Des marchés entre résilience et nouvelles tensions
Les tensions géopolitiques et commerciales se ravivent, tandis que le ton plus ferme des banques centrales entretient la pression sur les taux. L'activité et les marchés conservent toutefois des signes de résilience, dans un environnement marqué par de nouveaux mouvements sur les matières premières.
Géopolitique : escalade militaire et isolement économique
Moyen-Orient : dans la nuit de dimanche, les forces américaines ont frappé deux lanceurs de roquettes iraniens sur l'île de Larak, marquant la première intervention militaire directe des Etats-Unis dans la région depuis près d'un mois. L'Iran a riposté, propulsant le Brent au-dessus de 89 dollars le baril. En parallèle, l'administration Trump a intensifié sa campagne économique contre Téhéran. Le secrétaire au Trésor, Bessent, a menacé de sanctions tout pays poursuivant ses échanges commerciaux avec l'Iran, qualifiant cet effort d'« Economic D-Day ».
Etats-Unis-Canada : les négociations entre les Etats-Unis et le Canada ont définitivement échoué, conduisant à l'application de droits de douane de 50 % sur 20 Md $ d'importations canadiennes, auxquels Ottawa a répondu par des contre-mesures « dollar pour dollar ».
Sommet au Kirghizstan : le sommet trilatéral Xi-Poutine-Pezeshkian dans le cadre de l'Organisation de coopération de Shanghai a testé la cohésion du bloc sécuritaire Chine-Russie-Iran face à la pression américaine.
Etats-Unis : le discours hawkish de Warsh rebat les cartes
Inflation : l'indice PCE sous-jacent a progressé de 0,25 % en juillet (3,3 % sur un an), conformément aux attentes. Le PCE global s'est maintenu à 3,7 % sur un an, bien au-dessus de l'objectif de 2 %. Les dépenses de consommation réelles ont stagné en juillet après de solides hausses en mai et juin.
Jackson Hole : le président de la Fed, Kevin Warsh, a prononcé un discours nettement plus hawkish qu'attendu. Il a déclaré que l'inflation ne « ralentit pas de manière significative » et que la Fed a « du travail à faire » si l'inflation sous-jacente ne converge pas clairement et suffisamment rapidement vers l'objectif de 2 %. Il a également affirmé que l'objectif d'inflation de 2 % mesuré par l'indice PCE est une « cible ferme et fixe ». Ces propos ont renforcé les anticipations de marché en faveur d'une hausse de taux dès septembre, la probabilité implicite dépassant 60 %.
Taux : à la clôture de la semaine, le rendement du Trésor à 2 ans s'établissait à 4,35 %, le 10 ans à 4,72 % et le 30 ans à 5,21 %, avec un spread 2s10s à +37 pb. La courbe reste positivement pentue, reflétant les anticipations de hausses à court terme conjuguées à des préoccupations de prime de terme fiscale et inflationniste sur la partie longue.
Zone Euro : résilience de l'activité mais inflation en hausse
Croissance : les enquêtes de confiance (Ifo en Allemagne, Commission européenne) ont confirmé la résilience de l'économie, portée par le secteur manufacturier et les exportations. Le PIB du T2 a été confirmé à +0,4 % sur le trimestre. L'Allemagne a même révisé sa croissance à la hausse à +0,3 % t/t.
Inflation : les estimations flash font ressortir une nette accélération de l'inflation en août en France et en Espagne, l'inflation espagnole atteignant 4,5 % sur un an (son rythme le plus rapide depuis 2023) et l'inflation française 2,7 %. La BCE devrait annoncer une hausse de 25 pb lors de sa réunion du 9 septembre.
Taux : le rendement du Bund allemand à 10 ans a clôturé à 3,28 %, tandis que celui de l'OAT française à 10 ans s'établissait à 4,13 %, impliquant un spread OAT-Bund d'environ 85 pb. Les inquiétudes budgétaires françaises, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, maintiennent la pression sur les OAT.
Royaume-Uni : l'activité britannique montre des signes de solidité, avec des PMI d'août robustes (composite à 52,5). L'Ofgem a confirmé que le plafond des prix de l'énergie augmenterait de 3,6 % au T4, ce qui est supérieur aux attentes, mais ne modifie pas une prévision d'un pic d'inflation à 3,1 % en octobre. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Bailey, s'exprimant à Jackson Hole, a réitéré que les effets de second tour restent pour l'instant contenus, ce qui lui permet de « surveiller la situation pour l'instant ».
Japon : la hausse des taux se précise
Activité : la production industrielle de juillet a progressé de 0,1 % sur un mois (contre -0,7 % attendu) et de 4,1 % sur un an, marquant un quatrième gain mensuel consécutif. Les mises en chantier ont également augmenté de 8,2 % sur un an.
Inflation : l'IPC de Tokyo hors produits frais a progressé de 1,8 % sur un an en août, marquant un troisième mois consécutif d'accélération, renforçant les arguments en faveur d'une hausse des taux de la BoJ en septembre (probabilité >80 %).
Taux : le rendement du JGB à 10 ans s'établissait à 2,948 %, en hausse sur la semaine. Le Japon a déployé un montant record de 96,4 Md $ d'intervention sur le yen sur la période du 30 juillet au 26 août.
Chine : PMI en contraction, l'activité reste atone
PMI : le PMI manufacturier officiel est ressorti à 49,8 (contre 49,5 attendu), restant en territoire de contraction pour le deuxième mois consécutif. Le PMI non-manufacturier a déçu à 49,0, laissant le PMI composite à 49,5.
Politique : la PBOC maintient un biais accommodant, mais privilégie les outils ciblés plutôt que des baisses de taux généralisées. Pékin a dévoilé de nouvelles mesures de soutien en faveur du secteur immobilier, notamment l'allongement de la durée maximale des prêts hypothécaires de 30 à 40 ans.
Matières premières : le Brent s'envole
Pétrole : le pétrole a bondi à la suite des frappes américaines, le Brent dépassant 89 $ le baril, avant de clôturer la semaine à 89,31 $.
Métaux : l'or a fortement reculé vendredi, chutant de 2,5 %, le discours hawkish de Warsh ayant dopé le dollar et les rendements réels, tandis que le cuivre se maintient à proximité de ses records historiques, à 14 294 $/tonne, soutenu par la demande liée à l'IA et la transition énergétique.
Marchés : actions résilientes, taux sous pression
Actions : la saison des résultats du T2 s'est achevée sur une note positive, portée par les résultats exceptionnels de Nvidia, qui a bondi de 8,7 % après des prévisions de croissance de son chiffre d'affaires d'environ 70 % pour 2028. Le S&P 500 a clôturé en légère baisse (-0,25 % à 7 711,76), pénalisé par les propos hawkish de Warsh. Le Stoxx Europe 600 a progressé de 0,51 % vendredi, porté par les valeurs bancaires et automobiles.
Taux : les taux longs restent sous pression. Le rendement du T-bond américain à 10 ans se maintient à 4,72 %, celui du Bund allemand à 3,28 % et celui de l'OAT française à 4,13 %. L'élargissement du programme de rachat d'obligations longues par le Trésor américain (le « Bessent twist ») a apporté un répit temporaire, mais les inquiétudes budgétaires persistent et la prime de terme reste élevée.
Devises : le dollar s'est apprécié à la suite du discours hawkish de Warsh, le DXY (US Dollar Index) clôturant à 99,70. L'USD/JPY a franchi le seuil des 160, atteignant 160,09, plaçant les traders en alerte sur une éventuelle intervention. L'EUR/USD a reculé à 1,1585.
Données au 31/08/2026.
*Performances exprimées en devises locales. ** Variations exprimées en points de base (0,01%).
Analyses rédigées le 01/09/2026 sur la base des informations disponibles au 28/08/2026.