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Le différend autour du Groenland agit comme un catalyseur de nouvelles tensions commerciales entre Washington et l’Europe, sur fond de menaces tarifaires, de rapports de force.
Le différend autour du Groenland agit comme un catalyseur de nouvelles tensions commerciales entre Washington et l’Europe, sur fond de menaces tarifaires, de rapports de force géopolitiques et de fragilités institutionnelles américaines. Si un compromis reste le scénario central, les risques économiques et financiers à court et moyen terme se multiplient.
Une analyse datée du 19 janvier 2026, signée Salman Ahmed, responsable mondial de la macroéconomie et de l'allocation stratégique d'actifs chez Fidelity International
Les États-Unis utilisent une stratégie de pression tarifaire graduelle sur l’Europe, laissant ouverte la voie à une désescalade mais au prix de fortes turbulences à court terme.
L’Union européenne dispose de leviers puissants dans les services et la finance, mais leur activation impliquerait des coûts élevés et reste peu probable à ce stade.
Les incertitudes institutionnelles américaines, notamment autour de la Réserve fédérale, deviennent un risque macroéconomique majeur pour 2026.
Les différends autour du statut du Groenland ont conduit les États-Unis à imposer de nouveaux droits de douane à plusieurs pays européens. Si une issue négociée reste envisageable, les tensions commerciales devraient persister à court terme.
Au cours du dernier week-end, le président Donald Trump a annoncé l’instauration de droits de douane supplémentaires de 10 % sur huit grandes économies européennes, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Ces mesures devraient entrer en vigueur le 1er février, avant de grimper à 25 % en juin en l’absence d’accord sur le dossier du Groenland. Cette montée en puissance graduelle reflète une stratégie désormais familière : créer un rapport de force tout en conservant une possibilité de désescalade. Néanmoins, toute solution de compromis devrait être précédée d’une période de fortes turbulences, marquée par plusieurs cycles de négociations dans les semaines à venir.
Du côté européen, Bruxelles prépare une riposte. L’Union européenne a annoncé la suspension de la ratification de l’accord commercial signé l’an dernier avec Washington, ce qui remet en vigueur un ensemble de mesures tarifaires de 93 milliards d’euros ciblant les importations de biens américains. Ces mesures visent certains segments industriels et agricoles, mais leur portée économique pour les États-Unis resterait relativement limitée, compte tenu de l’accent portée sur les biens.
Le véritable levier stratégique de l’UE se situe ailleurs, dans les services et la finance. L’Europe importe des services américains représentant plus de 1 % du PIB des États-Unis et concentre près de la moitié des investissements étrangers réalisés sur le territoire américain. Des mesures ciblées dans ces domaines, en particulier dans les services technologiques, auraient un impact bien plus significatif. Toutefois, leur déploiement impliquerait des coûts économiques élevés pour les deux parties, ce qui rend leur activation peu probable à ce stade.
Pour autant, le risque d’une escalade commerciale s’est nettement accru. On peut s’attendre à un durcissement du discours européen, assorti de menaces crédibles de recours à l’instrument anti-coercition de l’UE. Ce mécanisme constitue un signal particulièrement fort, puisqu’il ne peut être bloqué par un unique État membre et ne requiert qu’une majorité qualifiée. Il répond directement à la stratégie américaine visant à cibler des pays individuellement, afin de fragmenter la réponse européenne et d’affaiblir sa cohésion. À moyen terme, le scénario central reste cependant celui d’un compromis, l’Union européenne étant susceptible de consentir les concessions les plus importantes, du fait de sa dépendance économique et sécuritaire vis-à-vis des États-Unis, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Au-delà des échanges commerciaux, les risques liés aux institutions américaines occupent désormais une place centrale dans le débat macroéconomique, avec un focus particulier sur l’indépendance de la Réserve fédérale. Les pressions politiques exercées sur la Fed s’intensifient, et la perspective d’une remise en cause de son autonomie est prise très au sérieux. Une probabilité de 20 % est attribuée à un choc institutionnel cette année, susceptible de provoquer un épisode de stagflation, combinant inflation plus élevée et croissance atone.
Trois développements seront déterminants dans les mois à venir : une décision de la Cour suprême concernant l’affaire Lisa Cook, qui précisera la capacité de l’exécutif à révoquer un gouverneur en poste ; la nomination du prochain président de la Fed par le gouvernement ; et la question du maintien de Jerome Powell au sein du Conseil des gouverneurs à l’issue de son mandat. Ensemble, ces éléments façonneront la crédibilité et la solidité de l’architecture monétaire américaine.
Le cadre juridique global est également sous surveillance. La Cour suprême pourrait prochainement se prononcer sur l’usage des droits de douane fondés sur l’IEEPA (International Emergency Economic Powers Act), ce qui permettrait de clarifier les limites du pouvoir présidentiel en matière commerciale. Même en cas de décision en défaveur du gouvernement, d’autres outils juridiques resteraient à disposition pour reproduire l’essentiel du dispositif de tarifs douaniers, malgré certaines contraintes de court terme sur la rapidité et l’ampleur de son application.
Dans le même temps, la Chine renforce activement son positionnement diplomatique et commercial auprès de partenaires clés, cherchant à apparaître comme un acteur stable et prévisible dans un environnement géopolitique de plus en plus fragmenté. Des progrès récents sont à souligner avec la Corée du Sud, l’Union européenne et le Canada, notamment sur les véhicules électriques, où des solutions de compromis ont été privilégiées au détriment de droits de douane punitifs. Ces évolutions soutiennent les perspectives d’exportation chinoises et pourraient contribuer positivement à la croissance dans les prochains trimestres, tant que la trêve commerciale sino-américaine reste en place.
Enfin, les dirigeants mondiaux, dont le président Trump, se réunissent cette semaine à Davos. Ce forum représente l’une des rares plateformes multilatérales avec lesquelles le gouvernement américain continue de s’engager, avec une ambition emblématique, très orientée vers l’atteinte de deals commerciaux, mais également une volonté de mobiliser la puissance des entreprises américaines à des fins géostratégiques.
Dans ce contexte, trois risques majeurs méritent l’attention des investisseurs à l’horizon 2026. D’abord, l’entrée dans une ère de fragmentation mondiale et de rivalités géostratégiques implique un niveau durablement élevé d’incertitudes microéconomiques et politiques, justifiant une diversification accrue et une gestion renforcée des risques de baisse. Ensuite, le dollar américain, désormais utilisé comme un instrument explicite de politique économique, pourrait s’inscrire dans un cycle baissier de long terme, incitant les investisseurs européens à revoir leurs stratégies de couverture. Enfin, le recul de la mondialisation suggère un environnement structurellement plus volatile et inflationniste, dans lequel les actifs réels comme l’or, les infrastructures ou les actions liées aux matières premières peuvent jouer un rôle clé dans la résilience des portefeuilles.