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Le Talk Structuré de Sofyane Hasni et Arnaud Hars, co-fondateurs d'Artemis IA. Artemis IA défend une approche exigeante et pédagogique des produits structurés, en rappelant qu’un bon produit ne se juge pas à son habillage marketing mais d’abord à la qualité de son sous-jacent.
Benjamin : Bonjour, bienvenue dans le Talk Zoom Invest. Aujourd’hui, nous recevons la société Artemis IA avec Sofyane Hasni et Arnaud Ars, qui sont les cofondateurs. Bonjour messieurs.
Sofyane Hasni : Bonjour Benjamin.
Arnaud Ars : Bonjour Benjamin.
Benjamin : Quand on parle d’Artemis IA, on parle d’intelligence artificielle, j’imagine, parce que quand on parle d’IA, on parle d’intelligence artificielle.
Arnaud Ars : Il y a de l’intelligence dans Artemis, mais elle est plus réelle qu’artificielle. Artemis IA veut simplement dire Artemis Investment Advisors.
Benjamin : Merci pour cette précision, parce qu’on parle beaucoup d’IA en ce moment. On entend beaucoup parler de vous depuis un an, avec un ton un peu tranchant sur votre activité. Qu’est-ce qui vous distingue par rapport aux autres et à vos concurrents ? Quelle est votre activité ?
Arnaud Ars : Notre différence avant tout, c’est notre approche experte, indépendante et intègre des produits structurés, dans un marché qui est devenu, il ne faut pas se le cacher, une espèce de jungle au service des professionnels de l’épargne.
Nous avons un leitmotiv qui est notre clé de voûte depuis la création d’Artemis : la pédagogie. Nous le faisons tous les jours et nous accompagnons énormément les produits structurés, parce que selon nous, un produit structuré n’a de valeur et d’intérêt que s’il est compris avant d’être souscrit.
Sofyane Hasni : Pour rebondir sur ce que disait Arnaud, la pédagogie est la clé sur les produits structurés pour bien les comprendre. Ce que nous avons remarqué au fil des dernières années, c’est que les produits étaient principalement vendus et pas forcément bien expliqués.
Nous nous rendons compte que cette pédagogie fonctionne, puisqu’un classement est sorti sur les meilleurs brokers du marché et nous sommes arrivés parmi les meilleurs brokers selon ce classement. Cela veut peut-être dire que cette pédagogie est appréciée, car le contexte de marché était quand même assez compliqué. Après un an d’existence, côtoyer les brokers présents depuis une dizaine d’années, c’est quelque chose dont nous sommes assez contents.
Benjamin : Vous arrivez sur un marché qui capitalise environ 75 milliards, ce qui est colossal. Vous êtes dans un marché en pleine expansion. Est-ce une bonne nouvelle ? Comment vous positionnez-vous face à ce marché très porteur ?
Sofyane Hasni : C’est une très bonne nouvelle. La collecte est importante, mais en même temps, cela a été synonyme de danger. Depuis quelques années, les produits structurés ont été aidés par la performance des marchés actions, par la hausse des taux d’intérêt, qui a contribué à faire des produits à capital garanti très intéressants, mais aussi par les produits autocall qui ont globalement très bien fonctionné.
Même les produits qui avaient des moteurs de performance médiocres, voire mauvais, ont pu bien sortir. On se rend compte que globalement, c’est le marché qui a fait la performance du produit structuré et non l’inverse.
Aujourd’hui, tout le monde est content : les distributeurs, les intermédiaires, les brokers, les émetteurs et les clients finaux, avec de belles performances. Cependant, nous faisons attention à une chose : les succès faciles attirent toujours des apprentis sorciers.
Benjamin : Que signifie être dans ce marché facile ? Que veut dire bien marcher aujourd’hui en étant structureur ?
Sofyane Hasni : Ce qu’on entend par apprentis sorciers, c’est que la plupart des propositions faites sur les produits structurés consistaient à faire des choses assez marketing, avec des barrières très intéressantes, des airbags, des best timing, des niveaux de coupons importants. Une cosmétique très intéressante pour les clients finaux.
Mais tout cela a été mis dans les produits au détriment d’une chose clé : la performance du moteur du sous-jacent, qui doit servir à donner de la performance au client.
Si je devais faire une comparaison avec une voiture, c’est comme quand vous allez chez un concessionnaire : vous prenez toutes les options sur une voiture, mais vous oubliez de parler du moteur. Vous sortez de la concession avec un moteur de 2CV, je vous laisse imaginer la suite.
Arnaud Ars : Ces produits-là, personne n’a eu l’idée de les condamner, personne ne l’a exigé. Il y a eu une créativité un peu exacerbée de certains fabricants qui ont construit de la complexité et de l’opacité pour faire de très belles machines marketing.
Benjamin : Les moteurs de 2CV n’étaient pas si mauvais que ça, mais aujourd’hui on a des moteurs plus efficaces. Si vous payez des options de Ferrari pour une 2CV, c’est un peu compliqué.
Arnaud Ars : Ouvrir le moteur, cela a un sens, regarder ce qu’il y a dans le moteur aussi. C’est ce que nous faisons chez Artemis.
Benjamin : Vous êtes plus vigilants que la moyenne. Qu’est-ce qui vous gêne aujourd’hui dans le marché des structurés et quels sont les risques que vous identifiez ?
Arnaud Ars : Il y a un risque principal dans l’univers des produits structurés aujourd’hui. Il n’y en a qu’un auquel il faut faire extrêmement attention : c’est le sous-jacent.
Le sous-jacent est aujourd’hui le piège numéro un et le risque numéro un pour l’ensemble des produits structurés. Certains pensaient que, pour faire de très belles mécaniques, il fallait dégrader fortement le moteur, voire parfois le supprimer. Selon nous, c’est une très mauvaise idée. Malheureusement, des sous-jacents ont été créés et vont gravement pénaliser les clients.
Ce n’est pas du tout notre approche chez Artemis. Il est très important de savoir que le diable, dans les produits structurés, se cache dans les détails. Il est donc essentiel d’être vigilant sur le sous-jacent.
Sofyane Hasni : On parle un peu de la jungle. Le nombre de produits lancés quotidiennement est monstrueux. Il y a deux types de produits : les indices décréments, sur lesquels il y a beaucoup à analyser, et les produits plus récents réalisés sur Stellantis Fixed Coupon.
Je précise bien Stellantis Fixed Coupon, et non Stellantis. C’est exactement le cas d’école : le produit qu’il ne fallait pas faire et qu’il ne faut toujours pas faire aujourd’hui. Ces produits ont été montés avec des fixed coupons en 2023-2024, sur un plus haut, sur une valeur cyclique comme Stellantis, avec des dividendes parfois présents et parfois absents. Ils ont été pricés avec des niveaux de dividendes relativement élevés, quasiment sur les plus hauts historiques. Aujourd’hui, quand on regarde les valorisations, c’est très compliqué.
Arnaud Ars : C’est une catastrophe.
Benjamin : Quand vous me parlez des sous-jacents, je suis un peu perdu. On entend parler d’indices propriétaires. Qu’est-ce que cela recouvre ?
Arnaud Ars : Dans les produits structurés, il y a un sous-jacent très problématique au sens large qui doit attirer l’attention des investisseurs et des partenaires : les décréments.
Un décrément sur une valeur, encore plus lorsqu’il se fait sur une valeur cyclique, ce n’est pas forcément une très bonne idée. Il y a aussi tous les indices décréments créés récemment. La multiplication des offres est complètement délirante. Aujourd’hui, il y a des choses très bonnes, des choses moins bonnes et des choses vraiment mauvaises.
Je vais donner trois pièges à éviter. Le premier, c’est la fausse diversification dans les indices. Certains indices sont très concentrés sur peu de valeurs, ou faussement diversifiés : il y a beaucoup de valeurs, mais trois ou quatre valeurs représentent un poids énorme dans la composition. Ce ne sont pas de vrais indices, ce sont des indices créés sur mesure pour optimiser les cotations des produits structurés.
Le deuxième piège, c’est le poids et l’importance du décrément sur l’indice. Tous ces indices ont des décréments de 5 points, et il est très important de regarder la valeur de l’indice au moment du montage du produit structuré. 5 points sur quelque chose qui vaut 1 000 points, pourquoi pas. 5 points sur quelque chose qui en vaut 700, voire moins, c’est très problématique.
Le troisième piège, c’est le storytelling des indices. Ne vous arrêtez pas au nom du produit ou de l’indice. Regardez précisément ce qu’il y a dedans. Nous avons eu d’énormes surprises sur la composition de certains indices, alors qu’ils avaient des noms pourtant très explicites.
Benjamin : Face à cela, quelle est la doctrine chez Artemis Investment Advisors ?
Arnaud Ars : La doctrine chez Artemis est extrêmement simple. Un produit structuré se construit selon cet ordre-là : d’abord, la réponse au besoin d’un client ou d’un investisseur. Ensuite, la recherche du sous-jacent adapté. Puis la construction des mécanismes autour de ce sous-jacent. Enfin, c’est un produit qui, accessoirement, dégage une marge de distribution, donc une commission pour l’ensemble des intervenants de la chaîne.
Je le dis comme cela parce que je vois beaucoup trop, dans le marché, de démarches qui se font exactement dans le sens inverse : « Quelle est ma commission ? Et en fonction de ma commission, qu’est-ce que tu peux me proposer comme produit ? Et ensuite je verrai si ça colle à mes clients. » Ce n’est pas le bon ordre.
Sofyane Hasni : Ce que nous aimons, c’est la simplicité. Nous aimons la créativité et l’innovation, mais seulement quand elle sert à quelque chose, quand elle apporte de la valeur ajoutée pour les clients finaux. Sinon, cela n’a absolument aucun sens.
Benjamin : Si on devait finir par un dernier message pour vos partenaires ?
Sofyane Hasni : Chez Artemis, nous aimons dire que les structurés, c’est que du bonheur, mais quand c’est bien fait. Et quand c’est bien fait, cela veut dire partir de quatre points essentiels : identifier correctement le besoin du client, sélectionner un moteur de performance, pas un moteur de 2CV, choisir la bonne mécanique, toujours les options, et bien les adapter aux sous-jacents choisis.
Le dernier point, pour nous le plus important, c’est toute la partie compréhension pour le client final : présenter des produits faciles à comprendre, intelligibles, et surtout que le client puisse s’y retrouver facilement dans le suivi de ses produits.
Arnaud Ars : Les produits structurés sont une classe d’actifs devenue incontournable. Oui, elle a sa place dans l’ensemble des allocations d’actifs des partenaires et des clients privés. Oui, c’est une classe d’actifs très créative et très puissante quand elle est bien maniée.
Mais nous recommandons beaucoup de discipline, une grande vigilance de la part des partenaires sur le contenu des produits, en particulier sur les sous-jacents, et énormément de pédagogie. C’est notre travail chez Artemis d’accompagner nos partenaires sur cet aspect, parce qu’un produit structuré n’a finalement d’intérêt que s’il est compris.
Benjamin : Artemis Investment Advisors, on parle de produits structurés, on parle vrai, on décortique, on ouvre le moteur. Bravo messieurs, on vous souhaite plein de belles choses et on vous dit à très vite chez Zoom Invest.
Sofyane Hasni : Merci Benjamin.
Arnaud Ars : Merci à vous, à bientôt.