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Yves Mazin (CNCGP) : une présidence pour représenter et structurer la profession.
Benjamin : De retour à Patrimonia 2025, nous avons le plaisir de recevoir la CNCGP avec Yves Mazin. Bonjour Yves.
Yves Mazin : Bonjour Benjamin.
Benjamin : Yves, tu as deux particularités. La première, c’est que tu es conseiller en gestion de patrimoine indépendant à Bordeaux, ville que j’affectionne particulièrement puisque j’y ai fait mes études.
Yves Mazin : La ville s’en souvient.
Benjamin : Voilà, la ville s’en souvient. C’est très important, notamment pour l’ancrage dans les territoires de la CNCGP. Et depuis le mois de juin, tu es président de la CNCGP, qui est l’une des plus grosses associations de conseillers en gestion de patrimoine, si ce n’est la plus grosse. Quel regard portes-tu sur cette situation, à la fois en tant que conseiller en gestion de patrimoine et président ?
Yves Mazin : Le fait d’être à la fois CGP et président, en fait, c’est assez naturel. Tu t’engages dans l’association parce que tu es adhérent et que tu as des attentes. Quand tu découvres que l’association est capable de te répondre, naturellement tu vas vouloir restituer ce que tu as reçu.
J’ai commencé comme président de région, administrateur, vice-président, et au fil des années, tu rentres un peu dans la granularité de cet écosystème. Cela donne beaucoup de hauteur, une vision beaucoup plus large du métier.
J’ai commencé comme tout le monde, avec un petit cabinet, puis on s’est développé. On a eu des questions : quel outil métier utiliser ? Est-ce que je suis à jour de ma réglementation ? Tout ce qui fait notre quotidien.
Je trouve que c’est la force de la chambre d’avoir, dans toute sa gouvernance, que ce soit au niveau des régions comme au niveau national, des élus qui sont ancrés dans le concret. Cela permet d’avoir des réponses qui sont, à mes yeux, adaptées.
Très souvent, on entend : le régulateur a dit cela. Oui, mais pourquoi le régulateur a dit cela ? Notre métier, c’est de faire redescendre la compréhension des choses, mais avec une lecture de professionnels.
Benjamin : Cela expose beaucoup, ce poste. C’est un poste un peu politique.
Yves Mazin : On parle de politique, mais très objectivement, ce n’est pas un job de politique. Je me souviens d’une phrase de mon prédécesseur que j’ai vraiment appréciée : une fois les élections passées, tous les CGP regardent dans le même sens.
Quand on regarde dans le même sens, c’est bien le développement de notre métier. Dans le développement de notre métier, il y a des choses à affronter, des chocs du moment, des crises. Il y a aussi des enjeux d’organisation.
L’IA, par exemple, est une question : est-ce que l’IA va me manger ? Non, elle va m’aider à aller plus loin. Comme on regarde tous dans le même sens, il n’y a pas de politique.
En revanche, il est vrai que dans ma fonction, je suis en relation avec les autorités de tutelle et avec certains hommes politiques. L’enjeu, ce n’est pas de faire de la politique, c’est de faire connaître et reconnaître notre métier auprès de la classe politique et auprès des autorités de tutelle. C’est de faire entendre la voix de la praticité.
Benjamin : En tant que président, quelles sont les priorités que tu vas donner à ton mandat et qu’est-ce que tu comptes apporter ?
Yves Mazin : La première chose que l’on a faite dès que l’on a été élus, puisque c’est une liste, c’est d’embarquer les équipes. Il y a Yves Mazin, oui, mais nous sommes 17 au total au niveau national et 17 au niveau régional.
Pendant deux jours, les 25 permanents de la chambre et les 17 élus ont appris à faire connaissance et à réfléchir sur la feuille de route que nous avions bâtie. Le faire dès le départ, c’était éviter de laisser l’été disperser la motivation du début et être tout de suite efficaces en septembre.
Là, nous avons une grosse échéance : le renouvellement des 17 présidents de région. Toutes les équipes sont mobilisées dans ce sens. Nous préparons aussi la suite du calendrier de la chambre.
Nous sommes à Patrimonia, où énormément de nouveaux adhérents et potentiellement de futurs adhérents sont venus. Nous étions quasiment une vingtaine d’élus et de permanents sur le stand, avec énormément de questions.
Patrimonia reste un carrefour pour se nourrir. Après, il y a des choses beaucoup plus stratégiques, comme la création du conseil aux affaires publiques pour ancrer le travail fait depuis des années par un certain nombre d’élus, afin de faire reconnaître le métier auprès de la classe politique et des autorités de tutelle.
Nous sommes régulièrement sollicités. Si nous sommes régulièrement sollicités, c’est que les réponses que nous apportons doivent amener un peu de valeur ajoutée. Nous ne sommes que des élus qui passons. Si demain je m’en vais, ce qui arrivera, il est important que ce travail de fond ne disparaisse pas avec l’homme qui est passé. Il faut vraiment ancrer cela dans le paysage.
Benjamin : Quand tu t’es fait élire récemment, tu parlais d’un accompagnement à 360 degrés. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Yves Mazin : C’est la vraie attente qu’ont nos adhérents. Je suis CGP, jeune embarqué ou dans le métier depuis un certain nombre d’années. Il n’a échappé à personne que depuis cinq ou six ans, la régulation s’est régulièrement densifiée.
La réponse des associations, et de la nôtre en particulier, a été de fournir des outils. Mais ces outils sont parfois techniques. Comme la vague réglementaire semble se calmer, profitons de ce temps de pause pour regarder si les outils que nous avons livrés et proposés sont compris.
Il y a donc un enjeu de pédagogie et de pratique. La première étape, c’est de repartir sur tout ce qui a été bâti par les équipes passées et de le passer au tamis de la praticité.
Le 360 degrés, c’est aussi une autre chose importante. Nous sommes une association. La magie d’une association, c’est qu’il y a beaucoup de bonnes volontés, qui sont aussi de passage.
La première chose que nous avons faite dans notre séminaire, c’est de dire aux permanents et aux élus : ayez un regard 360. Si je m’occupe de la formation et que j’ai une idée pour la formation, quelle est l’incidence pour le pôle partenariat ? Est-ce que j’ai pensé à la dimension prévention des risques ?
Il faut avoir cette capacité à se dire : mon idée existe dans un environnement, dans un écosystème. Cela concerne autant la vie de la chambre que les actions que nous allons délivrer. Après, il faut reprendre le job du CGP depuis le point de départ et l’accompagner sur toutes les dimensions.
Benjamin : Tu as été président de la vie des régions. Tu es installé en province, dans cette magnifique ville de Bordeaux. Quel axe justement pour les territoires ?
Yves Mazin : La vie des régions, c’est ce pour quoi Julien Séra, notre précédent président, m’avait appelé. J’ai été président de région. Quand je suis arrivé, il y avait la chambre, les élus, puis nous étions dans notre coin avec un peu le syndrome du village gaulois.
C’est sympathique d’être un village gaulois, mais dans la vraie vie, on vit dans un écosystème. Julien m’a demandé, avec d’autres élus, de structurer la vie des régions. Aujourd’hui, elle est dense : 51 événements à minima par an, plus d’autres que nous sommes en train d’organiser.
Ce sont des temps d’échange structurants pour les CGP. Aujourd’hui, ces temps sont malheureusement extrêmement mobilisés par la formation et nous voulons leur donner une densité d’échange beaucoup plus forte.
La vie des régions, c’est aussi arrêter de croire que la vie de la chambre se passe à Paris. J’en suis le parfait contre-exemple. Il y a cette volonté de réancrer les territoires à la CNCGP.
Les présidents qui sont passés avant moi ont agi pour la collégialité des CGP. Mais cette collégialité a besoin de relais d’opinion, et ces relais d’opinion, c’est la matrice des présidents de région. On peut aussi rêver un jour que certains événements de la chambre se délocalisent en région.
La dynamique des CGP aujourd’hui, ce qui me plaît, c’est de dire que quel que soit le client, où qu’il soit en France, il puisse avoir un médecin du patrimoine pas loin de chez lui.
Benjamin : Toi, tu es un peu le médecin du patrimoine à Bordeaux.
Yves Mazin : À Bordeaux, et un peu plus qu’à Bordeaux.
Benjamin : Dernière question : dans cette fonction de président que tu occupes depuis juin, je crois que tu as la volonté de mettre de grandes actions dans les relations publiques et institutionnelles. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Yves Mazin : J’ai déjà un peu dévoilé la chose avec l’arrivée de Céline Finon, pour cette raison que j’ai expliquée : ancrer dans la durée cette marque, cette trace, ce sillon de la chambre.
Ce qui est très intéressant avec l’arrivée de Céline Finon, c’est qu’outre les autorités de tutelle qui nous connaissent et auxquelles nous nous sommes présentés, puisqu’il y a une nouvelle tête, elle nous a fait entrer dans d’autres sphères. Ces sphères avaient besoin de réponses immédiates sur des sujets très pratiques, sur la loi de finances, etc.
Au-delà de cela, c’est le moment où l’on peut dire à ces personnes quel est notre métier, quelle est notre réalité terrain, quels sont les enjeux. Nous avons eu un échange passionnant sur la manière d’orienter les flux vers la défense.
Quand nous avons parlé de cela, j’ai expliqué comment un CGP faisait son travail. Quand je rencontre mon client, je sais qui, dans ma clientèle, est en capacité de vouloir investir dans la défense. Mais j’ai un nœud : si je remplis mon questionnaire de durabilité, cela bloque.
Ces personnes ont vu concrètement où étaient les points de blocage. C’est cela notre valeur ajoutée. Ce n’est pas de dire : la CNCGP, on est la CNCGP. C’est le côté pratique.
Benjamin : C’est aussi ce qui fait que, comme tu es toi conseiller indépendant et en même temps président, ce que tu vis au quotidien dans ton activité, tu es capable de le répercuter pour que cela change.
Yves Mazin : Exactement. Est-ce que je peux passer un message aux adhérents ?
Benjamin : Tu veux, chez Zoom Invest, tu es le président.
Yves Mazin : La praticité passe par la remontée des questions, des points de crispation. Je suis joignable, j’ai un mail. Je ne répondrai pas à tous, mais nous sommes en train de réfléchir à une logique de boîte à idées. Je n’aime pas trop le terme boîte à idées, parce que ce que nous voulons, ce sont les interrogations plus que les fausses bonnes idées.
Mais vraiment, l’équipe de la chambre est mobilisée pour entendre tout ce qui est mal compris, et nous ferons tout pour l’améliorer.
Benjamin : L’excellence dans la bienveillance.
Yves Mazin : Exactement.
Benjamin : Yves, merci beaucoup. On te souhaite, à toi et à la CNCGP, plein de belles choses pour ce mandat que tu viens de prendre depuis le mois de juin. Très bon Patrimonia 2025 et surtout à très vite chez Zoom Invest pour une interview, pour nous reparler de ce que tu mets en œuvre, notamment sur la partie territoire.
Yves Mazin : Merci, à bientôt.