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Entretien avec Jérôme Tavernier sur Pourquoi s'intéresser au fonds VEGA Euro Call 2030 aujourd'hui ? Le face à face interrogé par..
Gérald : Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de Face à Face, dans lequel nous allons parler d’un fonds qui s’appelle VEGA Euro Call 2030, géré par la société VEGA Investment Managers. Pour ce faire, nous recevons Jérôme Tavernier. Bonjour Jérôme.
Jérôme Tavernier : Bonjour.
Gérald : Première question très rapide : est-ce que vous pouvez nous resituer un peu VEGA dans l’univers Natixis ?
Jérôme Tavernier : VEGA est le spécialiste de la gestion patrimoniale dans l’univers Natixis, avec plus de 7 milliards d’euros d’encours aujourd’hui sur plusieurs métiers : la gestion collective, la gestion sous mandat, la gestion conseillée et la sélection de fonds.
Sur l’aspect gestion collective, nous avons un peu moins de 2 milliards d’euros sur une gestion dite de type patrimonial. Dans ce cadre, nous proposons également des fonds à échéance.
Gérald : Les fonds à échéance ont toujours de l’intérêt auprès des investisseurs. Pourquoi cet engouement et pourquoi ce nouveau véhicule maintenant ?
Jérôme Tavernier : Il y a un vrai intérêt des investisseurs : c’est la simplicité. Pour eux, cela ressemble vraiment à l’achat d’obligations en direct, mais avec beaucoup plus de diversification.
Qui dit achat d’obligations en direct dit un rendement annoncé, qui va être le taux interne du portefeuille au moment de l’achat ou au lancement du fonds, et surtout une date d’échéance finale. On sait quand on sera remboursé de son investissement.
Pourquoi maintenant ? Très simplement, ce sont des produits où l’on essaie de maximiser le taux de rendement du portefeuille. Il y a souvent des fenêtres d’opportunités sur le marché obligataire et c’est à ce moment-là qu’il faut les lancer. C’est notre troisième opus et nous sommes dans un cadre qui correspond à un intérêt pour ce type de fonds.
Gérald : Il y a eu VEGA Euro Crédit 2026, VEGA Euro Crédit 2028 et aujourd’hui VEGA Euro Call 2030. Il y avait eu plus de 300 millions d’euros de collecte sur les deux premiers millésimes. Quelle est la différence entre ces trois produits et comment ce troisième produit change-t-il en termes de sous-jacent ?
Jérôme Tavernier : Les deux précédents se dénommaient Euro Crédit. Nous étions plutôt sur des obligations à maturité fixe, d’échéance proche de la date d’échéance du fonds.
Aujourd’hui, les conditions de taux d’intérêt sont intéressantes, elles ont remonté, mais les spreads, les primes de crédit, sont assez écrasés. Pour avoir un taux attractif, nous avons un taux du portefeuille brut instantané de 4,40 %. Il faut avoir recours assez massivement aux dettes subordonnées, aux dettes dites perpétuelles.
Elles n’ont pas une date de remboursement fixe, mais plutôt une date de rappel, une date de call. L’intérêt, c’est qu’il y a un meilleur rendement, pour le même émetteur donné, que sur une dette classique. A contrario, on a plus de volatilité sur ce type de dette et une subordination en termes de rating.
Typiquement, sur ces dettes subordonnées ou perpétuelles, nous sommes sur des émetteurs investment grade, mais dans la moitié des cas, la subordonnée est BB, et dans l’autre moitié elle reste investment grade.
Gérald : Pour les plus anciens d’entre nous, en 2007-2008, les obligations perpétuelles avaient un peu défrayé la chronique. Aujourd’hui, vous avez décidé d’investir assez largement dans ces titres, à peu près 75 % du portefeuille. Comment rassurer les investisseurs qui peuvent avoir cette mémoire ?
Jérôme Tavernier : Déjà, la spécificité, c’est que nous sommes sur un fonds à échéance. On peut avoir de la volatilité sur ce type de dette, puisque c’est corrélé aux taux mais aussi davantage à ce qui se passe sur les marchés actions.
Pour aborder ce sujet, nous avons préféré rester sur des émetteurs de qualité, quitte à avoir une structure de dette moins favorable pour le créancier si cela se passe mal. Rester sur de très bons émetteurs investment grade nous paraît moins risqué in fine que de dégrader la qualité de notation des titres.
Nous sommes plus à l’aise avec un portefeuille à 75 % de dette subordonnée sur de bons émetteurs. Pourquoi un émetteur ne rembourserait-il pas sa dette ? Parce qu’il n’arriverait pas à se refinancer sur le marché. Cela peut venir de raisons globales de marché, mais si c’est spécifique, c’est parce que la qualité de crédit de l’émetteur est médiocre ou mauvaise.
En général, à 98 ou 99 %, les émetteurs rappellent les dettes perpétuelles puisque cela leur coûte plus cher de les prolonger. Il y a un step-up de coupon à ce moment-là s’ils décident de ne pas rappeler.
Gérald : Step-up de coupon, cela veut dire que vous êtes payé un peu plus pour compenser ce non-rappel.
Jérôme Tavernier : Exactement. Il y a beaucoup d’autres facteurs qui font qu’ils ont vraiment intérêt à rappeler. Quand ils ne rappellent pas, ce qui arrive assez rarement, c’est qu’ils voient qu’ils ne peuvent pas se refinancer sur le marché. On en revient vraiment à la qualité de crédit des émetteurs.
Nous avions déjà mis un peu de ce type de dette dans les précédents fonds, plutôt 25 %. Nous nous sommes rendu compte que c’était la classe d’actifs qui avait le mieux performé. Cela vaut pour le passé, on n’est jamais à l’abri d’une crise, mais au niveau individuel, nous avons plus confiance dans une Iberdrola ou une Orange perpétuelle que dans d’éventuels noms high yield qui peuvent être soumis à beaucoup plus de volatilité.
Gérald : Quand on est sur des perpétuelles, il n’y a pas d’échéance. C’est donc un peu paradoxal par rapport à un fonds à échéance. Ce qui compte, c’est la date de call des émetteurs ou des obligations choisies.
Jérôme Tavernier : Exactement. Il y a une gestion active-passive : nous prenons des dates, soit d’échéance, soit de rappel de l’obligation, proches de la date d’échéance du fonds, décembre 2030 en l’occurrence.
Gérald : Une question sur l’allocation sectorielle du produit. Est-ce qu’il y a des biais du fait de ces perpétuelles ? Est-ce plus financier, énergie, télécoms ?
Jérôme Tavernier : Par rapport aux deux premiers fonds, qui étaient assez représentatifs, nous avons une approche bottom-up. Les deux premiers étaient assez équilibrés entre financières et corporates.
Sur le marché de la dette perpétuelle, ce sont souvent des investissements de long terme qui sont financés. Nous retrouvons moins de financières, à peu près 20 % du portefeuille à ce stade. C’est assez bien équilibré avec des services aux collectivités, les utilities, des télécoms notamment.
Le portefeuille est moins financier et plus diversifié sur des industries, notamment les services aux collectivités, l’environnement, ou encore des émetteurs comme EDP, Électricité du Portugal. Ce que nous souhaitons, c’est limiter le risque individuel et diversifier au maximum.
Gérald : On peut aborder rapidement le taux de défaut implicite.
Jérôme Tavernier : C’est pour cela que nous restons sur des émetteurs qui sont essentiellement investment grade. De facto, le portefeuille est à 50 % triple B et 50 % BB, mais de vrais BB, entre guillemets, il n’y en a que 25 %. Les autres 25 %, c’est la structure de subordination qui l’explique.
Ensuite, il y a la diversification. Pour l’instant, nous sommes à peu près à 75 émetteurs. L’idée est de monter au moins à 100 dans le portefeuille au fur et à mesure de la croissance de l’encours, sachant qu’aujourd’hui, après un mois de lancement, nous sommes un peu au-dessus de 30 millions d’euros d’encours.
Gérald : En gros, 10 % de ce que vous avez fait sur les deux précédents millésimes en un mois.
Jérôme Tavernier : Exactement, mais c’était cumulé sur les deux précédents. Nous verrons en fonction de l’intérêt, sachant que nous avons un taux relativement attractif, à 4,40 % brut actuellement.
Gérald : Pourquoi devrait-on s’intéresser aujourd’hui à VEGA Euro Call 2030 plutôt qu’à ses concurrents disponibles sur la place ? Et peut-être un mot sur les performances.
Jérôme Tavernier : Ce qui fait sa typologie, c’est que même sur des subordonnées, nous n’allons pas en dessous de BB. Malgré le fait que ce soit un fonds à échéance, nous appliquons la maîtrise des risques commune à tous les fonds obligataires. Si un émetteur était dégradé en simple B, nous serions amenés à le céder.
Ce n’est pas du buy and hold. Certains fonds sont vraiment buy and hold et ne respectent pas le même cahier des charges que des fonds obligataires classiques. Ce ne sera pas notre cas. La qualité de crédit moyenne se situe entre triple B et BB.
Deuxième point, nous souhaitions assurer la liquidité à tout moment de ce fonds. Il y a deux façons de le voir : soit on le garde jusqu’à l’échéance, avec l’objectif de faire en performance annualisée le taux de rendement au moment où l’on rentre ; soit, comme il n’y a pas de barrière à la sortie, on peut sortir si la performance est satisfaisante après un certain temps.
Sur les deux premiers fonds, le premier a fait 10 % de performance en deux ans, soit un taux actuel au-dessus de 5 %, donc plutôt au-dessus de l’objectif. Le second a fait 10 % en un an. On peut donc avoir des sorties.
Il y a vraiment deux façons de voir le produit, et l’investisseur ne sera pas bloqué. Dans la période de portage, le produit est valorisé sur le prix de vente des obligations. Nous respectons ainsi l’intérêt des porteurs restants et de ceux qui veulent sortir du fonds.
Gérald : Merci beaucoup Jérôme, c’était très clair. Merci d’avoir participé à ce Face à Face. Nous vous retrouvons très bientôt pour un prochain numéro.