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Jérôme Tavernier détaille la stratégie, la composition et les spécificités du fonds Vega Euro Call 2030, un fonds à échéance axé sur les dettes subordonnées et la diversification sectorielle.
Dans ce Face à face, Jérôme Tavernier présente le fonds Vega Euro Call 2030, géré par VEGA IS, et répond aux questions de Gérald Grant (Fundesys). L'entretien détaille la spécificité de ce fonds à échéance, sa composition, ses différences avec les précédents millésimes et les raisons de son lancement dans le contexte actuel du marché obligataire.
Le fonds se distingue par une allocation importante en dettes subordonnées et perpétuelles, tout en maintenant une gestion attentive du risque et une diversification sectorielle. Voici les points essentiels à retenir.
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de Face à face, dans lequel nous allons parler d'un fonds qui s'appelle Vega Euro Call 2030, géré donc par la société VEGA IS. Et pour ce faire, nous allons recevoir Jérôme Tavernier qui va nous en parler. - Bonjour Jérôme. - Bonjour. Déjà, première question très rapide : est-ce que vous pouvez nous resituer un peu VEGA IS dans l'univers Natixis ? Exactement. VEGA IS est le spécialiste de la gestion patrimoniale dans l'univers Natixis, avec plus de 70 milliards d'encours aujourd'hui sur plusieurs métiers, notamment la gestion collective, la gestion sous mandat, la gestion conseillée et la sélection de fonds. Pour l'aspect gestion collective, on est un peu moins de 20 milliards d'euros sur une gestion dite de type patrimonial. Et dans ce cadre, on propose également des fonds à échéance.
Très bien, ça fait une belle transition. Effectivement, les fonds à échéance ont toujours de l'intérêt auprès des investisseurs. Pourquoi et comment vous expliquez cet engouement ? Et du coup, pourquoi ce nouveau véhicule maintenant ? Il y a un vrai intérêt des investisseurs pour la simplicité. Parce que pour eux, ça ressemble vraiment à l'achat d'obligations en direct, mais avec beaucoup plus de diversification. Qui dit achat d'obligations en direct, dit un rendement annoncé, qui va être le taux interne du portefeuille au moment de l'achat ou au lancement du fonds. Et surtout, une date d'échéance finale : on sait quand on sera remboursé de son investissement. Pourquoi maintenant ? Très simplement, on sait que c'est des produits où on essaye de maximiser le taux de rendement du portefeuille.
Donc, il y a souvent des fenêtres d'opportunités sur le marché obligataire et c'est à ce moment-là qu'il faut les lancer. C'est notre troisième opus, et en ce moment on se situe vraiment dans un cadre qui correspond à un intérêt sur ce type de fonds. Exactement. Troisième opus, puisqu'il y a eu VEGA Euro Crédit 2026 et 2028. - Et aujourd'hui, Euro Call 2030. - Exactement. Il y avait eu plus de 300 millions de collecte sur les deux premiers millésimes. Quelle est la différence entre ces trois produits ? Et comment ce troisième produit va éventuellement changer en termes de sous-jacent ? Vous avez noté, il y a une petite dénomination un peu différente puisque les deux précédents se dénommaient Euro Crédit, donc on était plutôt sur des obligations à maturité fixe, d'échéance proche de la date d'échéance du fonds.
Aujourd'hui, les conditions de taux d'intérêt sont intéressantes, elles ont remonté, mais les spreads, les primes de crédit sont assez écrasés. Et pour avoir un taux attractif, on a un taux du portefeuille brut instantané qui est de 4,40 %, il faut avoir recours assez massivement aux dettes subordonnées, aux dettes dites perpétuelles, donc qui n'ont pas une date de remboursement fixe, mais plutôt une date de rappel, une date de call. L'intérêt, c'est qu'il y a un meilleur rendement pour le même émetteur donné que sur une dette classique. Et a contrario, on a plus de volatilité notamment sur ce type de dette et une subordination en termes de rating.
Typiquement, sur ces dettes subordonnées, sur ces dettes perpétuelles, on est sur des émetteurs Investment Grade, mais dans la moitié des cas, la subordonnée est BB et dans l'autre moitié des cas, elle reste Investment Grade. Pour les plus anciens d'entre nous, on se souvient qu'en 2007-2008, les obligations dites perpétuelles avaient un peu défrayé la chronique. Aujourd'hui, vous avez décidé de pouvoir investir assez largement dans ces titres, à peu près 75 % du portefeuille aujourd'hui, si je ne me trompe pas. Exactement. Comment est-ce que vous rassureriez les investisseurs qui peuvent avoir pour certains, cette mémoire, pour qu'ils ne se disent pas "ouh là là, je risque de ne pas pouvoir vendre si jamais il y a un problème" ? Exactement. Déjà, la spécificité, c'est qu'on est sur un fonds à échéance.
Donc, effectivement, on peut avoir de la volatilité sur ce type de dette puisque c'est corrélé aux taux, mais aussi à ce qui peut se passer sur les marchés actions. Nous, l'idée, pour aborder ce sujet, c'était de se dire qu'on préférait rester sur des émetteurs de qualité, quitte à avoir une structure de dette moins favorable pour le créancier si ça se passe mal, mais en restant sur des très bons émetteurs qui sont Investment Grade. Ça nous paraît moins risqué in fine que de dégrader la qualité de notation des titres. On est plus à l'aise avec un portefeuille à 75 % de dette subordonnée sur des bons émetteurs puisqu'in fine, pourquoi un émetteur ne rembourserait pas sa dette ? C'est parce qu'il n'arriverait pas à se refinancer dans le marché. Il serait en difficulté.
Ça peut être pour des raisons un peu globales de marché, mais si c'est pour des raisons spécifiques, c'est parce que c'est un émetteur dont la qualité de crédit est médiocre, est mauvaise. En général, à 99,9 %, les émetteurs rappellent les dettes perpétuelles puisque ça leur coûte plus cher de les prolonger. On a un changement, un step-up de coupons à ce moment-là s'ils décident de ne pas rappeler. Un step-up de coupons, ça veut dire que vous allez être payé de façon un peu plus élevée pour compenser ce non-rappel. Exactement. Et il y a tout un tout un tas d'autres facteurs qui font qu'ils ont vraiment intérêt à rappeler. Quand ils ne rappellent pas, ce qui arrive assez rarement, c'est qu'ils voient qu'ils ne peuvent pas se refinancer sur le marché, donc ils préfèrent garder l'obligation actuelle.
Donc on en revient, in fine, vraiment à la qualité de crédit des émetteurs. Et on a mis un peu de ce type de dette dans les précédents, c'était plutôt 25 %, et on s'est rendu compte, qu'à la fois, c'était la classe d'actifs qui avait le mieux performé — ça vaut pour le passé, on n'est jamais à l'abri de crise —, et surtout qu'au niveau individuel, on est plus confiant sur une Iberdrola, sur une Orange perpétuelle, que sur d'éventuels noms High Yield qui peuvent être soumis à beaucoup plus de volatilité. Merci de l'explication. Vous avez compris probablement que quand on est sur des perpétuelles, il n'y a pas d'échéance. Donc c'est un peu paradoxal par rapport à un fonds à échéance. Et du coup, ce qui compte, c'est la date de call des émetteurs ou des obligations que l'on choisit qui va être prise pour équivalent à l'échéance.
Il y a une gestion active/passive, c'est-à-dire qu'on prend des dates, soit d'échéance, soit de rappel de l'obligation, qui sont proches de la date d'échéance du fonds, donc décembre 2030, en l'occurrence. Très bien. Une question un petit peu plus sur l'allocation sectorielle du produit. Est-ce qu'il y a des biais de par ces perpétuelles ? Est-ce que ça va être plus financier ? Vous avez cité Orange ou Iberdrola, l'énergie, les télécoms qui sont souvent présentes dans ces univers. Exactement. Par rapport aux deux premières qui étaient assez représentatives, on a eu une approche bottom-up, pour utiliser un anglicisme. Les deux premières étaient assez équilibrées entre financières et corporate.
C'est vrai que sur le marché de la dette perpétuelle, c'est des investissements de long terme qui sont financés souvent, donc on va retrouver moins de financières, c'est à peu près à ce stade 20 % du portefeuille. C'est assez bien équilibré, avec des services aux collectivités, les fameuses utilities, des télécoms notamment. Je dirais que le tropisme est moins financier et plus diversifié sur des industries notamment de services aux collectivités, des Veolia environnement et autres, EDP, l'électricité du Portugal, ce type d'émetteurs. Sachant que nous, ce qu'on souhaite, c'est dans ce cadre-là aussi, limiter le risque individuel, donc diversifier au maximum. On peut aborder très rapidement le taux de défaut implicite ou ce genre de problématique.
C'est pour ça qu'on reste sur des émetteurs qui, en senior, sont essentiellement Investment Grade. Et de facto, le portefeuille, il y a 50 % de BBB à peu près et 50 % de BB, mais de vrais BB, il n'y en a "que" 25 %. Les autres 25 %, c'est la structure de subordination qui explique... - Ce que vous expliquiez tout à l'heure. - Voilà. Pour un émetteur. Et après, il y a la diversification, donc le risque individuel. Pour l'instant, on est à peu près à 75 émetteurs. L'idée, c'est de monter au moins à 100 dans le portefeuille au fur et à mesure de la croissance de l'encours, notamment, sachant qu'aujourd'hui, après un mois de lancement, on est au-dessus de 30 millions d'encours. D'accord. 10 % de ce que vous avez fait sur les deux précédents millésimes en un mois ? Voilà, exactement. Mais c'était cumulé sur les deux précédents.
Après, on va voir en fonction de l'intérêt, sachant qu'on a un taux qui est relativement attractif, puisqu'on est à 4,40 % en taux brut actuellement. Peut-être une dernière question, qui forcément intéresse. Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, on devrait s'intéresser plus à Vega Euro Call 2030 qu'à ses différents petits copains disponibles sur la place ? Et peut-être un mot de performance, également ? Oui, bien sûr. Pourquoi s'intéresser à ce fonds ? Ce qui fait sa typologie, vous l'avez compris, c'est que même si on va sur des subordonnés, vous voyez, on ne va pas en dessous de BB. Et malgré le fait que ça soit un fonds à échéance, on applique, la maîtrise des risques est commun à tous les fonds obligataires. Donc, si on avait un émetteur qui était dégradé en simple B, on serait amené à le céder.
Donc on est attentif aussi à cet aspect risques. Ce n'est pas du Buy and Hold ? Ce n'est pas du Buy and Hold. Il y a des fonds qui sont vraiment Buy and Hold, qui ne respectent pas le même cahier des charges que sur des fonds obligataires classiques. Et ça ne sera pas notre cas. Ça, c'est le premier point différenciant. Il y a quand même une qualité de crédit : en moyenne, on va se situer entre BBB et BB. Deuxième point, c'est qu'on a souhaité assuré la liquidité à tout moment de ce fonds. Il y a deux façons de le voir. Soit on se dit, "je le garde jusqu'à l'échéance et j'ai un objectif de faire en performance annualisée le taux de rendement au moment où je rentre". Mais on peut se dire aussi, "comme il n'y a pas de barrière à la sortie, si j'ai fait une performance satisfaisante..." - Je sors.
- ...au bout d'un certain temps..." Comme sur les deux premiers, puisque si on regarde les deux premiers, le premier en deux ans a fait 10-11% de performance, donc un taux actuariel au-dessus de 5, donc c'était plutôt au-dessus de l'objectif puisqu'en net, on essaye d'être autour de 4. Et le second a fait 10-11% en un an, donc on peut avoir des sorties résiduelles. Il y a vraiment deux façons de le voir et on ne sera pas bloqué dans le produit, sachant que dans la période de portage, le produit est valorisé sur le prix de vente des obligations. Donc on respecte aussi l'intérêt à la fois des porteurs restants et de ceux qui veulent sortir du fonds. Merci beaucoup, Jérôme. C'était très clair. Je remercie Jérôme Tavernier d'avoir participé à ce Face à face. Et nous vous retrouvons très bientôt pour un prochain numéro. Merci.