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Track Record est le nouveau format d’entretien signé Zoom Invest. Stéphane Van Huffel reçoit un(e) professionnel(le) de la gestion d’actifs ou de la gestion de patrimoine pour un échange direct.
Zoom Invest : Salut à tous. Bienvenue sur Zoom Invest dans ce nouveau format Track Record. Je suis ravi de vous retrouver parce que mon premier invité est d’abord un très bon ami, et ça va être un très bon client puisque je reçois Philippe Parguey. Salut Philippe, je suis ravi de te retrouver.
Philippe Parguey : Moi aussi.
Zoom Invest : Est-ce que tu peux me parler de toi en une petite minute, juste ta petite fiche d’identité ?
Philippe Parguey : Ma fiche d’identité ? Philippe Parguey, 49 ans, pas encore 50. Je suis directeur général de Nortia aujourd’hui, et j’espère demain aussi. J’ai cinq enfants, cinq garçons, et je suis très ravi d’être avec toi, avec un peu d’appréhension parce que c’est un premier format, mais beaucoup d’excitation aussi.
Zoom Invest : On va essuyer les plâtres un peu. Pour casser les codes, je voudrais d’abord que tu m’expliques ton métier comme si on était sur une terrasse en train de boire un verre, à un ami qui n’est pas du tout de notre secteur.
Philippe Parguey : En général, j’essaie de ne pas lui expliquer, parce que personne dans mes amis, même les plus intelligents, n’a vraiment compris ce que je faisais. Donc j’ai un petit mot facile : je suis intermittent de la finance, comme ça, ça règle le problème.
Souvent, je prends quand même la comparaison avec le milieu médical. Un conseiller en gestion de patrimoine pense souvent à son banquier, mais en fait, non, il n’est pas banquier, il est indépendant. Je prends donc la comparaison avec le milieu médical : le conseiller en gestion de patrimoine est le médecin, moi je suis le laboratoire pharmaceutique. Je prends ma casquette de visiteur médical. Son client a des problèmes, il va chercher les bons médicaments dans la bonne boutique, et à moi d’avoir les meilleurs médicaments.
Zoom Invest : Sachant qu’indirectement Nortia, c’est un peu la pharmacie.
Philippe Parguey : Oui, parce que ça distribue aussi le médicament. Nous avons cette définition d’être la marketplace du conseiller en gestion de patrimoine. Chez nous, il va trouver plusieurs médicaments, certains faits maison, d’autres qui sont en distribution. Il a ce choix.
Zoom Invest : Pour faire ce métier, devenir directeur général d’une très belle plateforme, c’est quoi ton parcours ? Les grandes étapes entre le Philippe Parguey qui sort du lycée et aujourd’hui.
Philippe Parguey : Il n’y a pas de hasard. Il y a un bouquin que j’adore et que je conseille à tous, que je fais lire à mes enfants, qui s’appelle La Bonne Fortune. Il n’est malheureusement plus édité. C’est un petit bouquin sous forme d’histoire entre le chevalier blanc et le chevalier noir, qui résume un peu cela : parfois, il y a des rencontres ou des événements qui sont des opportunités, et il faut savoir les entendre, les voir et les saisir.
J’étais interne à Notre-Dame de Recouvrance à Saintes. Au début, je voulais faire une prépa, peut-être plutôt une école d’ingénieur. Sur un salon de l’étudiant, j’ai rencontré des gens qui m’ont parlé d’une école de commerce. Finalement, je suis arrivé à l’ISG à Lille.
À l’ISG, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a beaucoup marqué, Hugues, qui est aujourd’hui dans le non coté privé chez Talence. Avant, il était chez Dubly, un ancien agent de change. J’ai fait un stage de fin d’études très structurant. J’ai rencontré des gens intelligents, avec un raisonnement de dingue. C’est là où je me suis dit qu’il fallait avoir une meilleure analyse des choses.
J’étais analyste financier, j’aurais bien aimé continuer chez eux, mais j’ai finalement terminé en banque, gérant sous mandat les portefeuilles fortunés de clients.
Zoom Invest : C’est important de le rappeler, parce que les gens qui te connaissent peuvent oublier cette partie de ta personnalité. On sait que tu es très humain, très chaleureux, généraliste. On ne voit pas forcément quelqu’un dans les chiffres.
Philippe Parguey : Lire un bilan, c’est plutôt pas mal. J’étais gérant et j’ai très vite compris que la banque n’était pas faite pour moi et que moi, je n’étais pas fait non plus pour la banque. Au bout de quatre ans, je tourne en rond et j’appelle Vincent Dubois.
Nous étions étudiants ensemble à Lille. Dubois, Limare, Parguey, et Flier aussi. Nous étions tous étudiants à peu près en même temps, même si nous n’avons pas démarré l’histoire ensemble. Chacun a eu sa vie avant Nortia, sauf Vincent qui a démarré dès le début.
Je connaissais bien Vincent parce que quand j’ai perdu mon père en 1997, j’étais encore étudiant en deuxième année. J’étais allé le voir parce qu’il fallait que je gère la fin de mes études, que je paie mes études, mon appartement, et j’avais besoin d’un conseil. Pascal et Vincent m’avaient accueilli à ce moment-là.
Je vois Vincent et il me dit : viens. Depuis, on était huit. Il faut le sentir, je ne sais pas si c’est l’instinct, mais j’ai eu raison de l’appeler et il a eu raison de répondre.
Zoom Invest : Ce sont des moments de vie qui transforment complètement ta vie. J’avais noté une question : quelle est la personne qui a le plus compté dans ton parcours professionnel ? Et en fait, tu y as déjà répondu.
Philippe Parguey : Il n’y en a pas qu’une seule. Après Vincent, c’est Vincent, mais Antoine Limare était déjà là à l’époque, et Loïc. Cette association à quatre a quelque chose de magique. Il y a une émulation entre nous quatre, avec une confiance absolue, qui fait que tout le monde ose et tout le monde avance.
Dans une vie professionnelle, il y a toujours des gens qui te marquent. Quand tu fais ton petit boulot d’été sur le marché avec Alain qui vend ses cerises, et que tu es obligé de crier plus fort parce que sinon tu ne vends rien, c’est aussi une super école.
Zoom Invest : Le Philippe de 49 ans, quel conseil donnerait-il au Philippe de 18 ou 20 ans qui finit ses études ?
Philippe Parguey : À 18 ans, j’ai l’impression qu’il y a plein de choses que je n’avais pas vues. Quand tu viens de l’île d’Oléron, le seul monde que tu connais en entreprise, c’est l’ostréiculture, la restauration et le Bastian de la mer.
Quand tu arrives à Lille, c’est une ville d’entrepreneurs, une ville où il y a une vraie émulation. Je pense qu’il faut affûter sa curiosité beaucoup plus rapidement. C’est difficile quand on est jeune. Il y a des cours qui paraissaient barbants, alors qu’aujourd’hui c’est hyper important d’avoir ces équilibres et cette méthode dans la tête pour avoir une meilleure vision du monde. Donc plus de curiosité.
Zoom Invest : On va faire une première pause avec une mini-séquence, la roue. Rubrique surcoté, sous-coté. L’intelligence artificielle ?
Philippe Parguey : Sous-cotée. Je parle pour notre métier. C’est d’une puissance extraordinaire.
Zoom Invest : Les produits structurés ?
Philippe Parguey : C’est large. Je dirais surcoté. Je trouve qu’il y en a trop.
Zoom Invest : Le bitcoin ?
Philippe Parguey : Je pense que c’est sous-coté. Je me souviens toujours de Philippe de Serine qui, en parlant du bitcoin, disait que c’est comme le maréchal-ferrant qui voit la première voiture passer et se dit : ça ne marchera jamais.
Zoom Invest : Et le contre-pied du bitcoin, l’or ?
Philippe Parguey : Surcoté.
Zoom Invest : Le private equity ?
Philippe Parguey : Je dirais sous-coté. C’est une classe extraordinaire. En revanche, j’ai un peu plus de mal avec une distribution massive retail. Je trouve que ce n’est pas forcément quelque chose fait pour être retail. C’est un truc un peu technique. C’est très bien pour des club deals avec des clients un peu particuliers.
Zoom Invest : La Rochelle ?
Philippe Parguey : Ça dépend des quartiers. Là où on est, c’est plutôt sous-coté. Le pré carré de La Rochelle doit être à peu près à 6 000 euros. Les avantages des villes en bord de mer, c’est que tu ne peux pas l’étendre sur la mer. Le centre-ville reste le centre-ville.
Zoom Invest : L’ISG ?
Philippe Parguey : Sous-cotée. Ça mérite d’être beaucoup plus connu, vu les gens qui y sont passés et les talents qui sortent de cette école.
Zoom Invest : Maintenant, parlons un peu d’actualité. Quels sont les sujets qui occupent ton esprit, en tant que directeur général et en tant que Philippe ? Je suis obligé de t’attaquer sur la réglementation dans notre métier. Il s’est passé un événement avec un grand fournisseur d’outils de réglementation et d’agrégation, Harvest. Comment as-tu vécu ça et comment Nortia a absorbé cette actualité ?
Philippe Parguey : Je vais commencer par Harvest et je vais les défendre. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais je vais faire partie de leurs défenseurs. Nous faisons nous aussi des exercices de cybersécurité en live avec des équipes qui nous testent. Je sais à quel point cela peut être complexe de gérer des situations de crise comme celle-ci.
Je sais aussi à quel point c’est difficile de communiquer. Beaucoup les attaquent sur la communication et je peux le comprendre, mais c’est extrêmement difficile de communiquer parce que tu ne sais pas. Globalement, je trouve que techniquement, ils ont bien géré la crise. C’est en tout cas les remontées que j’ai eues.
Je me dis que peut-être heureusement que c’est tombé sur Harvest, qui est un grand groupe, qui a les moyens financiers d’affronter ce genre de crise et qui est certainement une entreprise qui était plus prête que d’autres pour le faire.
Zoom Invest : Est-ce que cela a eu un impact sur ta DSI, sur de nouvelles mesures ? Est-ce qu’il y a des leçons à tirer ?
Philippe Parguey : Nous sommes très à cheval là-dessus. Cela te fait prendre en compte tout ce qui ne fait plus partie de ton cœur d’activité, les accès que tu dois fermer, les agrégations que tu dois fermer parce qu’elles ne sont plus utilisées. Ce peuvent être des portes d’entrée, des choses qui ne sont plus forcément sous surveillance parce que cela ne fonctionne plus, mais qui restent ouvertes.
La digitalisation inclut aussi des postes de sécurisation colossaux. Je pense que cela a mis le doigt sur le fait que ce n’était pas que les autres.
La transcription fournie s’interrompt à ce stade, au milieu du développement de Philippe Parguey sur la cybersécurité et les risques pour les acteurs du secteur.