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Pictet AM : la Chine, tout le monde a voulu y investir en Bourse, mais souvent pour de mauvaises raisons.
La Chine, tout le monde a voulu y investir en Bourse, mais souvent pour de mauvaises raisons. D’où des déconvenues. Quelles sont ces mauvaises raisons ?
Par Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM
La Chine est la deuxième puissance économique mondiale, avec une population au pouvoir d’achat croissant - hausse des salaires de +10 % par an en moyenne sur la décennie 2000. C’était un peu présenté comme le relais de croissance idéal pour les entreprises étrangères. Malheureusement, être un géant économique ne garantit en rien des gains boursiers. Les deux sont souvent décorrélés.
Le deuxième argument, c’était de dire que les valorisations en Chine sont décotées. C’est vrai. Mais ça ne veut pas dire pour autant que c’est le moment d’investir. D’autres critères entrent en compte, comme la liquidité du marché ou la croissance des bénéfices.
La dernière erreur, c’était de dire que la Chine possède des entreprises de première importance dans les technologies et d’espérer qu’automatiquement elles affichent d’excellentes performances en Bourse. Prenons Alibaba. Son modèle économique est excellent, personne ne le conteste. En revanche, son évolution boursière a été plutôt décevante. Les deux ne vont pas automatiquement de pair.
Pourquoi cette déception boursière ? L’une des erreurs originelles de la Bourse chinoise, mais on retrouve le même sujet sur Euronext Paris, c’est que les introductions en Bourse se font souvent à des niveaux de prix trop élevés. Il est donc difficile pour les entreprises de les justifier sur le long terme, à moins d’afficher des bénéfices astronomiques.
Unitree est le bon exemple en la matière. C’est le leader de la robotique humanoïde. Ils ont fait des progrès incroyables en trois ans et ils n’ont pas de vrai concurrent en Europe et aux États-Unis. En revanche, son introduction en Bourse en août dernier à Shanghai s’est faite à un niveau un peu trop élevé, et le risque de déception à moyen terme est important. Un investisseur qui aurait acheté au pic aurait déjà perdu 53 %*.
Dernier point : contrairement aux entreprises américaines, les entreprises chinoises cotées ont été, jusqu’en 2024, assez réticentes à faire des rachats d’actions massifs qui sont, pourtant, un facteur structurel de soutien à la hausse des actions. C’est toutefois en train de changer.
Pas nécessairement. Mais c’est un marché boursier qui se prête peu à la gestion passive, qui consiste à simplement suivre un indice. Il faut être sélectif. Qu’est-ce qui fonctionne réellement dans la Bourse chinoise ? Les actions du secteur financier et bancaire, certains acteurs de haute technologie - pas nécessairement ceux que le grand public a en tête - et le luxe !
Prenons deux exemples.
La montée en gamme de la Chine dans les semi-conducteurs spécialisés pour l’IA implique la maîtrise de la technologie de lithographie. La Chine est déjà leader mondial dans les nœuds de gravure anciens, concrètement les semi-conducteurs qu’on retrouve dans l’électronique et l’automobile. Ce n’est pas encore le cas pour la lithographie. Ce sont des acteurs sud-coréens et taïwanais pour l’essentiel. Mais d’ici un à trois ans, cela devrait changer, entraînant une baisse des marges pour les acteurs historiques… qui finira tôt ou tard par se répercuter sur les acteurs dominants d’aujourd’hui. Certaines entreprises, comme Cambricon Technologies, se positionnent déjà… et délivrent en performance boursière : +1 400 % depuis l’IPO en 2020, +1 150 % sur trois ans.
Mais la surprise de la Bourse chinoise, c’est peut-être l’émergence d’un luxe local qui est en train de partir à la conquête des pays développés après avoir rogné les parts de marché historiquement détenues par les acteurs français sur le marché local. La clé de leur succès : des produits enracinés dans la culture nationale, inspirés du folklore, des traditions et de l’esthétique locale - loin des standards occidentaux. Le meilleur exemple est certainement Laopu Gold, présenté de manière assez impropre comme « l’Hermès de l’or », qui a réussi à séduire les jeunes générations chinoises et qui prévoit de partir à la conquête de l’Europe et des États-Unis en 2027. Finalement, les marques de luxe françaises ne souffrent pas de la faiblesse de la consommation chinoise, mais plutôt de leur désamour au profit de marques locales. Laopu Gold est aussi une réussite boursière, avec une hausse du cours de 700 % en un peu plus de deux ans. Ça a tout l’air d’une bulle. Non, c’est justifié par les fondamentaux de l’entreprise, notamment une explosion des ventes et du chiffre d’affaires.
Il n’existe pas à proprement parler de marché boursier à fuir. En revanche, toutes les approches ne se valent pas. Suivre l’évolution des indices chinois via un ETF a prouvé par le passé que c’était très hasardeux. Il vaut mieux privilégier une gestion active afin de capter la valeur où elle est réellement et aussi de déceler les failles du marché - en particulier les niveaux d’introduction en Bourse bien trop élevés, qui sont l’un des problèmes récurrents du marché chinois.
*En date du 6 octobre 2026.
Une sélection mondiale d’entreprises technologiques responsables (article 9 SFDR), pour capter la dynamique du secteur avec un processus ISR exigeant.