Il faudra s’y habituer : dans toutes les négociations, il y aura un chapitre là-dessus. Sur le digital, il y a un texte qui nous fait assez peur et que nous aimerions éviter, en tout cas qui ne concerne pas nos métiers : FIDA. Nous allons essayer de voir ce que nous pouvons obtenir là-dessus.
Nous sommes donc en train de négocier à Bruxelles, au niveau des ministères et au niveau des régulateurs. Il y a bien sûr un texte dont tout le monde parle : la Retail Investment Strategy, qui est celui qui a le plus inquiété tout le monde.
Son atterrissage niveau 1 commence à être clair. Cela veut dire que le texte primaire commence à se dessiner, mais il y aura d’autres niveaux derrière. On commence apparemment à voir que ce texte ne sera pas aussi mauvais qu’il aurait pu l’être pour nous. Je dis “pas si mauvais”, je ne dis pas “bon”. Mais il était très mal parti pour nos métiers.
Ensuite, il faudra encore trois voire quatre niveaux de négociation pour arriver à la version finale appliquée à nos métiers. Cela va prendre du temps et mobiliser les équipes. Dans le même temps, il y a plein d’autres textes, parce que la Retail Investment Strategy déclenche la correction de quatre autres textes minimum, voire cinq.
Enfin, le Premier ministre avait annoncé vouloir de la simplification dans les professions réglementées, et il a l’air de vouloir vraiment essayer de le faire faire par les ministères compétents. Ce ne sont donc pas des sujets neutres.
Benjamin : Merci beaucoup David. Très belle convention ANACOFI et à très bientôt sur Zoom Invest.
David Charlet : À bientôt, merci.