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Dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues, la Chine opère un recentrage stratégique majeur avec son 15ᵉ plan quinquennal (2026-2030).
Dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues, la Chine opère un recentrage stratégique majeur avec son 15ᵉ plan quinquennal (2026-2030). Technologie, consommation intérieure et ouverture institutionnelle deviennent les piliers d’une nouvelle phase de modernisation.
Le point hebdo d'Ostrum Asset Management daté du 4 novembre 2025, par Zouhoure Bousbih, Stratégiste pays émergents
Le 15-ème plan quinquennal 2026-2030 est un recalibrage stratégique pour atteindre l’objectif de modernisation socialiste en 2035 ;
La priorité de ce nouveau plan est l’autonomie technologique : la Chine ambitionne de devenir Leader de l’IA grâce à son potentiel d’innovation ;
Le rôle de la consommation domestique évolue vers une autonomie structurelle afin de permettre la stabilisation de l’économie en cas de chocs externes ;
« L’ouverture institutionnelle » va au-delà des accords de libre-échange, car Pékin cherche à promouvoir ses règles et ses standards réglementaires en matière environnementale, technologique et commerciale ;
Le monde et les entreprises étrangères devront s’adapter rapidement et adopter les nouveaux standards chinois. C’est le nouveau prix à payer pour avoir accès à son vaste marché intérieur.
Deux dates sont importantes pour la Chine : l’objectif de modernisation socialiste d’ici 2035 et devenir la première puissance mondiale en 2049, date de son 100e anniversaire. Ses deux objectifs de long terme renforcent l’importance de ses plans quinquennaux. Ce 15-ème plan est donc crucial pour ne pas rendre caduques les efforts réalisés jusqu’à présent.
Le premier grand objectif de ce nouveau plan est l’autosuffisance technologique, cruciale pour le développement économique de la Chine dans un contexte de concurrence accrue et de fortes tensions géopolitiques.
Les « Nouvelles Forces Productives de Qualité » deviennent la pierre angulaire du nouveau modèle chinois.
A l’inverse des précédents plans quinquennaux qui avaient une approche généraliste sur l’innovation technologique, le 15-éme plan adopte une approche très focalisée sur les « Nouvelles Forces Productives de Qualité » (NFPQ), pierre angulaire de ce nouveau plan. Les NFPQ marquent une rupture entre l’ancien modèle de croissance basé sur l’immobilier vers une croissance tirée par l’innovation technologique, notamment l’intelligence artificielle (IA).
Information quantique, science du cerveau et biologie synthétique, la Chine veut se placer au sommet de l’innovation technologique.
La Chine a montré son potentiel d’innovation en s’imposant dans le domaine des véhicules électriques, des batteries au lithium et dans l’industrie des panneaux photovoltaïques.
Récemment des startups dans le domaine de technologie de pointe telle que DeepSeek a attiré l’attention dans le monde entier mettant en évidence les progrès technologiques de la Chine. Il ne s’agit donc plus d’une simple mise à niveau technologique mais d’être un leader mondial dans l’IA et plus seulement un consommateur stratégique.
Les secteurs des NFPQ sont clairement identifiés dans ce nouveau plan : information quantique, science du cerveau et biologie synthétique dans lesquels la Chine veut devenir un acteur majeur et incontournable. L’accent est également porté sur le développement scientifique du pays, notamment la formation afin de pérenniser l’avance technologique.
La sécurité est un prérequis pour être Leader dans l’IA étant donné l’intensification des tensions géopolitiques. La Chine doit sécuriser son cadre technologique en prenant en compte ces risques. Cela implique que les entreprises étrangères pourraient être contraintes de se localiser en Chine pour des raisons de sécurité nationale si elles souhaitent continuer leurs activités dans le pays.
La consommation chinoise n’est plus un stimulus cyclique mais doit gagner en autonomie structurelle.
La consommation en Chine représente 39,6 % du PIB en 2024, ce qui est faible par rapport aux Etats-Unis (69%), le Japon (55.5%) et l’Union Européenne (51,6%). La faiblesse de la consommation chinoise est liée en grande partie à l’épargne forcée reflétant le manque de protection sociale.
En effet, le revenu disponible avant impôts des ménages chinois représente 62% du PIB, aligné avec celui de la Corée du Sud, mais légèrement inférieur à celui du Japon (65%). Le revenu disponible après impôts et transferts reste également élevé à 61% . Cependant, le revenu disponible incluant les transferts sociaux des ménages chinois représente 67% du PIB contre 78% du PIB pour le Japon et plus de 80% pour les Etats-Unis. Cela implique donc des réformes structurelles importantes notamment l’augmentation des revenus et l’amélioration des services.
Le 15-ème plan quinquennal a pour objectif d’augmenter sa part dans le PIB sur les cinq prochaines années mais en transformant également son rôle dans l’économie. La consommation ne doit plus être un stimulus cyclique mais doit gagner en autonomie structurelle.
Le plan prévoit de massifs investissements dans les secteurs de la santé, l’éducation et l’accès à la propriété afin de réduire les inégalités de revenus.
Le 15-ème plan a clairement souligné la nécessité d’élargir et d’améliorer l’ouverture institutionnelle, une étape majeure pour répondre aux tensions autour des relations internationales et à la guerre commerciale mondiale. C’est également l’un de ses principaux moteurs du développement de « haute qualité ».
« L’ouverture institutionnelle » signifie que la Chine va promouvoir ses normes réglementaires afin de bénéficier d’un nouvel avantage concurrentiel.
L’ouverture institutionnelle implique non seulement de se comparer aux normes économiques et commerciales internationales de haut niveau, mais aussi de conserver et valoriser ses propres atouts institutionnels.
A travers ses nombreuses participations dans les institutions comme le Partenariat économique global régional et en cherchant à adhérer activement à l’accord de partenariat pour l’économie numérique (accord qui vise à établir des règles commerciales numériques et des collaborations sur l’économie numérique), la Chine montre son intérêt à participer à la formation d’un nouvel ordre international de gouvernance économique mondiale.
L’objectif pour la Chine est de promouvoir l’alignement des règles et des normes nationales dans des domaines clés avec des normes internationales, créant ainsi un nouvel avantage concurrentiel pour une économie d’un niveau supérieur. Cela devrait s’accompagner de profondes réformes notamment dans la clarification des frontières entre le marché et le gouvernement.
L’alignement institutionnel aux nouvelles normes chinoises sera probablement le nouveau prix à payer pour les entreprises étrangères.
La Chine entre dans une transition cruciale pour son développement économique. Le 15-ème plan quinquennal est un recalibrage stratégique pour s’adapter à un monde imprévisible menaçant ses objectifs de long terme. Ainsi, la priorité est l’autonomie technologique où la Chine ambitionne de devenir leader de l’IA grâce à son potentiel d’innovation. Les politiques centrées sur les ménages doivent permettre une autonomie structurelle de la consommation domestique afin de permettre la stabilisation de l’économie en cas de chocs externes. Enfin, malgré la quête d’autonomie et son recentrage économique, la Chine continue activement sa politique « d’ouverture institutionnelle ». Ce concept va au-delà des accords de libre-échange, car Pékin cherche à promouvoir ses règles et ses standards en matière environnementales, économiques et commerciales. Le monde et les entreprises devront donc s’adapter en adoptant les normes chinoises en matière environnementales, technologiques et commerciales. C’est le nouveau prix à payer pour avoir accès à son vaste marché intérieur.