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Premier Track Record de 2026 sur Zoom Invest : un épisode à part, avec un invité qui connaît le métier… des deux côtés.
Stéphane : Je suis ravi de vous retrouver. Bienvenue pour ce nouveau format de Track Record, le premier en 2026 sur Zoom Invest. Je suis ravi d’avoir un invité un peu spécial parce que sa première qualité, il faut le savoir, c’est qu’il est bordelais, pas d’origine, mais il vit à Bordeaux tout comme moi.
Plus sérieusement, je reçois aujourd’hui Yves Mazin, président de la CNCGP et conseiller en gestion de patrimoine. Merci de te joindre à nous. Yves, est-ce que ça va bien en cette nouvelle année ?
Yves Mazin : Super début d’année. Ça y est, c’est reparti, le cabinet et la chambre.
Stéphane : On va passer 45 minutes ensemble sur ce Track Record. Tu connais l’exercice, on va essayer d’avoir des réponses spontanées. On va avoir des choses sérieuses et puis des petites mini-séquences que je t’ai réservées avec des tirages au sort.
Pour commencer, Yves, c’est l’exercice obligatoire : comment présentes-tu ton métier à quelqu’un avec qui tu bois un verre ou un café, de façon assez décontractée ?
Yves Mazin : J’aime bien cette question. Elle est complexe. Gestionnaire de patrimoine, les gens ne savent déjà pas ce que c’est. Si je devais résumer, le mot c’est : je donne du sens à votre patrimoine.
En fonction de la personne et du métier, je vais essayer de trouver une comparaison. Hier, j’étais avec de jeunes architectes et j’expliquais que j’allais les aider à devenir les architectes de leur patrimoine. Il y a souvent la comparaison du médecin généraliste, mais c’est toujours de partir de la personne et de dire : toi, tu fais ça, eh bien moi, je vais t’aider à gérer ton patrimoine, à lui donner du sens. J’essaie de me rapprocher de ce qu’il vit.
Stéphane : En sachant qu’il y a une petite spécificité pour toi, c’est que finalement aujourd’hui, tu as un double métier.
Yves Mazin : Oui, mais là je ne parle que du métier de gestionnaire de patrimoine.
Stéphane : On va revenir sur ça. On va commencer par la partie parcours. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours, d’où tu viens, tes études, et comment tu en es arrivé aux métiers de la finance, du patrimoine, puis à conseiller en gestion de patrimoine indépendant ?
Yves Mazin : Je ne sais pas si tout est avouable. À la sortie du bac, je ne savais absolument pas ce que je voulais faire. Je n’étais pas non plus le premier de la classe.
J’ai fait ma scolarité en région parisienne et je me suis inscrit en fac de droit. J’ai tellement aimé la fac de droit que j’ai mis cinq ans pour avoir une licence de droit. À ce moment-là, je me suis dit : ça n’a pas de sens.
Un été, comme j’ai toujours bossé tous les étés avec des petits boulots, j’ai fait un stage à la Fédération Continentale. À la sortie d’un partiel dont l’issue était loin d’être acquise, deux jeunes en costume-cravate se sont présentés avec un prospectus pour l’École supérieure d’assurance. Je me suis dit : ça a l’air bien.
Je suis arrivé à l’École supérieure d’assurance parce que la fac ne me convenait pas. J’avais besoin d’un cadre un peu plus structurant. J’ai fait cette formation en alternance, ce qui était assez nouveau à l’époque, et j’ai débarqué à la direction financière de La Hénin. Je ne savais pas ce que c’était qu’une assurance-vie, je ne savais pas ce que c’était qu’un OPC, encore moins une unité de compte. Ça a été une belle aventure.
Ensuite, je suis parti faire mon service militaire. À la fin de mon service militaire, j’étais marié et j’allais avoir un enfant. Là, je me suis dit qu’il fallait que je trouve un boulot. J’ai rappelé La Hénin. La direction financière ne m’avait pas intéressé, mais j’avais repéré qu’il y avait l’équipe commerciale, qui avait l’air de bien s’amuser.
Je suis rentré à la direction commerciale de La Hénin. Mon métier était d’accompagner la distribution des contrats de La Hénin, qui étaient des contrats en marque blanche auprès de sociétés de gestion et de banques d’affaires. Le client qui m’a marqué, c’était Carmignac, un client redouté et redoutable pour La Hénin parce qu’il était exigeant. Mon métier était d’aller voir les conseillers privés de Carmignac et de leur expliquer ce qu’était l’assurance-vie.
Un jour, Éric Helder, le directeur général de Carmignac, m’a demandé si je voulais les rejoindre. J’ai commencé chez Carmignac à la clientèle privée, en BtoC, face aux clients. Je n’avais jamais fait de commercial, c’était même pour moi un gros mot.
On me donnait des fichiers, des listes de prospects, puisque à l’époque Édouard Carmignac écrivait régulièrement dans La Vie financière une lettre assez pimentée et recevait des sacs de courrier. Je devais appeler. Le premier jour, tu prends ton téléphone : bonjour, Yves Mazin, puis tu raccroches. Le deuxième jour : bonjour, Yves Mazin, Carmignac Gestion. De fil en aiguille, je me suis littéralement éclaté.
Au bout d’un an, une personne est partie de la direction commerciale intermédiaire. Éric Helder m’a demandé si cela me tentait d’aller m’occuper du marché des CGP. Ça a été la découverte du métier de CGP. J’ai commencé par découvrir les clients avant de découvrir les intermédiaires.
À l’époque, j’allais en région présenter les fonds Carmignac, qui avaient le vent en poupe. Il y avait peu de plateformes et j’ai découvert ce métier, cette solidarité entre CGP.
Un jour, j’ai eu un accident de scooter dans Paris. Rien de grave, puisque je suis encore là, mais avec ma femme, nous avions une vie un peu folle : partir à 7 heures du matin, rentrer à 20 heures, être trois jours par semaine en province. Entre-temps, j’avais découvert le Sud-Ouest. Je suis tombé amoureux d’une femme du Sud-Ouest, d’origine gersoise, et nous nous sommes mariés au fin fond du Pays basque. C’est là où je vais me ressourcer régulièrement.
À Patrimonia, quand le salon tenait encore dans une salle, le patron de La Hénin chez Edmond de Rothschild vient me voir sur mon stand avec un aplomb extraordinaire en me disant : dans ton équipe, est-ce que tu as quelqu’un qui aimerait s’installer en province ? Dans mon équipe, j’étais tout seul. J’ai dit : moi.
J’ai donc été débauché par Edmond de Rothschild, qui voulait installer quelqu’un dans l’Ouest. C’était déjà extrêmement précurseur, en 2001. Ils m’ont proposé l’Ouest. J’ai dit Rennes, parce que j’ai des origines bretonnes. Ma femme a dit Bayonne. On m’a répondu que ce n’était pas sérieux. C’est comme ça que je suis arrivé à Bordeaux.
Quand j’avais démarré chez Carmignac sur la partie CGP, j’avais pris ma voiture pendant quinze jours pour faire Lille, la Normandie, la Bretagne, Nantes, puis Bordeaux. Il pleuvait, des CGP me posaient des lapins, et je m’étais dit : jamais je n’habiterai à Bordeaux. Ne jamais dire fontaine, je ne boirai pas de ton eau. Cela fait maintenant plus de vingt-trois ans que je suis à Bordeaux.
Stéphane : Et après, Edmond de Rothschild ?
Yves Mazin : J’arrive chez Edmond de Rothschild au décollage de Tricolore Rendement. Je n’ai fait que trois ans chez Rothschild. On m’a proposé de remonter à Paris, mais le choix que j’avais fait était un choix familial, donc j’ai dit non.
Concomitamment, j’ai rencontré mon futur associé de façon complètement folle. Lui était footballeur professionnel, en future reconversion. Un CGP m’a obligé à rencontrer ce gars un soir de foot. Je n’aime pas le foot, mais je suis allé à Strasbourg. Je suis monté dans le taxi et j’ai demandé au CGP avec qui j’étais : qui joue contre Bordeaux ? J’ai cru que le chauffeur allait faire un malaise.
En fait, on a eu un vrai coup de foudre. Après le match, on a dîné ensemble et le lendemain, il est revenu prendre son petit-déjeuner avec moi. On a énormément échangé. Un an plus tard, on s’est croisés à une réunion que j’animais. Il m’a dit : je vais me lancer, est-ce que vous voulez partir avec moi ?
Nous avons créé from scratch un cabinet. Nous n’étions pas de Bordeaux, nous n’avions pas un client. Nous nous étions vus deux fois vraiment, et la troisième fois, nous avons dit : on y va. Version Patrimoine est née en juin 2004. Nous avons eu notre premier client en décembre, et depuis, il y a eu la croissance de Version Patrimoine.
Stéphane : Et la CNCGP, c’est à partir de quand ?
Yves Mazin : Comme tout CGP, j’ai adhéré à la chambre au départ parce que j’avais un tuteur, que c’était une association exigeante et que la barrière à l’entrée était réelle. Au fil des mois, création en 2004, statut CIF en 2005, j’ai mis du temps à comprendre que les réunions régionales évoluaient.
Au départ, c’était une contrainte d’aller aux réunions régionales. Puis, vers 2008 ou 2009, j’étais dans une réunion où tous mes confrères disaient qu’ils en avaient assez de la réglementation, que les banquiers n’avaient pas les mêmes contraintes. J’étais en train d’entrer dans ce discours, puis je me suis dit : il te reste un paquet d’années à tirer. Soit tu subis, soit tu es acteur.
La vie est faite de rencontres. À l’époque, Stéphane Le Noir, président en région, m’a mis dans le dos en disant à la fin de son mandat : est-ce que tu veux être président de région ? Vu la passion que j’avais pour la CGP à l’époque, j’y suis allé.
C’est amusant parce que c’est ce que je disais ce matin aux présidents de région qui étaient en réunion à la chambre. Quand on rentre dans cette famille-là, on est un maillon d’une chaîne humaine. On prend à bras-le-corps ce métier, on a accès à de l’information, ce qui est normal puisqu’on est là pour la faire redescendre vers les différents CGP dont on s’occupe. Tu commences président de région, administrateur, et à la fin tu te retrouves un jour président de la chambre, sans que cela ait jamais été une ambition personnelle.
Stéphane : Tu as une très jolie phrase : on est là pour défendre notre métier, on l’aime donc on le défend.
Yves Mazin : C’est ça.
Stéphane : On va passer à la première mini-séquence. Je te laisse tourner la roue. Bleu, un « Qui perso ». Ta routine du président de la CNCGP le matin, en trois mots ?
Yves Mazin : C’est très simple : je me lève, café, un livre. J’ai besoin de mon petit-déjeuner, et cela peut durer 30 ou 35 minutes. Même si j’ai un train à 6 heures du matin, je bouquine devant mon café, parce que j’en ai besoin et surtout parce que cela m’évite d’être sur mon téléphone. C’est une phase de démarrage.
Stéphane : Ta plus grande qualité en tant que dirigeant ?
Yves Mazin : C’est affreux. Je pense que c’est l’altruisme. Je fais attention aux autres.
Stéphane : Et le plus grand défaut ?
Yves Mazin : Il faudrait demander à ma femme. Je pense que j’ai un côté un peu étourdi, en l’air. Tu peux être altruiste, t’intéresser aux gens, et avoir complètement oublié un sujet. Cela peut être handicapant.
Stéphane : Ton premier client ?
Yves Mazin : Mon premier client chez Version Patrimoine, c’est un vieux monsieur qui avait eu nos coordonnées je ne sais pas comment, qui est arrivé avec sa mallette à l’ancienne et qui a dit : un jour, je vais mourir, et quand je ne serai plus là, je veux que vous vous occupiez de ma femme.
Ce monsieur a placé trois francs six sous chez nous. Il venait tous les six mois, on déjeunait ensemble, il me sortait ses articles lus dans La Vie financière. Malheureusement, il n’est plus là. Maintenant, c’est sa femme qui vient quasiment toutes les semaines. La relation, c’est extraordinaire. C’est le plus beau cadeau du métier.
Stéphane : Si tu n’étais pas dans la gestion de patrimoine, tu ferais quoi aujourd’hui ?
Yves Mazin : J’ai un rêve, et je le ferai peut-être après. J’aurais aimé être ébéniste. J’aime travailler le bois. Je bricole, mais je n’ai pas les outils ni l’espace pour le faire. J’ai quelques idées pour plus tard. C’est un très beau métier, fabriquer quelque chose qui a du sens.
Stéphane : Qu’est-ce que tu fais pour déconnecter ?
Yves Mazin : Je ne déconnecte jamais vraiment. J’ai fait des choix de vie. Je suis marié, j’ai des enfants. Ma déconnexion, c’est cette richesse de la vie familiale. Je n’ai pas de passion particulière comme sauter en parachute. J’ai le vertige, donc il vaut mieux éviter.
Stéphane : Tu parlais de lecture le matin. Est-ce que tu peux nous parler d’un livre qui t’a marqué dernièrement ?
Yves Mazin : Non, parce que je n’ai pas de mémoire. Je lis de tout. Je ne vais pas forcément lire le best-seller qui vient de sortir. Il y a des livres qui me marquent. J’aime d’une façon générale les polars. La transcription fournie s’interrompt à ce stade, pendant cette réponse.