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Dépenses budgétaires historiques, retournements monétaires, envolée de l’or et reconfiguration des équilibres géopolitiques : à travers dix chiffres marquants, l’année 2025 esquisse.
Dépenses budgétaires historiques, retournements monétaires, envolée de l’or et reconfiguration des équilibres géopolitiques : à travers dix chiffres marquants, l’année 2025 esquisse les grandes lignes d’un nouveau cycle économique et financier mondial.
Une analyse du 23 décembre 2025 signée Kevin Thozet, Portfolio Advisor et Membre du Comité d'Investissement chez Carmignac
L’année 2025 marque un tournant budgétaire et monétaire majeur, notamment en Allemagne et aux États-Unis, avec des conséquences durables sur la croissance et les marchés.
Les marchés financiers ont poursuivi leur ascension malgré une volatilité accrue, portés par l’intelligence artificielle, la détente monétaire anticipée et la quête de diversification.
Les équilibres géopolitiques et monétaires traditionnels ont été remis en question, illustrés par la baisse historique du dollar et le retour en force de l’or.
Ce plan marque le virage budgétaire le plus significatif en Allemagne depuis une génération. L’assouplissement, voire la réinterprétation, du « frein à l’endettement » permettra un recours accru à l’emprunt, notamment pour financer la défense et les infrastructures. Son impact sur la croissance est estimé entre +0,5 % et +1 % de PIB par an au cours de la prochaine décennie – une estimation volontairement large, son impact dépendant fortement de son exécution.
Le mot préféré de Donald Trump s’est concrétisé par l’activation de la section 232 du Trade Expansion Act et de l’Executive Order 14257. Ce choc a plongé l’économie américaine dans une phase d’incertitude pendant la majeure partie de l’année. L’année 2026 devra montrer si la taxation des importations, ainsi que les mécanismes de redistribution associés, sont en mesure de faire évoluer une croissance en « K » vers une dynamique plus homogène en « V »².
Les marchés émergents (portés par les chaînes de valeur de l’IA, l’innovation technologique chinoise et l’Amérique latine), européens (bénéficiant du redressement de l’économie domestique) et japonais (engagés dans une sortie durable de 30 ans de déflation) ont tous surperformé les marchés américains, tant en devise locale qu’en dollars.
Cette baisse s’est inscrite dans un contexte de forte instabilité des marchés actions, le S&P 500 oscillant entre -15 % et +15 %, une amplitude observée à seulement quatre reprises au cours des cinquante dernières années. Dans le même temps, un schéma inhabituel est apparu : actions, obligations et dollar ont reculé de concert lors du « Liberation week », une configuration rare pour l’émetteur de la principale monnaie de réserve mondiale.
La remise en question de la Pax Americana³ et de l’exceptionnalisme américain a ainsi contribué à rompre des schémas de marché jusqu’alors considérés comme structurels.
Cette performance reflète la forte transmission des investissements massifs dans l’intelligence artificielle vers les revenus du fabricant de semi-conducteurs, capable de maintenir des marges supérieures à 70 % grâce au caractère unique de son architecture GPU. Dans le sillage de cette ruée vers l’or numérique, d’autres fournisseurs d’infrastructures essentielles ont également bénéficié de la demande croissante en capacité de calcul même si cet élan s’est progressivement modéré avec le retour des préoccupations liées au coût du capital.
Le métal précieux a été largement plébiscité par les investisseurs institutionnels soucieux de diversifier leur réserve face à l’affaiblissement de la confiance envers les monnaies fiduciaires. À cela se sont ajoutés un contexte d’incertitude économique mondiale, des tensions géopolitiques persistantes et des anticipations d’assouplissement monétaire, qui ont réduit le coût d’opportunité lié à la détention de cette « relique barbare ».
La hausse des rendements sur les maturités longues s’est poursuivie dans l’ensemble des pays développés, alimentée par les anticipations de soutien budgétaire et/ou monétaire, des déficits persistants, une visibilité limitée sur l’évolution de l’inflation et un cycle économique qui semble se prolonger. Ces éléments ont continué de peser sur l’appétit des investisseurs pour les obligations de long terme.
Les marchés du crédit ont globalement délivré leur portage affiché en début d’année, dans un environnement de volatilité contenue permettant aux spreads de se resserrer vers des niveaux comparables à ceux observés avant l’invasion de l’Ukraine et le dernier cycle de resserrement monétaire. Si les valorisations apparaissent élevées, à des niveaux inédits depuis quatre ans, en y regardant de plus près, on constate néanmoins l’émergence de fragilités - dans les marchés privés (Tricolor) comme dans les marchés publics, (Altice et Spirit Airlines ont fait défaut ou ont restructuré leur dette pour la deuxième fois en deux ans). Dans un univers marqué par une forte dispersion, la sélection obligataire s’impose comme un facteur déterminant de performance.
Cette baisse s’explique par une combinaison d’offre abondante, liée à l’augmentation de la production de l’OPEP+, d’un essoufflement de la demande dans un contexte de modération de la croissance mondiale, ainsi que par des anticipations d’apaisement géopolitique au Moyen-Orient. Paradoxalement, le bombardement de l’Iran a contribué à réduire la prime géopolitique. De manière contre-intuitive, le prix du pétrole réagit davantage au risque de perturbation des flux qu’aux épisodes de violence eux-mêmes : tant que les approvisionnements demeurent sécurisés, la prime de risque s’estompe. Si cette dynamique se maintient, elle devrait à terme soutenir le pouvoir d’achat des ménages et renforcer la tendance à la désinflation.
L’écart de taux entre les obligations d’État françaises et allemandes à 10 ans s’est creusé de 20 points de base avant de se résorber vers les points bas de l’année. La préférence des investisseurs pour les obligations d’entreprises a fait passer les rendements de certaines grandes entreprises françaises sous ceux de la dette d’État.
Côté actions, la France a de nouveau sous-performé ses voisins européens : le CAC 40 n’a délivré que la moitié de la performance du DAX, les deux tiers de celle du FTSE MIB et un quart de celle de l’IBEX espagnol.
Source : Carmignac, Bloomberg, décembre 2025.
¹ Actions américaines : S&P 500 en euros ; actions européennes : Euro Stoxx 50 ; actions des marchés émergents : MSCI Emerging Markets ; technologie : Nasdaq 100 en euros ; crédit Investment Grade : ICE BofA Euro Corporate ; crédit High Yield : ICE BofA Euro High Yield ; obligations de long terme : ICE BofA 15+ Year All Euro Government Index ; obligations indexées sur l’inflation : BTPi italien 2035 ; or : or physique ; liquidités : ICE 0-3 Month Euro Government Bill Index ; liquidités en dollars américains : Bloomberg 1-3 Month T-Bill.
² Une économie en « K » décrit une situation économique où la reprise n'est pas uniforme, mais se divise en deux trajectoires distinctes : une branche supérieure qui rebondit fortement (les riches, la technologie, les actifs) et une branche inférieure qui stagne ou s'appauvrit (les ménages à faibles revenus, certains secteurs). Cela se traduit par des inégalités croissantes. Une reprise en « V » correspond à une situation où l’ensemble de l’économie chute rapidement avant de rebondir tout aussi rapidement vers son niveau initial.
³ La Pax Americana correspond à une phase de stabilité relative de l’ordre international, portée par la prédominance des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en référence à la Pax Romana de l’Empire romain.