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Track Record est le nouveau format d’entretien signé Zoom Invest. Stéphane Van Huffel reçoit un(e) professionnel(le) de la gestion d’actifs ou du conseil patrimonial pour un échange direct : éclairer.
Stéphane : Bienvenue sur Zoom Invest pour ce nouveau numéro de Track Record. Aujourd’hui, je reçois encore un très bon client, le camarade Stéphane Vonthron. Bonjour Stéphane, comment vas-tu ?
Stéphane Vonthron : Très bien.
Stéphane : Maintenant, tu es directeur chez Lombard Odier IM. Est-ce que tu peux déjà te présenter en une minute, s’il te plaît ?
Stéphane Vonthron : Je m’appelle Stéphane, j’ai 43 ans, je suis marié, j’ai deux enfants, de quatre et deux ans. Enfin, même pas quatre, mais c’est mon petit côté commercial, j’ai arrondi au-dessus.
Je viens de rejoindre cette belle maison. J’ai fait toute ma carrière dans l’asset management, toujours en tant que commercial, sur plein de segments, dans des maisons indépendantes, chez un gros anglo-saxon, chez un gros français, et maintenant dans une prestigieuse maison suisse.
Stéphane : Avant qu’on attaque ton parcours et qu’on parle de ces belles maisons de gestion où tu as fait une grande partie de ta carrière, comment expliques-tu ton métier à des potes avec qui tu bois un verre après avoir couru un 20 kilomètres, par exemple ?
Stéphane Vonthron : J’évite de l’expliquer déjà, parce que cela les ennuie profondément. Dès lors que tu touches de près ou de loin à la finance, même tes amis qui ont fait une école de commerce et qui ont un background théoriquement financier décrètent que c’est compliqué.
La réalité, c’est que, comme tout métier, cela a son jargon, mais ce n’est pas nécessairement beaucoup plus compliqué que le reste. Une explication que j’utilisais avant, notamment quand je m’occupais beaucoup de CGP, c’était le parallèle avec le visiteur médical. Je propose les substances, les ingrédients qui vont faire que toi, tu vas être soigné, à des médecins du patrimoine.
L’idée, c’est de dire : je propose des expertises financières à des professionnels de la gestion d’actifs et du patrimoine, qui vont eux-mêmes utiliser mes solutions, soit pour les proposer à leurs clients, soit pour construire les leurs et les proposer à leurs clients.
Stéphane : C’est tout le principe de Track Record : essayer de comprendre qui sont les personnalités derrière ces métiers. Est-ce que tu peux nous rappeler ton parcours ? Tu viens de dire que tu avais fait une école de commerce. Il faut faire école de commerce pour être directeur dans la distribution de produits financiers en France ?
Stéphane Vonthron : En tout cas, c’est préférable. Après, il y a des parcours universitaires qui fonctionnent très bien. La prépa n’est plus vraiment nécessaire, même si cela reste, pour ceux qui en ont fait une, une référence. Les admissions parallèles sont largement plus ouvertes, et il y a des cycles universitaires très performants aujourd’hui.
Ce n’est pas nécessaire, mais cela reste un plus. Quand je regarde les profils de jeunes qui rejoignent nos équipes, en règle générale, plus ou moins, ils ont fait des écoles de commerce.
Stéphane : Et spécialité finance ?
Stéphane Vonthron : Spécialité finance. Après, je pense que la compétence technique peut s’acquérir dans les métiers. Là, j’ai un prisme plus commercial. Il y a une dimension technique plus importante dans la gestion. Dans le commercial, je pense que la compétence technique peut s’acquérir et que le plus important, ce qui prime, reste la personnalité, la capacité à aller vers, à exprimer des idées, à les véhiculer, parce que c’est beaucoup plus difficile à apprendre.
Stéphane : Quelle que soit la spécialité de l’école de commerce, cela reste une école de commerce : il faut avant tout avoir le sens du commerce. Rétrospectivement, qu’est-ce que tu te serais dit à toi quand tu étais jeune ? Est-ce que tu avais senti ce cursus à 15 ou 16 ans, ou tu avais d’autres rêves ?
Stéphane Vonthron : En réalité, je suis allé assez proche de ce que je souhaitais faire. Quand tu es plus jeune, tu as une idée assez imprécise de là où tu veux aller, mais je savais que j’avais envie de travailler en proximité des marchés financiers. Cela m’intéressait et cela m’a toujours intéressé.
Pourquoi ? Parce que cela donne une dimension un peu touche-à-tout. Cela t’amène à comprendre l’environnement dans lequel tu vis, qu’il soit économique ou financier, et à toucher à beaucoup de choses. Cela se renouvelle tout le temps. La grille de lecture du marché évolue très vite, elle est très liée à l’actualité. Cela te permet d’être toujours dans ton temps et de le comprendre. En plus, c’est très moteur dans l’ensemble du monde économique.
Stéphane : Est-ce que tu aurais fait quelque chose de différent ? Quel conseil tu te serais donné à 20 ans ?
Stéphane Vonthron : Franchement, je n’ai pas de grand regret. La chance fait partie du jeu, de l’équation. Tu la provoques, mais il faut quand même qu’elle soit là. Je me dirais plutôt, dans le comportement et l’état d’esprit, notamment sur la partie début de carrière : avoir plus de patience.
Le manque de patience, parfois, peut te faire brûler les étapes, aller un petit peu trop vite, du coup moins bien faire les choses, et finir par perdre du temps en voulant en gagner. C’est sans doute le conseil que je me donnerais.
Stéphane : On va passer à une mini-séquence. Je te propose de faire tourner la roue.
Stéphane Vonthron : On va faire tourner la roue.
Stéphane : Le bleu sort souvent, et cela tombe bien dans le cas de Stéphane, parce que le bleu, c’est le quiz perso. Un livre qui t’a marqué récemment, soit pro soit perso ?
Stéphane Vonthron : La biographie de Belle Greene, un roman biographique concernant la bibliothécaire de J.P. Morgan. C’est une très belle histoire d’une femme qui a dû cacher ses origines puisqu’elle avait des origines noires, dans un État ségrégué. Elle a fait une carrière absolument incroyable. Elle a mené la bibliothèque de John Pierpont Morgan là où elle est aujourd’hui et a été l’une des femmes les mieux payées des États-Unis au début du XXe siècle.
Stéphane : Combien de temps es-tu resté chez J.P. Morgan ?
Stéphane Vonthron : Huit ans et demi.
Stéphane : Donc c’est quand même le gros de ta carrière, plus que La Financière de l’Échiquier.
Stéphane Vonthron : À peu près pareil. J’ai passé un peu plus de neuf ans à l’Échiquier.
Stéphane : Bonne expérience chez J.P. Morgan ?
Stéphane Vonthron : C’était une magnifique expérience. C’est une institution absolument incroyable. J’ai adoré mon expérience là-bas. Ce qui m’a amené à faire évoluer ma carrière, c’est l’aspect très satellite du marché français.
Le groupe est tellement gros et tellement américano-centré que les outils sont de très bonne qualité, mais il faut que les outils qui sortent de l’usine conviennent à ton marché, et ce n’est pas toujours le cas. Le marché français n’est pas un marché stratégique pour les États-Unis.
Stéphane : Je reviens sur ton parcours. Un moment décisif qui t’a donné envie de faire ce métier ? Est-ce qu’il y en a un ou plusieurs ?
Stéphane Vonthron : La gestion d’actifs, cela a été plusieurs expériences et des expériences partagées indirectes. J’ai fait des stages financiers classiques : audit, analyse crédit, contrôle dans le moteur de la finance de marché.
J’avais de très bons amis qui se retrouvaient en gestion d’actifs, l’un côté acheteur et l’autre côté vendeur. Ils ont fait leurs stages d’école de commerce dans ce secteur en même temps, avec des prismes différents. La façon dont ils m’ont raconté leur expérience m’a vraiment donné envie.
Le côté transactionnel de la finance de marché me plaisait moins que l’aspect fiduciaire long terme, l’alignement d’intérêts, le fait de proposer une stratégie et pas seulement un actif. Proposer une stratégie me paraissait être un service à plus forte valeur ajoutée et plus aligné avec l’intérêt du client.
Cela m’a donné l’idée que l’on pouvait développer de la relation de long terme, mais justement faire du commerce en faisant du bien, parce que ce qui génère ta capacité à faire du commerce dans la durée, c’est de donner un conseil, ou en tout cas un accompagnement, de bonne qualité.
Stéphane : Si tu n’étais pas dans la gestion d’actifs, tu aurais fait quoi ? Un rêve de gamin ?
Stéphane Vonthron : Rêve de gamin classique : pompier. Jusqu’à l’âge de 10 ans, il y avait une caserne de pompiers à côté de la maison. Cela me fascinait complètement. Je les entendais sortir.
Plus sérieusement, j’étais dans une orientation où, dès l’âge de 15 ans à peu près, je savais que je voulais faire une école de commerce. J’étais attiré par des métiers de la finance. Conceptuellement, cela m’intéressait. Ensuite, assez rapidement, je suis allé vers la finance et j’ai trouvé ma voie. À 21 ou 22 ans, je me suis dit : c’est là que je veux chercher.
Dans les métiers passion, je suis un passionné d’histoire. Étudier et partager le savoir, professeur d’histoire, c’est un métier qui, conceptuellement, m’aurait plu. J’ai beaucoup lu quand j’étais gamin.
Stéphane : Est-ce qu’il y a une personne qui a marqué ton parcours aujourd’hui ?
Stéphane Vonthron : Mes deux premiers patrons, Stéphane Toutlemonde et Didier Le Menestrel, à La Financière de l’Échiquier.
Stéphane : Premier job là-bas ?
Stéphane Vonthron : Mon premier job. Assistant commercial dans un premier temps, donc autant dire que tu fais tout. Tu passes beaucoup de temps à relire des présentations, mais tu les fais également. Ensuite, tu prends l’avion. C’était retail CGP.
Quand je suis arrivé, c’était encore beaucoup moins organisé. On est au milieu des années 2000, l’industrie est beaucoup moins organisée. La Financière de l’Échiquier est une petite entreprise à l’époque, qui gère un peu plus d’un milliard. Il y a peu de personnes dans l’équipe commerciale, tout le monde est assez généraliste. Nous étions jeunes, entre 25 et 30 ans. Chacun avait un portefeuille CGP au début, puis quelques gros clients, de gros distributeurs et quelques institutionnels.
La transcription fournie s’interrompt à ce moment.