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Entretien avec Carmignac sur Zoom sur le potentiel des actions internationales (+10 % par an sur 3, 5 ou 10 ans).
Stéphane : On est au MidSommer du Patrimoine organisé par la CNCGP, en 2024, pour un mini-débat. On a deux très grands noms de la finance. Je suis ravi de les recevoir. On reçoit Axel, qui représente Carmignac, qu’on ne présente plus, et Stéphane, qui représente Natixis IM, qu’on ne présente plus non plus.
On va parler un peu marché, stratégie et produits, avec une connaissance de marché très internationale dans vos deux maisons. Axel, je te fais commencer. Est-ce que tu peux me parler un peu du contexte dans lequel évoluent tes équipes de gestion ?
Axel : Oui, bien sûr. En tant qu’investisseurs, on aime toujours prévoir le pire. Il y a quelques mois, il nous paraissait impossible de passer d’une inflation de 10 % à 2 % sans passer par la case récession. Les derniers mois ont prouvé le contraire : le scénario idéal d’un atterrissage en douceur de l’économie était possible.
La croissance américaine s’est montrée extrêmement résiliente. L’Europe a stagné pendant cinq trimestres, mais ne s’est pas effondrée, contrairement aux attentes. La décrue de l’inflation a permis aux banques centrales d’amorcer des discussions sur un assouplissement monétaire. Cela a permis aux actifs risqués de monter en ligne droite, sans interruption, sur les derniers mois.
La question, c’est : et maintenant ? Notre scénario, c’est que cette croissance qui va atterrir en douceur va se poursuivre aux États-Unis. Le consommateur va commencer à accélérer, les dépenses d’investissement repartent à la hausse. En Europe, on est un peu dans une parenthèse enchantée où les exportations repartent à la hausse et le consommateur repart également.
Sur le front de l’inflation, on atteint un plancher dans la décélération, mais rien qui inquiète les banques centrales plus que cela. La Réserve fédérale l’a rappelé au cours de sa dernière réunion : elle s’attend à une baisse de taux. La Banque centrale européenne a commencé. Dans l’ensemble, c’est donc un environnement qui reste porteur pour les actifs risqués, et notamment les marchés actions.
Mais ce qu’il faut garder en tête, c’est que dans les valorisations, toutes ces bonnes nouvelles sont déjà prises en compte. Le contexte politique en Europe, en France, mais aussi aux États-Unis, peut redistribuer les cartes géopolitiques. Donc nous anticipons une tendance moins linéaire que celle que nous avons eue sur les derniers mois.
Stéphane : Merci Axel. Stéphane, ta vision du contexte ?
Stéphane : Axel a très bien résumé le contexte. Ce que je dirais quand même, par rapport à la très bonne tenue des actifs risqués, c’est qu’il faut souligner la faible proportion des investisseurs qui en bénéficient.
Si on prend un peu de recul et qu’on se replace au début de l’année, le consensus du marché était prudent sur les actions, sous-pondéré sur les actions, et en revanche favorable au pivot sur les taux et à l’achat de duration. Autrement dit, le consensus s’est bien croisé les skis : il fallait faire précisément le contraire.
C’est aussi ce qui explique la résilience du marché et sa faible baisse sur les à-coups. Beaucoup d’investisseurs courent après le marché, après le papier, parce qu’ils sont chroniquement sous-investis. En termes de diagnostic, cela veut dire que les performances absolues sont bonnes et que les performances relatives sont mauvaises, ce qui complique un peu notre posture en tant que gérant actif.
L’autre élément, c’est de se demander ce que l’on peut proposer dans ce contexte. En termes de lisibilité, nous pensons que nous avons été un peu trop tôt sur le pari de duration. L’attractivité des taux courts, même si elle s’amenuise avec la première action de la BCE, reste importante au regard de la volatilité.
Certes, les actions ont monté en ligne droite, mais la volatilité la plus forte que nous avons connue depuis le début de l’année, et les derniers jours ne le démentent pas, se situe sur la duration et sur les taux gouvernementaux. C’est contre-intuitif : là où l’on devrait avoir peu de risque, on en embarque beaucoup.
Notre diagnostic est donc le suivant : dans le contexte actuel, même si les valorisations sont assez riches, si l’on regarde les États-Unis, on est à peu près à la moyenne du marché en PER, voire un peu en dessous, parce que les taux de croissance sont un peu plus élevés que les moyennes historiques. Il y a donc une certaine forme d’attractivité.
Dans un contexte de croissance molle emmenée par les États-Unis, nous aurions tendance à dire : sur la courbe euro, soyons courts, restons assez conservateurs. Nous avons du rendement lisible et faiblement volatile. Et déployons, pour aller chercher de la croissance bénéficiaire et peut-être un pivot sur les taux, vers des actions de croissance, en particulier aux États-Unis.
Stéphane : Axel, quels sont tes marqueurs dans ta gestion dans les prochaines semaines ?
Axel : Comme l’a dit Stéphane, les gagnants des derniers mois ont été assez peu nombreux. Le numéro un a été l’intelligence artificielle, et au-dessus de tout Nvidia, avec une capitalisation boursière montée à 3 000 milliards de dollars, soit à peu près la capitalisation boursière du CAC 40. Cela s’est accompagné d’une hausse des bénéfices tout aussi impressionnante.
C’est un thème qui reste important, mais pour nous, ces grands thèmes gagnants vont sûrement rester gagnants, tout en nécessitant de se renouveler, d’aller plus en amont et plus en aval de la chaîne de valeur, de se diversifier et de réallouer les profits.
Dans l’intelligence artificielle, c’est ce que nous cherchons à faire : aller chercher des fournisseurs de Nvidia qui n’ont pas encore connu sa hausse et qui n’ont pas encore reçu tous les bénéfices de l’intelligence artificielle. Il y a beaucoup d’acteurs à Taïwan et en Corée du Sud qui sont extrêmement intéressants.
Nous regardons aussi l’ancienne économie, qui bénéficie indirectement de l’intelligence artificielle. L’intelligence artificielle, ce sont des besoins en énergie absolument énormes. Dans l’ancienne économie, on peut trouver des acteurs qui vont en bénéficier dans quelque temps.
Nous faisons un peu pareil dans la santé. La santé a aussi eu un petit nombre de gagnants, notamment dans tout ce qui concerne les traitements de l’obésité. Là aussi, nous nous diversifions. Nous allons chercher ailleurs dans la chaîne de valeur des distributeurs de médicaments qui vont bénéficier de cette hausse des volumes liés aux médicaments contre l’obésité.
Dernière grosse conviction : le crédit. Encore et toujours le crédit. Oui, le crédit est une classe d’actifs plus chère qu’il y a quelques mois. Mais quand on regarde les rendements, on est bien au-dessus de ce que l’on a connu pendant plus d’une décennie. Sur des fonds chez Carmignac, nous sommes entre 5 % et 6 % de rendement à échéance. Ce sont donc des choses encore attractives, et ce rendement va nous permettre d’absorber un peu la volatilité à court terme que l’on pourrait voir.
C’est une classe d’actifs qui reste très intéressante, surtout si l’on a un assouplissement monétaire. Mettre un peu dans des fonds à maturité et capter ce rendement à échéance peut être très intéressant.
Stéphane : Stéphane, comment matérialises-tu cette stratégie à travers des fonds à conseiller à nos auditeurs, et quelles typologies de secteurs ces fonds vont-ils privilégier ?
Stéphane : Sur la partie taux, chez nous, les solutions seront plutôt emmenées par Ostrum. Nous avons beaucoup de sociétés de gestion et notre expert sur les taux, c’est Ostrum. Nous avons une très bonne expertise sur les taux courts et le crédit euro.
Nous avons des stratégies historiques qui n’intéressaient personne pendant plus de dix ans, mais qui retrouvent aujourd’hui toute leur attractivité. Ce sont des stratégies qui s’intercalent entre le monétaire et l’obligataire traditionnel. C’est ce que nous faisons avec un fonds qui s’appelle Ultra Short, qui a été un très grand succès de collecte depuis le début de l’année.
Il reste aujourd’hui très attractif, avec des niveaux de rendement embarqués encore proches de 4,5 % brut, selon les structures de frais et les enveloppes dans lesquelles on souhaite le proposer. Surtout, il n’y a pas de sensibilité aux taux et très peu de volatilité.
Nous avons aussi la marche d’après, avec des sensibilités aux taux entre deux et deux et demi, sur des produits mixtes entre high yield et investment grade, en étant très courts sur le high yield. Le high yield a beaucoup rallié, avec une très bonne performance. Ce qui nous intéresse et nous préoccupe, c’est le niveau de rendement. Le rendement facial est bon, mais les primes de risque sont assez faibles sur le high yield comme sur l’investment grade. Il faut donc proposer cela graduellement dans les mois à venir.
Sur les actions, nous allons privilégier la croissance. En règle générale, la croissance se trouve essentiellement aux États-Unis. Nous avons une société de gestion qui propose une stratégie sur la croissance américaine appelée US Growth, avec un très bon historique de performance et une gestion très concentrée sur des méga caps.
Notre diagnostic sur la rupture technologique est que, sur toute rupture technologique, on a tendance à sous-estimer l’impact économique de long terme et à surestimer le nombre de gagnants. Nous avons donc une posture consistant à dire que le gagnant prend plutôt tout, que ce sont des marchés d’oligopoles qui se concentrent, et que nous allons plutôt investir sur les méga caps qui portent cette tendance.
Nous avons aussi des gestions thématiques plus diversifiées, qui peuvent accompagner ce mouvement sur la sécurité et l’intelligence artificielle notamment.
Stéphane : Axel, comment traduire le message en produits ?
Axel : Deux produits chez nous sont complémentaires. D’abord Carmignac Investissement, qui a 35 ans d’historique. Tout le monde est assez familier avec sa stratégie. Aujourd’hui, c’est une stratégie qui a dépassé ses plus hauts historiques, premier quartile par rapport à ses concurrents depuis le début de l’année et sur un an.
Ce qui est intéressant, c’est qu’un nouveau gérant nous a rejoints, Christopher Barrett. Il a vraiment cette idée de diversifier les gagnants et d’exploiter les chaînes de valeur des grands thèmes qui ont fait le succès des marchés ces derniers mois. Il a une très forte expérience dans les actions globales et les actions émergentes.
Le deuxième produit, c’est Carmignac Crédit 2029. C’est un produit géré par une équipe talentueuse, avec encore un rendement à échéance de 6 %, un portefeuille extrêmement diversifié et une notation moyenne investment grade. Les marchés du crédit ont encore du potentiel à offrir, et Carmignac Crédit 2029 a encore de beaux jours devant lui.
Stéphane : Merci à tous les deux pour votre transparence, votre pédagogie et vos sourires.