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Du supercycle porté par l’intelligence artificielle à un choc énergétique d’ampleur historique, les actions européennes sont profondément remodelées par de puissantes forces structurelles et géopolitiques. Dans ce contexte, la sélection de titres, rigoureuse et fondée sur des convictions, s’impose comme la principale source de performance différenciante, explique Anis Lahlou, CIO et Gérant d’Aperture European Innovation Fund.
Le premier trimestre 2026 a débuté sous le signe d’une dynamique exceptionnelle avant de s’achever à l’ombre du conflit. Cette période marque une transition nette entre deux régimes de marché. Ce qui avait commencé comme un environnement globalement favorable au risque s’est transformé en un contexte marqué par l’incertitude, la volatilité et une réévaluation des anticipations macroéconomiques.
Les prix du pétrole et du gaz se sont envolés, les banques centrales ont réévalué leurs trajectoires de politique monétaire et le risque d’un contexte inflationniste plus durable a refait surface. Pour l’Europe en particulier, les implications sont significatives, compte tenu de sa sensibilité structurelle à la dynamique énergétique.
Dans ce contexte particulièrement mouvementé, le fonds Aperture European Innovation Fund a bien performé(1).
L’essentiel de l’alpha a été généré en janvier, grâce à la sélection de titres dans les secteurs des équipements pour semi-conducteurs et de la défense. En mars, alors que les marchés actions subissaient une forte correction, la surperformance du fonds s’est maintenue, reflétant, selon nous, une construction de portefeuille sélective qui a, dans l’ensemble, évité ou limité l’exposition aux secteurs les plus exposés aux bouleversements liés à l’IA et au conflit géopolitique.
Comme l’a récemment souligné Sir Alex Younger, ancien chef des services secrets britanniques (MI6), les États-Unis ont probablement sous-estimé la cohésion du régime iranien. Ayant « saisi la queue du tigre », ils ne peuvent pas simplement lâcher prise sans en subir les conséquences, à moins que le régime lui-même ne s’effondre. Trump ne peut pas crier victoire et se retirer. Une issue diplomatique sera nécessaire, mais ses modalités restent incertaines, tout comme le calendrier.
En valeur absolue, la perturbation liée au détroit d’Ormuz dépasse largement les précédents chocs pétroliers. Environ 15 à 20 millions de barils par jour (bpj) ont été retirés de l’offre mondiale, contre 4,5 millions de bpj lors de l’embargo de l’OPEP de 1973 et 3 à 5 millions de bpj lors de la révolution iranienne de 1979 — soit un impact trois à quatre fois supérieur. Sur le marché du gaz naturel liquéfié (GNL), environ 20 % du commerce mondial a été perturbé, QatarEnergy ayant déclaré un cas de force majeure sur l’ensemble de ses exportations. L’Europe est entrée dans cette crise avec des stocks de gaz à seulement 30 % de leur capacité, contre 60 % en 2025 et 77 % en 2024(2).
Nous ne considérons toutefois pas cette situation comme équivalente aux crises pétrolières des années 1970. Sa nature est différente : il s’agit d’un blocage des flux de transit plutôt que d’un embargo coordonné sur la production. Les leviers de résolution sont principalement militaires et diplomatiques, plutôt que politiques ou économiques.
Les risques demeurent néanmoins asymétriques : si nous pensons que le conflit finira par se résoudre, le point d’atterrissage sera probablement moins favorable que la situation initiale. Le pétrole pourrait ne pas se maintenir durablement au-dessus de 100 dollars, mais une prime de risque structurellement plus élevée pourrait persister tant que le détroit d’Ormuz restera un point de passage stratégique sous contrôle iranien.
Dans ce contexte, prudence et gestion active des risques s’imposent, ce que nous avons traduit par une réduction opportuniste du niveau de risque du fonds au cours du mois de mars.
Le supercycle des semi-conducteurs, porté par l’IA, s’est imposé avec la force d’un tsunami et nous pensons qu’il n’en est encore qu’à ses débuts sur de nombreux marchés finaux. Parallèlement, les pénuries de mémoire (HBM, DRAM et non-DRAM) restent très fortes.
Au-delà des acteurs emblématiques des processeurs graphiques (GPU : Graphics Processing Unit) et de la mémoire à haut débit (HBM : High Bandwidth Memory), les innovations se multiplient à tous les niveaux de la chaîne de valeur des semi-conducteurs. Nous estimons que les commutateurs optiques, la photonique sur silicium et les technologies avancées de packaging ouvrent la voie à des gains significatifs en matière d’efficacité énergétique, de connectivité et de mise en réseau des centres de données.
Dans les semi-conducteurs analogiques, si l’attention reste portée sur la reprise de l’automobile et des véhicules électriques à batterie, nous constatons que les niveaux de stocks industriels sont désormais assainis et que, de surcroît, les prix progressent de façon généralisée depuis avril.
De nombreux nouveaux projets soutiennent des relais de croissance dans des domaines tels que l’espace, la photonique, l’IA physique, la robotique humanoïde ou encore les capteurs de systèmes micro-électromécaniques (MEMS : Micro Electro Mechanical Systems). Selon nous, l’Europe est insuffisamment valorisée sur ces segments d’innovation — précisément là où nous identifions des opportunités et renforçons nos expositions.
La disruption liée à l’IA gagne également en maturité du côté des logiciels. Les éditeurs et les acteurs de la fintech doivent impérativement rester compétitifs et réduire leurs effectifs dans un environnement où le développement informatique pourrait être largement pris en charge par des agents d’IA d’ici la fin de l’année. Pour les investisseurs, la question n’est plus de savoir si l’IA fonctionne, mais de déterminer où se situent leurs investissements sur la courbe de disruption.
La dispersion sectorielle et intra-sectorielle en Europe demeure structurellement élevée depuis dix-huit mois, une tendance encore renforcée au premier trimestre 2026.
L’écart de 56 points de pourcentage entre les secteurs les plus performants et les moins performants du STOXX 600(3) n’était pas une anomalie causée par le choc iranien — c’est une caractéristique structurelle du marché européen qui génère des opportunités d’alpha pour la gestion active.
Un niveau élevé de dispersion, entre les secteurs comme au sein de ceux-ci, crée un environnement propice à la génération d’alpha par la sélection fondamentale de titres. Sur les quatre dernières années civiles, ainsi que depuis le lancement du fonds, la majorité de la surperformance provient de la sélection de titres. Nous estimons que ce régime de marché ne montre aucun signe d’essoufflement.
Nous demeurons structurellement constructifs sur les actions européennes. Les facteurs ayant soutenu la surperformance de 2025 — relance budgétaire allemande, hausse des dépenses de défense, transition énergétique, valorisations attractives et positionnement des investisseurs encore modéré — restent en place.
Néanmoins, les perspectives sont aujourd’hui plus équilibrées qu’en début d’année. La BCE a reporté ses premières baisses de taux. Les coûts de l’énergie repartent à la hausse, pesant sur les marges industrielles. Le conflit iranien introduit un risque stagflationniste auquel l’Europe est particulièrement exposée, bien que dans une moindre mesure qu’en 2022. Nous n’anticipons pas de récession, mais les risques extrêmes se sont intensifiés.
La construction du portefeuille d’Aperture European Innovation Fund reflète cet équilibre : exposition aux infrastructures d’IA (équipements pour semi-conducteurs), sélection structurelle de valeurs de défense, flux de trésorerie défensifs (télécommunications, services aux collectivités) et instruments de couverture contre l’inflation (énergie, gaz industriels).
Dans un monde évoluant entre drones et agents d’IA, nous sommes convaincus qu’une sélection de titres disciplinée et fondée sur des convictions fortes restera la principale source de performance différenciante.
(1) Toutes les performances sont accessibles dans le reporting. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Le capital est exposé à un risque de perte.
(2) Source : Bloomberg au 31 mars 2026.
(3) Source : Bloomberg au 31 mars 2026.